Le Kâma-Sûtra: Spiritualité et érotisme dans l’art indien.

Ganesh
Ecole de Sirohi, Rajasthan
XVIIIe siècle
Aquarelle
12,7 x 17 cm 
Collection privée
© Photo: Pinacothèque de Paris

La Pinacothèque de Paris fait coïncider début d’hiver et réveil des sens avec une exposition (la première!) entièrement consacrée au livre le plus connu au monde après la Bible: le Kâma-Sûtra. Intitulée Kâma-Sûtra, Spiritualité et érotisme dans l’art indien, elle se tient jusqu’au 11 janvier 2015 et dévoile près de 350 oeuvres exceptionnelles, provenant principalement de collections privées.

Les plus : 

  • Découverte approfondie du kâma sûtra, enfin replacé dans son contexte historique et spirituel.
  • Immersion totale dans l’hindouisme ancien ainsi qu’initiation érotique grâce à l’organisation de l’exposition, dont les oeuvres sont disposées suivant le découpage du livre: Les Méditations, l’Art de faire l’amour, l’Art de faire la cour et le Mariage, la Conduite de l’épouse, Séduire les femmes des autres, la Courtisane, Les Aphrodisiaques et Charmes.
  • Audioguide gratuit et pratique, qui assure une visite sereine et apporte informations pointues sur les oeuvres présentées.

Les moins:

  • Tarif étudiant assez élevé (11 euros), même si l’exposition en vaut la peine et qu’on gagne en prime un ticket moitié prix pour l’autre exposition phare de la Pinacothèque, toujours sur le thème de l’érotisme: L’Art de l’amour au temps des Geishas.
  • Compter 2 à 3h de temps de visite avec l’audioguide, tant l’exposition est vaste et détaillée.

Note: 4,5 artichauts/5

Après avoir découvert les fondements de la mythologie hindouiste et son panthéon de divinités (de Ganesh à Rati en passant par Vishnou), après s’être penché sur les diverses écoles de peinture indiennes, le visiteur déjà étourdi est à même de comprendre et admirer les délices et raffinements du kâma sûtra.

Vâtsyâyana, son auteur, semble avoir percé tous les secrets de l’amour physique: on ne peut que s’extasier devant la souplesse et l’imagination des couples représentés (Voir notamment les peintures 108- La souple demoiselle et son amant et 110- Le Yoga du sexe)!

«Le sage sait aussi que le plaisir du corps

N’est pas la seule fin de l’amour physique

Comme la musique, il suscite les émotions,

Aiguise les sens et fond la pensée

Dans le rythme, au point que seul un rythme subsiste».

Vâtsyâyana, Livre III, «l’Art de faire l’amour».

eune femme sur une table basse observant les ébats  d'un couple de pigeons Jaipur (?), Rajasthan C. XIXe siècle Aquarelle sur papier 7,5 x 10,5 cm Collection privée, Bangalore / © Photo: Pinacothèque de Paris

Jeune femme sur une table basse observant les ébats
d’un couple de pigeons
Jaipur (?), Rajasthan
C. XIXe siècle
Aquarelle sur papier
7,5 x 10,5 cm
Collection privée, Bangalore / © Photo: Pinacothèque de Paris

Si le livre III («L’Art de faire l’amour») du Kâmasûtra est effectivement le guide le plus complet de sexologie (allant même jusqu’à donner des conseils sur les «morsures», «griffures» et autres «soupirs»), l’exposition rappelle sans cesse à quel point le livre est un véritable condensé de pensée éclairée (et non un simple manuel hédoniste), écrit par un brahmane appartenant à l’élite érudite du pays.

Dès lors, on ne peut que s’étonner en voyant a quel point le sexe était accepté et intégré dans l’Inde médiévale: pas d’églises austères, mais des temples ornés de figures érotiques, tout simplement parce que le plaisir (kâma) est indissociable du sacré. Il constitue une des trois exigences requises pour atteindre l’état de grâce absolue (sorte de salut chrétien). Le kâma prend ainsi tout son sens lorsqu’il est replacé dans son contexte historique et spirituel.

Couple aristocratique sur une terrasse Ecole de Jodhpur Pigment naturel et rehaut d'or sur papier 26,7 x 19,1 cm Collection privée © Photo: Pinacothèque de Paris

Couple aristocratique sur une terrasse
Ecole de Jodhpur
Pigment naturel et rehaut d’or sur papier
26,7 x 19,1 cm
Collection privée
© Photo: Pinacothèque de Paris

« C’est beaucoup plus qu’un livre sur le sexe, c’est un livre sur l’art de vivre une grande vie. C’est un livre sur les parfums, la nourriture, le maquillage, la musique, la danse. C’est un des plus beaux textes sur l’esthétique de la vie, un texte profane, pas religieux. » Alka Pande, commissaire de l’exposition

On s’arrête aussi devant des objets insolites: le «plastron» buste féminin porté par des danseurs dans certains rituels du Sud de l’Inde, la cartographie érotique du pays, mais aussi devant des oeufs sacrés en météorite et des dessins zoophiles on ne peut plus réalistes…

Une exposition à ne pas manquer donc, pour admirer le raffinement jamais égalé du kâma sûtra à la fois universel et intemporel, ainsi que le degré d’ouverture et de liberté de l’hindouisme ancien, au sujet de la sexualité, de la femme (et son plaisir!), et de la morale.

Juliet Copeland

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