Interview avec Lorenzo Papace, photographe

Lorenzo Papace est né en 1986 à Lyon. Il est auteur et compositeur de musique, photographe et réalisateur. En 2008, il a créé le groupe de musique Ödland, dans lequel il est pianiste. Avec son premier album Ottocento, il affirme son amour pour le XIXe siècle, la poésie et la fragilité. Il est passionné de musique acoustique, inspiré par le Romanstime. Ses recherches photographique et vidéo suivent la même direction.

Ödland a sorti son premier EP The Caterpillar en 2009 et son premier album Ottocento en avril 2010, complètement autoproduits. Lorenzo écrit, compose et est pianiste pour le groupe. Il s’est entouré d‘Alizée Bingöllü au chant, Isabelle Royet-Journoud au jouets et ukulélé et Léa Bingöllü au violon. La musique d’Ödland est fragile, indépendante, inspirée du passé mais très moderne. Elle séduit grâce à un univers sonore et visuel sensible et cohérent. En juillet 2010, Ödland a voyagé entre Londres, Liverpool, Manchester, Sheffield, Unna, Duisburg, Erfurt et Paris. Ödland travaille actuellement sur son second album Sankta Lucia.

Quel est le jour où tu es « devenu photographe » ?

Il n’y a pas de jour officiel. Petit, j’étais attiré par l’image et la vidéo, et au fil des années la passion est devenue de plus en plus importante. Après un bac S, j’ai étudié les arts appliqués et me suis spécialisé dans le design d’espace. C’est à ce moment que j’ai suivi de vrais cours de photographie qui m’ont passionné. J’ai été surpris à quel point j’aimais faire des aller-retours entre des expéditions et des moments de solitude dans le laboratoire obscur. La période de Mise à niveau des Arts Appliqués est intense, on touche un peu à tout, très vite, pendant quelques mois. Et il faut un peu de recul pour commencer à voir une vraie passion se dégager. J’ai arrêté l’architecture au moment de mon diplôme supérieur pour me consacrer à la musique, à la vidéo et à la photographie. J’ai fondé le groupe Ödland, qui me permet de réfléchir à des projets tant visuels que musicaux.

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Quels sont les thèmes autours desquels s’articulent tes photographies ? Et pourquoi ?

Je photographie beaucoup pour la musique et le spectacle.  J’ai étudié l’Architecture et j’ai toujours cette curiosité pour les espaces, leurs histoires, leurs lumières. J’aime aussi les immersions à l’étranger, ou les modèles féminins. J’imagine que j’aime photographier ce qui suscite des émotions chez moi.

Le studio et le reportage sont deux façons d’aborder la photographie complètement différentes. Pour ma part, j’aime les deux. En studio, on peut passer des heures à chercher le moment, la lumière, la pose parfaite. En extérieur, il faut être aux aguets, rapide, en danger, et se rapprocher. Je suis souvent d’accord avec la formule de Robert Capa « Si ta photo n’es pas assez bonne, c’est que tu n’étais pas assez près ».

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Quelles sont tes inspirations principales ?

Les voyages, la peinture, et un nombre incalculable de photographes et réalisateurs géniaux. En fait, tout ce qui était avant moi, et tout le monde présent. C’est se mentir à soi-même que de se dire inspiré seulement par deux ou trois choses. On est inspiré par tout ce que l’on a vu, que l’on aime ou non. Et puis il faut chercher la critique, elle inspire plus que la flatterie. Découvrir un nouveau médium ou un nouvel appareil aussi inspire beaucoup, on peut imaginer d’autres façons de s’en servir.

Pourquoi t’es-tu rendu à Minsk ?

Parce que je suis passionné par l’Europe de l’Est, que le Belarus est très intriguant et singulier, et que j’ai eu la possibilité d’être invité à y séjourner. Et puis parce que je n’avais rien à y faire justement. Les seuls français qui vont là-bas sont majoritairement des célibataires qui cherchent l’âme sœur dans un pays qui va mal. C’est glauque. Et puis c’est le pays qui a le plus souffert de la catastrophe de Tchernobyl, sans que la population soit au courant. Passionné par le naufrage de l’URSS, je me suis dit que ce serait intéressant d’y passer du temps, et je n’ai pas été déçu, quelle expérience !
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Qu’est-ce qui t’y as le plus surpris ou choqué ?

Le pays est encore une dictature. L’ambiance est lourde, pesante. Ce qui est choquant, c’est que tout se passe comme si de rien n’était, on est beaucoup dans le déni, et on rigole beaucoup pour évacuer le stress. J’ai vu de mes propres yeux ce que pouvait être un pays qui n’a jamais connu la liberté d’expression, les vestiges soviétiques encore debout et instrumentalisés, et comment les gens s’organisent et pensent. C’est bien sûr le voyage qui m’a le plus marqué.

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Tu as aussi fait des parodies de photographies prises par des personnalités du web, que peux-tu nous en dire ?

J’ai beaucoup appris avec cet exercice de parodies. Le blog s’appelle Le Petit Écho Malade et copie les blogs de mode en vogue. Avec mon ami Vincent, je devais trouver les détails simples qui font immédiatement penser à l’original. Cela m’a appris à créer encore plus facilement des mises en scène en photo, en partant de pas grand chose. Et cela nous a aussi initié à créer plein de choses Vincent et moi. Depuis deux ans, nous ne faisons plus de parodies, mais continuons les projets ensemble, vidéo, scénographie…

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Tes photos ont cet aspect ancien que de plus en plus de personnes recherchent, sont-elles beaucoup retouchées ?

Certaines oui, d’autres non. J’aime l’argentique et le numérique pour leurs qualités respectives. C’est aussi la chance que l’on a aujourd’hui en tant que photographe, pouvoir choisir l’outil le plus adapté à ce que l’on veut exprimer, à un moment. Ce que t’apprends l’argentique, c’est déjà à ne pas gaspiller le film. Donc on produit moins de photos déchet, on pense mieux au sujet et on ne photographie qu’une ou deux fois ce qui est important. C’est bien de s’imposer ça ensuite pour le numérique. Bien photographier ça commence par accepter qu’on a fait presque que des mauvaises photos, pour ne garder que la meilleure d’entre elles.

Quels sont tes projets dans le futur ?

Retourner à Minsk, déménager dans un autre pays, visiter l’Ukraine et la Roumanie, emmener mon groupe Ödland dans tous les pays du monde, composer pour un orchestre, composer pour des instruments qui n’existe pas encore, faire plein de films, et puis me laisser aller aux surprises de la vie et des rencontres.

 

 

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