Dialogue avec les oeuvres, « In Media Res » de Benoît Blanchard

Jour 1-3, mine de plomb sur canson, A4

©Benoit Blanchard

Comme dans la littérature ou le théâtre, « IN MEDIAS RES » signifie placer le lecteur au milieu d’une action qui ne sera relatée qu’après coup ; dans cette exposition qui se termine vendredi à la galerie Gradiva, Benoît Blanchard relate une vision presque scientifique des choses qui ont déjà vécu. Une façon poétique de raconter l’histoire d’une œuvre par son interprétation.

 

Jour 1-3, mine de plomb sur canson, A4 ©Benoit Blanchard

Jour 1-3, mine de plomb sur canson, A4
©Benoit Blanchard

On peut y voir des dessins scrupuleux de mouches mortes dans un polyptique mural. Comme une route de mouches écrasées sur le papier blanc, l’artiste donne à penser que les insectes n’ont pas fini de s’y incruster. Dans le rôle de l’entomologiste, il observe une scène d’après-guerre qu’il retranscrit par le medium de la mine de plomb. Chaque détail y est, on voit des bouts de membres, et on entendrait même le bruissement de leur souffrance.

Passée la cloison de la première pièce, on est face aux choses telles qu’elles sont, faites de simples traits. Dans les cadres blancs, quatre séries d’œuvres se percutent. Une scénographie pratique qui suit l’enjeu des œuvres posées au sol.

La commissaire d’exposition Fanny Lambert propose de mettre ces trois œuvres de la série Relevé au sol par manque de place sur les murs. Ces dessins de poutres en bois vieillis, rongées par le temps et les aléas de la vie, sont entassés sans qu’on ne sache qu’en faire.

Relevés, crayon bleu sur canson, 200×50cm, 2013, photographie d'Amira Malti.

Relevés, crayon bleu sur canson, 200×50cm, 2013, photographie d’Amira Malti.

L’artiste se pose ici comme scientifique, observant les poutres en bois et dessinant les moindres caractéristiques qui font d’elles des pièces uniques, alors qu’elles se trouvent à l’abandon dans l’espace chic de la Galerie Gradiva.

Dans cette salle les dessins se font face, d’un côté on présente des feuilles dépliées sur fond rythmique de lignes horizontales, d’un autre coté des volumes rouges, fruits de l’observation de bûches en combustion.

Biologiste dans une autre vie, Benoît Blanchard revisite les éléments de ses yeux et de ses mains. Il leur donne un second souffle, une vision différente comme pour sauvegarder l’unicité des sujets de ses œuvres. Seule la peinture isolée sur un mur déstabilise l’écosystème de ces formes soignées sur fond de blanc immaculé. Pour introduire la série Correction et Fragments, cette peinture à l’huile nous plonge dans une ambiance plus sombre.

La technique picturale de l’artiste nous amène dans l’intimité du sujet : des portraits pâles qui ne transmettent aucune lumière mais parlent d’eux même. Mélancoliques, ils se transforment en sculptures, à interpréter selon les expressions du visage.

Fragment pour un portrait #1, huile sur toile, 30x24cm, ©Benoit Blanchard

Fragment pour un portrait #1, huile sur toile, 30x24cm, ©Benoit Blanchard

 

Parmi cette série de portraits peints dans la pierre, des sculptures sont brisées comme ayant trop attendu sur cette toile. Les couleurs du fond des peintures font ressortir l’histoire muette des personnes représentées. Un dialogue se fait, entre les peintures et les spectateurs, aux allures de confessions.

Fragment pour un portrait inconnu, huile sur toile, 50x61cm, Benoit Blanchard©

Fragment pour un portrait inconnu, huile sur toile, 50x61cm, ©Benoît Blanchard

Une belle harmonie se retrouve dans la scénographie, qui parvient à faire coexister indépendamment les peintures les unes des autres. On choisit de faire durer le jeu de regard avec l’œuvre qui nous parle le plus sans craindre la jalousie de ses voisines.

 

Les + : Une exposition poétique, qui nous fait aimer le dessin, rarement mis en avant sur la scène contemporaine. Le lieu presque luxueux de la galerie Gradiva, en face du Musée du Louvre, nous fait ressentir un prestige tout particulier jusqu’à la dernière salle de la galerie où est exposée une collection d’artistes modernes. De plus, soulignons le texte parfaitement écrit de Fanny Lambert donné à l’entrée de l’exposition.

Les – : On a envie d’œuvres encore plus subtiles, qui vacillent entre relevés scientifique et dessins d’artiste.

 

Galerie Gradiva, 9 quai Voltaire, 75007, Paris.

Ouverture du Lundi au Vendredi, de 10h à 18h30

Tarif : gratuit.

Site internet de l’artiste : http://benoitblanchard.fr/

Site internet de la galerie : http://galeriegradiva.com/

 

M.I.A

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