Interview avec Hugo, l’humaniste du groupe AYMÉ

Aymé

Rendez-vous donné à Pigalle, dans un bar totalement mignon en fait, Le Pigalle. Histoire de pouvoir entendre quelque chose sur l’enregistrement, on se planque au fond du bar, très bonne chose car je tombe sur un vieux juke-box 70s. Hugo aurait penché pour Mc Solaar  » qui sème le vent, récolte le tempo  » et Dalida « Laissez-moi danser ». Ça aurait pu être bien classe en fond sonore.

C’est qui Hugo ? Le grand Manitou derrière le groupe nommé AYMÉ. Groupe constitué de Jérôme Laperruque, bassiste «extrêmement technique» selon Hugo, Jerôme Pichon, guitariste, qui, accessoirement, bosse avec Melody’s Echo Chamber, et Nicolas Goussot, le sacré saint batteur.

 

« je voulais faire comme Toto quoi, je voulais trouver les meilleurs musiciens de Paris »

Hugo

 

Leur premier EP “Make Up” sort il y a près de deux ans, raison de plus pour revenir bouillants avec leur premier album dès janvier 2016 ! En attendant, Hugo nous parle de ses projets, de lui, de trucs cool, fun. C’est un humaniste.

 

Tu te consacres uniquement à ton groupe ou comme ton guitariste t’as des projets annexes ?

Moi non, je fais pas de musique à côté je fais… rien à côté (rires) Avant je travaillais sur des films, de la régie, de la direction de production…

 

Pourquoi arrêter le ciné pour te tourner vers la musique ?

J’en avais assez marre d’être dans le cinéma parce qu’au bout d’un moment j’avais l’impression d’en avoir un peu fait le tour. Tu te retrouves toujours avec les mêmes gens… Après c’est pas que j’aimais pas ce milieu, c’est surtout que j’entendais toujours les mêmes choses tous les jours, les mêmes gens dirent les mêmes choses sur les mêmes gens, tu vois ?

J’avais simplement envie de changer et puis j’ai toujours fait de la musique et j’ai eu une opportunité parce qu’un mec avec qui je bossais faisait des musiques de pub et il cherchait un chanteur. Du coup je lui ai dit “ouais vas y je le fais !”, il m’a fait “… non…”, “mais si si vas y je te jure on descend au studio !” (rires)

Du coup on a fait cette musique de pub mais j’avais aussi envie d’enregistrer un album. Et ce mec c’est Benjamin Salem, qui est actuellement mon producteur

 

Tu penses que le milieu de la musique est plus sain ? Tu retrouves pas des similitudes ?

Si carrément mais j’en n’ai pas encore fait le tour (rires) Aussi, le truc c’est que je m’épanouis beaucoup plus dans la musique, je suis maître de mon travail

 

Paraîtrait qu’un clip va bientôt sortir…

Oui ! Il a été fait à Barcelone avec Cocolia qui sont des graphiques designers qui ont fait la pochette de “More” et la pochette de l’album. Qui n’est donc pas encore sorti !

On travaille sur un autre clip avec un copain qui devrait sortir en septembre, on fait tout quasiment à deux ! J’aime bien bricoler des trucs, d’ailleurs on pense utiliser des instruments spéciaux sur scène, des sortes de meubles pour nos instruments…

 

Le truc qui prend à peine de la place sur scène…

(rires) l’idée c’est que j’essaye de faire petit !

 

Ça peut, en plus, vous servir à trouver des sonorités particulières, tu sais un peu comme le Gaffophone !

Ouais un Gaffophone c’est tout à fait l’esprit, c’est le truc le plus fascinant quand t’es enfant. De toute façon, Gaston Lagaffe c’est ce personnage là qui ne travaille pas mais tout le monde est OK pour qu’il soit là dans le bureau (rires) C’est génial, le mec passe son temps à bricoler des trucs et faire ce qu’il veut, c’est le fantasme absolu

 

Et par rapport au bricolage de l’album qui va sortir, tu peux m’en dire quoi ?

Ça a pris du temps parce que c’était difficile d’y mettre un point final. Je cogitais beaucoup, j’ai fait chier tout le monde comme ça pendant un an

 

T’avais envie de faire quelque chose de complètement nouveau par rapport à « Make Up » ?

Non c’est pas ça, c’était plutôt trouver la justesse du ton. J’essaye pas de faire de la musique pour faire quelque chose de nouveau. Je suis partisan d’une certaine décroissance parce que faire des trucs nouveaux c’est peut être plus forcément le truc intéressant. Ce qui est intéressant pour moi c’est de réutiliser des images, des références et de les assembler pour ensuite changer le discours qu’il y a autour. Après, trouver le ton juste c’est pas évident…

 

Aymé

© Alexandre de Cadoudal

 

De ce que j’ai pu voir sur scène, tu t’attaches pas mal au “ton” années 80, world music non ?

Ouais à fond, sans prendre de références, bien sûr que c’est Peter Gabriel l’ambassadeur de la world des années 80, mais tu penses aussi à des images comme des nappes de synthé ou un truc instrumental qui va venir d’une partie du monde et tu vas penser à une mélodie assez simple. On va travailler plus comme ça, en se disant que si on veut évoquer la world des années 80 on va pas aller chercher la petite référence inconnue. Même si y’en a dans l’album (rires)

 

Parle moi un peu plus du morceau “More”, t’entends quoi par là ? T’aimerais avoir un peu plus de chaque chose dans la vie, plus de tout !

C’est un peu glauque mais je me dis souvent que c’est un truc qui fait la nature humaine, qui nous condamne en tant qu’humain. C’est le fait qu’on en veuille toujours plus et qu’on n’arrive pas à se satisfaire de ce qu’on a. Qu’on n’arrive pas à se dire “c’est bon là je suis heureux, j’ai assez de bien matériel et tout va bien”

 

Tu te positionnes un peu comme un porte parole hédoniste ?

C’est juste un constat, du coup le morceau je l’ai articulé comme si on s’adressait à un enfant, des phrases simples autour du fait qu’on t’apprennes à constamment vouloir. C’est pas conscient mais ça me frappe parce qu’on est dans un truc où on nous dit d’arrêter pas mal de choses sinon on va tous crever. Du coup, tu te demandes ce qu’il ne va pas, comment on fait pour niquer autant notre planète ? Et le début de l’explication c’est qu’on pense toujours à vouloir et posséder toujours plus.

Après, y’a une sorte d’espoir à la fin du morceau parce que je dis “je n’ai besoin de rien d’autre que toi”, je dis pas que c’est l’amour qui va nous sauver mais… Je le pense un petit peu en fait (rire)

 

Au final, appréhender les choses de cette façon pourrait relever d’une idée désuète qu’on se fait du monde ? Que ça toucherait davantage à l’idéalisme qu’au réalisme…

C’est ça le problème ! On a décidé, par quantité de snobisme, d’oublier un truc manichéen qui est, bah, l’amour c’est bien et qu’il faut faire attention à autrui et non pas se détruire. Tu te retrouves presque à avoir honte de porter un discours de paix. J’espère qu’on va arriver à un moment où le cynisme va s’arrêter

 

Soyons optimistes : période estivale, t’as prévu d’assister à quelques festivals cet été ?

En tant que festivalier non, mais on joue fin juillet au festival de Châlons en Champagne, Musiques d’ici et d’ailleurs !

De mon côté, je vais me retirer dans les Cévennes avec ma communauté pour des vacances (rires) J’adore parce qu’on est une bande de 30 potes, tu fais la bouffe une fois dans la semaine et le reste du temps tu te fous les pieds sous la tables. Tu fais de la vraie mutualisation et tu t’aperçois que t’as pas besoin de travailler beaucoup pour que ça marche bien.

Aujourd’hui, on est dans un système où les gens travaillent je ne sais pas combien d’heures par jour et se retrouvent à faire des burn-out, c’est complètement ridicule ! Après, je te dis ça mais je suis pas encore prêt à partir vivre de façon autonome, je le fais pendant les vacances et c’est le problème avec notre génération. On sait ce qui serait mieux mais on reste dans notre zone de confort, ce qui reste une contradiction mais au final les pensées artistiques naissent des contradictions (rires)

 

Je pense que ce mec est sur le point de nous balancer la vraie réponse universelle à LA VIE, 42 overrated.

On le retrouve le 29.07 au festival des Musiques d’ici et d’ailleurs, c’est GRATUIT

 

Propos recueillis par Maywenn Vernet

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