Pourquoi il faut aller voir l’expo Vishniac au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

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 Roman Vishniac, témoin d’une communauté disparue

 

Actuellement exposé au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Roman Vishniac, photographe de rue exceptionnel, demeure un témoin clé du plus grand drame du XXe siècle et aussi un photographe précurseur du mouvement humaniste engagé.

Ça tombe bien, ton cher BdA t’emmène visiter l’exposition le 12 novembre.

D’une famille de la bourgeoisie juive russe, Vishniac né en 1897 passe son enfance dans une petite ville russe mais qu’il doit quitter en 1920 pour Berlin à cause de l’antisémitisme encouragé par la Révolution russe. Très tôt fasciné par la photographie, en parallèle de sa passion initiale pour la zoologie, Vishniac dresse un portrait critique et émouvant de sa ville d’adoption, Berlin.

 vishniac_623x187Hall de gare, Anhalter Bahnhof, près de Potsdamer Platz, Berlin, 1929 – début des années 1930

vishniac_6Récalcitrance. Berlin, vers 1929

Très vite les scènes de rues de la vie quotidienne berlinoise émouvantes laisse place dans le travail photographique de Vishniac à des scènes justifiant de l’omniprésence nazie. L’antisémitisme prend progressivement une place majeure dans le travail de Vishniac. En outre, les lois de Nuremberg impactent directement la vie de l’artiste. Photographier étant interdit lorsque que l’on est considéré de confession juive, Vishniac doit recourir à des stratagèmes pour contourner la censure. Ainsi, malgré les risques encourus, il continue à photographier Berlin en prétendant photographier sa fille Mara afin de montrer aux yeux du monde la montée du nazisme.

 02-Vishniac-ICP-pressimage-29 Mara, la fille de Vishniac, devant un magasin spécialisé dans la vente d’instruments mesurant les crânes, afin de distinguer les « Aryens » des « non-Aryens », Berlin, 1933

À nous qui ne pouvons que nous imaginer cette période, Vishniac nous donne à voir tous ces signes du nazisme qui aujourd’hui sont bannis de notre société mais qui hier parcouraient les rues. Une banderole nazie fixée dans une rue, des affiches de propagande placardées aux murs de la ville, le passage d’officiers nazis, des commerçants ayant accroché sur leur devanture des croix gammées…

Ce travail de dénonciation ne constitue qu’un début de l’œuvre de Vishniac.

Durant les années 1930, la direction européenne de l’American Jewish Joint Distribution Committee, la plus grande organisation juive d’entraide dans le monde, le charge de photographier les communautés juives orientales particulièrement pauvres. Ainsi Vishniac parcoure l’Europe de l’Est. Cette série de photographies particulièrement dense souligne la précarité des communautés juives notamment en période d’antisémitisme généralisé en Europe.

 03-Vishniac-ICP-pressimage-04Préparation des repas dans une soupe populaire juive, Berlin, seconde moitié des années 1930

04-Vishniac-ICP-pressimage-10 Un élève de heder Ruthénie subcarpatique, vers 1938

04-Vishniac-ICP-pressimage-07Villageois dans les montagnes des Carpates, vers 1935-1938

À la veille de son anéantissement, une fois de plus Vishniac nous donne à voir un univers qui est aujourd’hui disparu et ne demeure que dans notre imaginaire. La tradition et la culture de ses communautés ont avec la Shoah, malgré la survie de certains de leurs membres, définitivement disparus. Seules les photographies de Vishniac perdurent.

04-Vishniac-ICP-pressimage-09Sara, assise sur le lit dans un logement en sous-sol, des fleurs peintes sur le mur au-dessus d’elle Varsovie, vers 1935–1937

04-Vishniac-ICP-pressimage-08David Eckstein, sept ans, et d’autres enfants au heder (école élémentaire), Brody, vers 1938

Au début de la guerre, Vishniac émigre à New York avec sa famille pour fuir le nazisme. Il y ouvre un studio de photographie et poursuit son intérêt pour la culture juive en photographiant la vie des juifs américains et en se faisant commander des portraits de personnalités culturelles (ci-dessous

07-Vishniac-ICP-pressimage-28Marc Chagall, New York, 1941

Mais bien vite, à la fin de la guerre, il retourne en Europe, encore une fois mandaté par le Joint. C’est alors qu’il photographie les conséquences de la guerre : camp pour personnes déplacées, survivants de la Shoah, les ruines de Berlin, l’action des organismes de secours…

11-Vishniac-ICP-pressimage-20Survivants rassemblés devant le bâtiment où du pain azyme est fabriqué pour la Pâque juive, camp pour personnes déplacées d’Hénonville, Picardie, France, 1947

12-Vishniac-ICP-pressimage-17Petit garçon debout sur une montagne de gravats, Berlin, 1947

Cette photographie s’apparente à de la quasi photographie documentaire. Pourtant, c’est au regard de ses convictions sociales et dans l’optique de transmettre un message, que Vishniac photographie; de la même façon que Walker Evans ou encore Dorothea Lange (dont la photo ci dessous a fait le tour du monde) l’ont fait.

MotherMigrant Mother, 1936, Dorothea Lange

major_vishniac_1Grandfather and granddaughter, Varsovie, 1935

L’exposition organisée par le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme nous permet de découvrir ou de redécouvrir une œuvre à la qualité photographique remarquable mais aussi à la pertinence historique et sociale fascinante qui constitue les derniers regards sur cette sombre période.

EFdM

 Roman Vishniac, de Berlin à New-York (1920-1975)

Jusqu’au 25 janvier au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme
Tarif : 4€50
 
Visite guidée organisée par le Pôle Photographique (PPK) le Mercredi 12 novembre à 19H30 en présence d’un conférencier.
Prix : 4

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