Pourquoi il faut aller voir l’expo Garry Winogrand au Jeu de Paume

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 « Rares sont les photographes et les écrivains qui ont exprimés de façon aussi poignante le sentiment de ce que nous sommes aujourd’hui : le vide et la folie omniprésente, mais aussi la vitalité d’une si grande partie de la vie américaine. » Robert Cowley

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Du 14 octobre 2014 au 8 février 2015, la galerie du Jeu de Paume expose le photographe américain Garry Winogrand. Au même titre qu’Evans, Franck ou Klein, Winogrand tire le portait d’une certaine Amérique, celle en métamorphose des années 1950 jusqu’au début de la décennie 80.

Le pôle photographie du BdA était au vernissage de l’exposition lundi dernier.

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« Le monde n’est pas bien rangé, c’est un cafouillis. Je ne cherche pas à le rendre lisse ». Gary Winogrand

Loin du documentaire, la rétrospective de l’œuvre de Winogrand est avant tout une perspective sur l’Amérique pendant les décennies d’après-guerre. De New York à Santa Monica, des mouvements hippies aux élections, du détail à l’universel, Winogrand photographie un pays et ses citoyens. Son travail m’a pourtant semblé inégal, ce qui je pense peut s’expliquer par la quantité de photos triées après sa mort, et ne correspondant pas à la sélection du photographe. L’exposition se divise en trois parties : « Du Bronx à Manhattan », retraçant son travail dans les rues de la Grosse Pomme, puis « C’est l’Amérique que j’étudie », les profondeurs du pays à partir des années 50, et enfin « Splendeur et déclin », marquant une claire évolution dans le ton des photos après la décennie 70.

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Du Bronx à Manhattan

Quiconque vénère New York se doit de connaître Gary Winogrand. La variété des sujets des photos, à une époque où la « street photography » n’était pas aussi répandue, nous émeut et nous fascine : femmes, couples, chiens, clowns, bonnes sœur, manifestants, matelots, boxeurs, hippies, starlettes…

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Chaque photo nous raconte un drame, un accident, devient comique ou tragique, révèle des inconnus du Manhattan des années 50. « Parfois, c’est comme si le monde entier était une scène pour laquelle j’ai acheté un billet. Un grand spectacle qui m’est destiné, comme si rien ne se produirait si je n’étais pas sur place avec mon appareil » nous dit Winogrand. Que dire alors des photographies du Zoo de New York, devenant à travers son objectif, un théâtre à lui seul.

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C’est l’Amérique que j’étudie

Conférer à l’ordinaire un mélange de nouveau et d’étrangeté, d’exubérance et de désespoir, voilà la ligne directrice de l’art de Winogrand. Loin de New York et des ses milieux clinquants, nous découvrons dans cette deuxième salle une Amérique subtile, marquée par des évènements tragiques, toujours évoqués qu’implicitement. La guerre du Vietnam se révèle à travers des photos d’aéroports, l’assassinat de Kennedy devient un groupe de touristes brandissant leurs cartes postales à Dealey Plaza…

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Mais Winogrand est pourtant loin d’être un photographe engagé. En effet, l’exposition met clairement en avant la volonté du photographe de rester ambigu, de préférer la force de l’interprétation à l’intérêt objectif des faits. Il refuse l’optimisme humaniste de la photographie de ces années d’après-guerre, les photos en noir et blanc semblent figées, intemporelles. Au fur et à mesure que l’exposition avance, ainsi que la vie du photographe, un certain désespoir infuse son œuvre…

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Splendeur et déclin

Les années 70 marquent la fin de l’hégémonie américaine. L’essor de l’Asie, l’échec de la guerre du Vietnam, les inégalités sonnent le glas de l’insouciance. Les photos à l’écart des foules sont certainement les plus marquantes et évoquent des séries de portraits, révélant l’isolement de l’individu dans cette nouvelle société. Ces images n’expriment plus le mouvement, encore moins le tourbillon vibrant de la foule citadine de New York. C’est aussi la partie la plus conventionnelle et la moins surprenante de l’œuvre du photographe, dont le travail semble perdre en mystère à partir de cette époque.

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En 1984, à l’âge de 56 ans, Winogrand est diagnostiqué d’un cancer incurable. Face à l’ultimatum qui lui est donné, il photographie avec frénésie et laisse plus de 6 600 rouleaux non triés.

C’est ainsi à nous de juger, à travers l’exposition de ces œuvres jamais observées par le photographe, de la certaine Amérique que Winogrand a voulu révéler.

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Gary Winogrand au Jeu de Paume
1 place de la Concorde Paris 8ème
Mardi 11h-21h
Mercredi à dimanche 11h-19h
Fermeture le lundi
Exposition tarif réduit 7,50€, entrée gratuite moins de 26 ans le dernier mardi du mois

 

Clémence Boullanger

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