Ich bin ein Suicidé

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Début 2016, Jean Bellorini était le premier metteur en scène français invité par le Berliner Ensemble. La légendaire troupe, fondée par Brecht en 1949 vient pour la deuxième fois à Paris cette saison. Après Faust de Bob Wilson au Théâtre du Châtelet, c’est au TGP, fief de Jean Bellorini, qu’ont eu lieu les quelques représentations du Suicidé. La comédie à grande vitesse de Nikolaï Erdman prend les accents forains si chers au metteur en scène. Les petites ampoules, les néons et les vestes de survet brillent dans la nuit du TGP l’espace de deux heures.

On prend un certain plaisir à venir voir les créations de Jean Bellorini. Elles dégagent toujours une envie de vivre communicative, depuis Tempête sous un crâne en passant par La Bonne-Âme du Se-Tchouan. Et c’est justement cet amour de la vie que chantent les comédiens allemands du Berliner dans cette fresque farcesque. Alors que tout le monde est persuadé que Sémione va se suicider, quelques vautours viennent le soudoyer pour se tuer en leur nom. Se laissant convaincre, mais ne sachant qui choisir, Sémione décide d’honorer toutes leurs demandes, les réunissant pour un grand banquet d’adieu.

Mais tout ne se passe pas comme prévu, puisque l’homme, peinant à se dégager de la situation dans laquelle il s’est mis, se rend compte en se confrontant à la mort qu’il aime finalement trop la vie pour la quitter si vite, si brusquement. Il préfère passer sa vie sans bruit, en chuchotant, dit-il, plutôt que d’y mettre fin ; il y a trop de choses à expérimenter pour partir comme ça…

Si c’est une vaste farce, elle n’est pas solaire, mais plutôt empreinte de ces airs de tragicomédies lunaires que l’on retrouve dans ses spectacles précédents. On décèle en revanche une évolution dans son travail, une naïveté moins prononcée, une dureté que l’on n’avait pas vue avant. Si ce Suicidé souffre de quelques longueurs, ou d’un engoncement dans la farce poussé par certains comédiens qui perdent alors en rigueur corporelle, c’est surtout un beau moment de théâtre et d’engagement pour la vie.

P.S. : Je me permets de rajouter ce petit post-scriptum en parallèle de l’article puisqu’il n’a finalement pas grand chose à voir avec le spectacle lui-même. Je voudrais pointer un aspect qui m’a dérangé lors du passage du Berliner Ensemble au Châtelet mais aussi ce mercredi. Si c’est désormais une évidence que la troupe allemande jouit d’une certaine célébrité, j’ai été on ne peut plus gêné par le petit coin merchandising qui proposait des produits aux couleurs de l’Ensemble. Les t-shirts et les pulls passent encore, mais la vente de reproductions de la casquette de Bertolt Brecht pour la modique somme de 15 euros est la marque d’un cynisme à toute épreuve au vu des convictions de l’artiste en question. Si la troupe a su conserver son indéniable qualité, elle est partie bien loin du brechtisme. J’en connais un qui doit se retourner dans sa tombe.

Bertrand Brie

Le Suicidé ne joue malheureusement plus à Paris, mais vous pourrez retrouver Jean Bellorini avec sa mise en scène de « Karamazov » à partir du 5 janvier prochain. Le Berliner Ensemble sera également présent au Théâtre des Champs-Elysée pour la mise en scène de l’Opéra de Quat’Sous par Bob Wilson. Enfin, au TGP, nous vous conseillons Nkenkegui de Dieudonné Niangouna à partir du 9 novembre, et Au coeur de Thierry Thieû Niang dès le 18 novembre.

Crédits photo: Guillaume Chapeleau

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