Impatiences à l’honneur

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Fin mai et début juin ont été marqués par le déroulement de la nouvelle édition du Festival Impatience, organisé au Théâtre du Rond-Point, au Centquatre et également à la Colline. Durant ces deux semaines, dix jeunes compagnies vinrent présenter leurs spectacles dans ces théâtres prestigieux. Une sélection éclectique achevée par la remise des prix, le 13 juin. (Photo: Pourquoi Ève vient-elle chez Adam ce soir ?)

Certains spectacles se sont tout particulièrement détachés. Pourquoi Ève vient-elle chez Adam ce soir ? (4,25 sur 5) de l’Ubik Group notamment, qui développe tout au long de son spectacle une esthétique de la lenteur, visuellement superbe, où règne la force de l’habitude. Une sorte d’éternel recommencement où la temporalité semble noyée. Un spectacle qui nous emmène dans un cocon protecteur loin de l’agitation urbaine, où le sens n’est pas à chercher dans le moindre mot pononcé, mais plutôt dans ce voyage dans lequel nous embarque l’Ubik Group.

La Fausse suivante de l’Ensemble E.L (4 sur 5), dans une mise en scène de Jérémy Ridel, qui offre la pièce de Marivaux au travers du prisme du genre. Si le texte perdure depuis déjà un moment, les problématiques mises en lumière par le jeune metteur en scène sont toujours aussi actuelles, toujours aussi vives dans l’esprit de chacun. S’il y a une brutalité assumée dans les gestes et les paroles, elle est émaillée d’instants d’une grande sensibilité, notamment la première scène qui montre le travestissement de cette fausse suivante. Une belle mise en scène, servie par des comédiens généreux et talentueux; on en ressort avec du bruit plein les oreilles, et ça fait du bien.

Timon/Titus du Collectif Os'O, droits réservés à Pierre Planchenault

Timon/Titus du Collectif Os’O, droits réservés à Pierre Planchenault

Une journée chez Fukang (3,75 sur 5) décrit la journée standard d’un ouvrier chinois standard. Un texte qui, malgré quelques maladresses dans la mise en scène, permet d’humaniser et de représenter concrètement ces situations qui semblent si lointaines, tout cela d’une manière très poétique.

Nuit (3,75 sur 5), de la Compagnie Coup de Poker, adaptation du film La Nuit du chasseur (lui-même adapté d’un ouvrage), déploie un dispositif tout à fait impressionnant où les spectateurs naviguent dans une sorte de songe cauchemardesque visuellement irréprochable.

La Fausse suivante de l'Ensemble E.L

La Fausse suivante de l’Ensemble E.L

Enfin, le lauréat de cette dernière édition d’Impatience, le collectif Os’O avec son spectacle Timon/Titus (4,5 sur 5), créé dans le cadre d’une rencontre de ces comédiens bordelais avec le metteur en scène allemand David Czesienski. Réadaptation très libre de Timon d’Athènes et de Titus Andronicus de Shakespeare, le spectacle propose une réflexion éclairée sur deux aspects de la dette. Prenant tout d’abord le format d’une émission de radio burlesque, introduisant intelligemment un certain nombre d’éléments d’analyse, la jeune troupe nous emmène dans les méandres d’une sombre histoire d’héritage familial qui se finit en bain de sang – deux fois, chaque version de l’histoire ayant son propre quota de meurtres. Une création intelligente sur tous les plans, très drôle, bien menée, et qui permet une découverte pleine de promesses pour la suite.

Bertrand Brie

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