« J’ai été voir des hommes nus à Orsay »

Projet ambitieux que l’exposition Masculin/Masculin qui se tient actuellement au musée d’Orsay et retrace la figure de l’homme nu dans l’art du XVIIIème siècle à nos jours. Avant une exposition sur le même thème à Vienne l’année dernière, le nu masculin n’avait jamais été abordé. C’est donc une grande première pour un musée national français.

Un pari réussi certes, puisque l’exposition regorge de plus de 200 œuvres d’une riche diversité et dévoile au spectateur sans tabou, la réalité de la représentation artistique de l’homme nu. Six thèmes organisent le tout : l’idéal classique héritier de l’Antiquité et de la Renaissance, le nu héroïque au travers du sport et de la guerre, le corps dans sa réalité, l’harmonie avec la nature, le corps douloureux et glorieux, et enfin, le nu masculin comme objet de désir.

Des pièces magnifiques sont présentées allant aussi bien de Picasso (Les adolescents) à Jacques Louis David en passant par Munch (Les Baigneurs), ou Sieff et sa fameuse photographie d’Yves Saint Laurent, ou encore le contemporain Lachapelle. Une sculpture de Ron Mueck marque particulièrement l’attention du visiteur. Celle-ci, intitulée Père mort, représente le père de l’artiste en taille réduite au deux tiers, allongé sur son lit de mort et entièrement nu. L’hyperréalisme de l’œuvre associée à sa taille improbable déconcerte absolument le public et interroge les rapports entre art et vérité.

L’organisation de l’exposition défie les lois du temps et de la matière. Au milieu des autoportraits angoissants de l’expressionniste Schiele (1910) se glisse d’une manière incongrue, une des photographies de Mapplethorpe représentant Dennis Speight (1980). Dans la section intitulée Dieux du stade, une imposante statue de Breker, artiste nazi favori d’Hitler avoisine une œuvre des contemporains et kitschissimes Pierre et Gilles. Des photographies retouchées de ces deux artistes se retrouvent un peu partout dans l’exposition à des places parfois peu percutantes.

Le visiteur se perd dans ces mélanges. Il manque un ordre des choses, une direction, une cohérence. Peu de commentaires techniques ou historiques guident la visite. Toutes les périodes sont mélangées dans de vastes thèmes, dont on a parfois bien du mal à saisir les nuances. Certaines œuvres sont noyées au milieu d’autres et en perdent leur place et leur sens dans l’exposition. Dommage que la volonté des commissaires d’une revanche du nu masculin sur le nu féminin conduise presque à un gigantesque déballage de nudité, en dépit d’une réelle harmonie d’ensemble.

Laure Boutteau

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