« HUMANS OF NEW-YORK by Louis Faurer »

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L’Artichaut fut invité au vernissage de l’exposition consacrée à Louis Faurer, à la Fondation Henri Cartier-Bresson.  Ce fut l’occasion pour nous de (re)découvrir l’œuvre du photographe américain qui siégera à la fondation jusqu’au 18 décembre. L’artiste natif de Pennsylvanie, capte à travers son objectif l’intensité humaine des rues de New-York où il débarqua en 1947. Ainsi, dans une période d’après guerre marquée par le renouveau, il arpenta les longues avenues de la Big Apple, avec l’ardente volonté de capturer des scènes profondément douces et douloureuses à la fois. Car Louis Faurer, c’est avant tout le photographe du quotidien avec tous les ressorts que cela implique.

L’exposition de la fondation est donc une opportunité pour tous, de se plonger dans l’univers si particulier de Louis Faurer. Retrospective :

La genèse de l’œuvre de Faurer, trouve place dans le prix qu’il reçoit en 1937 pour la photographie « Happy,Cantrell St ». Au delà du fait qu’il décide de devenir pleinement photographe à l’issu de cet évènement, cette photo illustre bien la démarche qui habite Faurer à travers toute la ligne artistique qu’il ne cessera dès lors de suivre. Malheureusement absente de l’exposition, elle aurait permis à chaque visiteur de comprendre, que l’essence même de la logique photographique de l’artiste c’est la solitude qui émane de chaque cliché. En effet, malgré chaque scène de couple, de groupe et consorts, les modèles du quotidien semblent danser dans un New-York impersonnel. Les cadrages du photographe y sont également pour quelque chose : la division entre les modèles est marquée par le fait que presque systématiquement, aucun ne semble regarder dans la même direction. Les plans de foule sont froids et les visages sont souvent portées vers le vide. La distance que cela permet d’instaurer entre le cadre et les protagonistes est assez innovante pour l’époque.

Champion, New York, 1950 © Louis Faurer Estate, Courtesy Howard Greenberg Gallery

Champion, New York, 1950 © Louis Faurer Estate, Courtesy Howard Greenberg Gallery

         Ainsi, ses modèles semblent être en proie à une instabilité latente. Alors d’un homme au pas pressé qui brave la pluie sous sa casquette, du jeune adolescent les bras sous les aisselles recourbées sur lui même, de la femme qui se cache le visage avec un journal, de l’homme abasourdi sur le trottoir, jusqu’à la silhouette longiligne dont le reflet est un visage fermé et froid, il va s’en dire que Louis Faurer immortalise la faiblesse de l’être humain, ou bien même justement sa simple humanité. Pourtant, ce dernier ne se fait pas l’étendard d’une classe sociale. Il immortalise des sans-abris, jusqu’à la bourgeoisie de Manhattan, en passant par les prémisses d’une classe moyenne qui se retrouve dans les bars. Ainsi, il photographie des personnes hétéroclites provenant de différents milieux sociaux, n’ayant pas le même sexe, le même âge ou encore bien les mêmes intérêts. Une grande diversité des modèles donc, mais qui concourent d’autant plus à faire transparaître tout l’aspect cosmopolite d’une ville comme New-York. Ainsi, le spectateur reconnaît la ville. Il la connaissait déjà sans doute, mais Faurer joue ainsi avec elle pour la faire découvrir sous un nouvel angle : le charme new-yorkais des années 50 est donc également un point fort de la technique du photographe.

Champion, New York, 1950 © Louis Faurer Estate, Courtesy Howard Greenberg Gallery

Champion, New York, 1950 © Louis Faurer Estate, Courtesy Howard Greenberg Gallery

C’est en effet une véritable immersion que propose également cette exposition. Car au delà de tout ce que l’on connaît de New-York, les visiteurs apprécieront le voyage temporel. Les années 40-50 sont celles de l’avènement du modèle américain. C’est également en utilisant des jeux de flous et de grain que Faurer rend compte de toutes les spécificités de cette période : les voitures élégantes aux carrosseries flambantes, les costumes larges et sombres pour les hommes où le pantalon se porte haut (avec supplément bretelles et cravate fine), le brushing pour les femmes avec l’apparition du manteau tailleur, la suprématie de la cigarette aux lèvres des deux sexes … Les théâtres, bars et cinémas se parent de néons colorés, c’est la naissance de l’hégémonie publicitaire. Tout cela participe à plonger le visiteur dans le macrocosme gigantesque du New-York City des années 50. Oui mais voilà, Faurer apporte une touche qui est la sienne : celle de l’impersonnel et de l’indifférent. Il ne s’agit plus d’un cliché d’époque mais d’une véritable mise en perspective du monde qui l’entoure. Il va traquer ses sujets, et chacun parmi ces derniers est un reflet de ce qu’il veut décrire.

Les plus : L’exposition est vraiment impressionnante. Les clichés sont disposés idéalement, et le visiteur peut véritablement se laisser transporter par le fil de sa visite puisque chaque photographie étant un élément nouveau que l’on pourrait finalement croiser au coin d’une rue. À ce titre, il est vraiment recommandé de faire l’exposition temporaire avant sa fin en décembre.

Les moins : Aucun élément ne vient perturber la visite

Paul Andreu

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