Journées du Patrimoine 2014 : Sur les pas d’Yves Saint Laurent

Yves Saint Laurent, 1964
© Maurice Hogenboom

A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine le samedi 20 et dimanche 21 septembre, la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent ouvrait ses portes au public. Habituellement réservés aux visites tarifées sur rendez-vous, les salons du 5 avenue Marceau offraient donc aux visiteurs l’opportunité de pénétrer dans les lieux qui furent investis par le couturier et son compagnon dès 1974, lorsque Yves était au sommet de sa carrière.

Les plus:

  • Le bureau de rêve de Saint Laurent, jonché d’œuvres d’art de Picasso, Warhol ou Ensor
  • L’atelier du couturier d’où sortirent jadis toutes ses merveilles, avec des modèles originaux à l’appui et une bibliothèque impressionnante
  • La boutique de la Fondation, où l’on peut s’offrir des posters des croquis de Saint Laurent et un très vaste choix de cartes postales

Les moins:

  • Une guide recrutée la veille, qui dissimulait mal son ignorance de la vie et de l’héritage du couturier derrière une fiche qu’elle avait visiblement appris par cœur (pire qu’un 1A qui a mémorisé son exposé d’institutions politiques)
  • L’interdiction d’accéder aux archives précieuses de la maison de couture et un choix trop limité de créations originales
  • Un parcours linéaire et sans surprises, le passage par une salle de réunion sans grand intérêt

Note: 2 artichauts (sur 5)

Plus qu’un simple créateur de mode (ou plutôt créateur de style) avant la lettre, Yves Saint Laurent subjugua le monde par l’audace de sa vision de la femme, en pleine mutation dans les années 60 et 70. Le couturier qui a déclaré la mort de la couture fait depuis longtemps l’objet d’une fascination dans l’imaginaire collectif, transposée notamment sur le grand écran cette année avec les deux biopics qui lui sont dédiés.

Le parcours des couloirs qu’il a hanté pendant plus d’une trentaine d’années assouvit-il ces fantasmes? Certes, la mise en scène méticuleuse (qui a disposé le bureau et la table de travail de Saint Laurent comme si celui-ci venait de quitter la pièce) a le mérite de titiller l’imagination du visiteur, mais le voyage s’arrête là. Très peu de pièces sont ouvertes au public (quatre très exactement, dont deux presque vides) et le ton discursif et superficiel de la guide finit par ennuyer même les plus curieux et les plus passionnés (y compris l’auteur de ces lignes) tant elle surexploite les lieux communs de la biographie de YSL. Seul moment de magie? L’entrée dans l’atelier de création de Yves, où l’homme-génie esquissait un costume de danse, affinait une silhouette ou raccourcissait une robe de cocktail entourée de ses muses et de ses bouledogues.

La splendide collection de livres d’art témoigne encore des infinies sources d’inspiration de ce bibliophile aguerri, et l’on voit sur son ancienne table de travail ainsi que sur les murs tous les petits bibelots, photos et porte-bonheurs qui racontent le personnage, ses manies, ses idoles. Les modèles présentés, emblématiques sans pour autant faire déjà-vu (mention à la splendide combinaison rose bonbon d’un chic dingue), laissent pourtant sur sa faim; surtout si l’on a déjà pu voir un florilège de l’imagination du couturier à la rétrospective posthume qui lui a été consacrée en 2010 au Petit Palais.

C’est donc un peu déçu que le visiteur quitte le numéro 5 de l’avenue Marceau, avec une carte postale en guise de consolation et en se disant qu’une salle de cinéma, elle, sera peut-être plus à même de lui faire vivre les splendeurs et misères de la légende incontestée de la mode française.

Adrian de Banville  (président de L’Ivresse, l’association de Sciences Po dédiée a la mode et a l’art de vivre)

https://www.facebook.com/ivresse.flacon?fref=ts

Leave a Reply