Pourquoi il faut aller voir l’expo Mapplethorpe au Grand Palais

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Du 26 mars au 13 juillet, le Grand Palais rend hommage à Robert Mapplethorpe à travers une rétrospective de plus de 250 tirages, la première en France depuis sa mort en 1989.

Pour faire bref, Mapplethorpe naît en 1946 dans le Queens, dans une famille catholique anglo-irlandaise. Il entre en 1963 au Pratt Institute à Brooklyn et se consacre aux arts visuels. Il rencontre Patti Smith en 1967, qui deviendra successivement son amante, sa muse et sa meilleure amie jusqu’à sa mort.
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Celle-ci écrit dans Just Kids que la photographie n’intéresse d’abord pas Mapplethorpe. Malgré les faibles revenus du couple, elle raconte que celui-ci, influencé par Joseph Cornell et Marcel Duchamp achetait régulièrement des magazines gays pour faire des collages. Ce n’est qu’en 1971, lorsque John Mc Kendry (conservateur au Met) lui offre un Polaroïd que la photo commence à apparaître dans ses travaux. Sa première exposition en 1973 à la Light Gallery de New York n’est que le début d’une carrière prolifique. De la photo de couverture de l’album Horses de Patti Smith en 1975 à la publication en 1986 du Black Book (recueil de photos représentant uniquement des hommes noirs) à sa rencontre en 1980 avec Lisa Lyon, championne mondiale de bodybuiliding, Mapplethorpe s’affirme comme un des plus grands photographes de l’époque grâce à son esthétique unique.

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Un noir et blanc percutant, des corps d’éphèbes nus, des natures mortes et une puissance érotique omniprésente, telle est la signature Mapplethorpe.

L’exposition revient sur ses thèmes de prédilection. Tout d’abord le sexe. Ses photos transpirent la culture gay underground du New York des années 70 et ont cela de fascinant qu’elles oscillent constamment entre le pornographique et l’érotique. Mapplethorpe déclarait : « Le sexe est magique. Si vous le canalisez bien, il y a plus d’énergie dans le sexe que dans l’art. ». Citation remarquable pour un artiste dont l’œuvre sera constamment controversée tout au long de sa carrière.

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Le sexe se retrouve encore dans ses natures mortes. L’apparent classicisme de ses photos de fleurs dégage un parfum bien plus sulfureux : « Quand j’ai exposé des images, […] j’ai essayé de juxtaposer une fleur, puis une photo de pénis, puis un portrait, de façon à ce qu’on puisse voir qu’il s’agit de la même chose ».

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Les photos de Mapplethorpe semblent aussi habitées par une esthétique sculpturale. Il a en tête les œuvres des grands maîtres italiens du Cinquecento et dans cette optique, veut que « tout soit parfait ». L’ombre de Michel Angelo plane au-dessus de ses savantes compositions, célébrant les corps dans toute leur puissance.

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Mapplethorpe ne fait cependant pas que du nu, et l’ensemble du gotha artistique new yorkais des seventies semble être passé devant son objectif. Andy Warhol, Truman Capote, ou encore Iggy Pop sont immortalisés très formellement dans un noir et blanc graphique. Il effectue également de nombreux autoportraits où il se met en scène, ce qui contraste avec le classicisme du reste de ses photos.

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En 1986, il est diagnostiqué séropositif, dans un contexte d’épidémie du virus dans le milieu artistique, ce qui impacte profondément son travail. Sachant la fin proche, il se réinvente, sublime la maladie qui le consume lentement à travers ses photos.

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Cependant, si l’exposition est plaisante, elle laisse sur sa faim. Les photos sont belles mais peut-être trop quand on connaît l’aura provocatrice qui auréole le photographe. En 1989, la Corcoran Gallery de Washington annule une exposition prévue. Quand ses photos sont exposées à Cincinnati dans l’Ohio, la police évacue le public, une dizaine de photos sont censurées, sans compter le commissaire général qui est traduit en justice pour obscénité. En 2008, la Cour Suprême du Japon a finalement rendu des œuvres de Mapplethorpe à son propriétaire après une saisie pendant plus de 8 ans. Face à ces faits divers, on s’attend donc en rentrant à du trash, on ressort avec l’impression d’une sélection édulcorée. On ne pourra cependant que chaudement recommander d’aller découvrir l’œuvre de ce maître de la photographie.

 

Mathilde MARTIN

 

 

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