Ida, un Oscar exceptionnel pour le cinéma polonais

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IDA de Pawel Pawlikowski
Critique de Natalia Foresti
5 / 5 Artichauts

Sacré meilleur film étranger aux Oscars de cette année, le film du réalisateur polonais Paweł Pawlikoski reçoit enfin l’écho qu’il méritait.

Dans la Pologne communiste des années 60, Ida découvre alors qu’elle est sur le point d’entrer dans les ordres, qu’elle est juive. Elle part avec sa tante, Wanda, sur les traces de sa famille disparue pendant la Seconde Guerre mondiale dans des circonstances obscures. Deux figures opposées se rencontrent : la première a une foi absolue en Dieu et semble maintenir une certaine distance avec le monde dans lequel elle est projetée. A l’inverse Wanda, procureur intégrée dans le système communiste, est largement portée sur la cigarette ainsi que la boisson et manifeste une vivacité beaucoup plus violente.

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Premier film de Pawlikowski réalisé en Pologne, loin de laquelle il a passé la majorité de sa vie, Ida est un véritable bijou de cinéma. Le choix du noir et blanc fait ressortir la neige, la froideur des protagonistes mais également leur contraste et donne à l’esthétique de l’œuvre son relief. La vie côtoie la mort de manière instantanée, créant un trouble à la fois prenant et d’une cruauté douce. En effet, l’enquête sur l’assassinat des membres de la famille de ces femmes alterne avec des scènes de fêtes, où la vie reprend ses droits. Cet art de l’opposition est manié avec brio dans ce film qui se refuse toutefois de porter des jugements. Il ne s’agit en effet pas de dresser un portrait critique de la situation sociale, religieuse ou politique en Pologne. L’idée est plutôt d’indiquer à l’heure où certains voudraient définir l’identité polonaise comme catholique avant tout, que dans ce pays on peut être à la fois juif ET polonais.

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L’interprétation d’Agata Trzebuchowska est, enfin, magistrale, tout comme celle du rôle de Wanda par Agata Kulesza. La caméra suit ces femmes en les décadrant souvent, ce qui marque avec justesse le décalage existant entre leur âme et ce qui les entoure. D’une perfection déconcertante, les mots ne suffisent cependant plus pour décrire l’œuvre. A voir absolument.

Comments

  1. Bonsoir.

    Ce film est effectivement un délice. Un morceau qu’on déguste, qu’on laisse fondre sur la langue. On est scotché par la photographie. Chaque plan fait ressentir ce décalage d’un protagoniste qui n’est pas lui-même, qui n’est pas le sujet principal de la caméra. Troublant et beau.

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