J’ai arrêté de croire au futur

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Cinq silhouettes se détachent du public et viennent se placer au centre de la scène, leurs ombres immenses se découpant dans la lumière rasante. C’est le début d’une très lente mise en mouvement, d’abord individuelle puis petit à petit collective, teintée de violence et de résignation. Apparaît enfin une figure, jusque là cachée : « L’espoir n’est plus un rêve, vous avez votre messie devant vous (…) Je suis jeune, malgré l’âge, pour le pays (…) ». Un long monologue, simple, lancinant, répétitif s’installe, accompagné d’un trompettiste compositeur présent à l’avant-scène, Aymeric Avice. J’ai arrêté de croire au futur, c’est l’histoire de ce dialogue impossible, entre le dictateur africain paternaliste et autoritaire, tentant de réaffirmer son autorité déclinante, et le peuple – les danseurs – ignorés, mais centraux par leurs mouvements, la puissance et la tension de leurs corps.

Andréya Ouamba parvient à créer une réelle dynamique, à interroger le rôle du discours et des mots dans un univers politique saturé de mensonges et de violence. Ces phrases, répétées à l’usure, s’intègrent petit à petit dans les mouvements des danseurs jusqu’à annihiler toute forme de résistance ; quand, finalement, la figure dictatoriale disparaît en décrescendo, les danseurs restent, reproduisant d’eux-mêmes les mouvements initiés en sa présence.

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J’ai arrêté de croire au futur pose ainsi la question de l’embrigadement collectif, de la possibilité de résistance sur le long terme, en tant qu’individu mais également en tant que groupe. On en ressort songeur, des images plein des yeux et des sons plein les oreilles. N’hésitez pas !

Camille Girard-Chanudet

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