Her: La perfection selon Spike Jonze

Il est des fois où la perfection nous ennuie, car la perfection est relative, elle dépend de notre habileté à la percevoir. D’aucuns se concentreront sur l’esthétisme du réalisateur et se complairont en voyant Somewhere de Sofia Coppola ou de l’intégralité des Wes Anderson. D’autres apprécieront la complexité de la narration, le jeu d’un acteur exceptionnel et ne cesseront de faire l’éloge de la filmographie de Nicholson.

Peu de films que vous verrez, que vous avez vus, vous plaisent avant de l’avoir vu. Her est de ceux là. Si vous êtes familiers de Spike Jonze vous savez, après avoir vu Adaptation et Being John Malkovich, que le réalisateur est un aficionado de la construction des personnages. John Malkovich est génial dans son propre rôle – ou plutôt jouant la façon dont l’audience perçoit son image, Nicolas Cage se dédoublant en jouant deux frères jumeaux – ou plutôt un seul frère schizo, l’est tout autant. Chaque film est un essai, négativement, mais un morceau de bravoure porté sur écran.

Spike jonze her -1

Dans Her, Joaquin Phoenix campe un homme normal. Il y a des choses qu’il faut savoir sur Joaquin Phoenix mais la principale serait qu’un homme normal, il ne l’est pas. Une première chose que l’on sait est qu’il est un acteur frustré qui ne peut se voir à l’écran. C’est un acteur singulier, sorti de nulle part, la success story hollywoodienne d’un homme à la bouche légèrement déformée et hanté par le souvenir d’un frère qui excellait dans la comédie, renversé par une overdose. J’ai toujours eu l’impression qu’en venant de nulle part, on pouvait jouer qui on voulait, comme si on avait une certaine habileté à décrypter le jeu des autres et à l’imiter. Joaquin Phoenix est en fait né Joaquin Bottom et ses parents ont changé de nom en quittant le désert aux frontières de L.A. afin de donner à leurs enfants un destin. Il fascine par son habileté à passer de cruel empereur romain au bad guy tourmenté en passant par le voisin adultère. Un acteur caméléon que l’on attendait pas à voir dans Her.

Spike jonze her -2

 

Le dernier Spike Jonze, raconte tout simplement un « boy meets girl » entre un homme et un système d’exploitation à la voix de Scarlett Johansson (critère suffisant pour tomber éperdument amoureux de son iPhone). On arrive alors devant une narration dont on sait le déroulement : un homme seul, suffisamment fracturé pour tomber amoureux d’une intelligence artificielle, commence une relation dont on sait qu’elle ne peux que mal finir. Et pourtant, Spike Jonze va au delà grâce au talent de Joaquin Phoenix, il montre de magnifiques images de Los Angeles où chaque figurant est seul, et pourtant, ce n’est pas une vision d’horreur d’une société anomique qui survit dans des relations asociales. Jonze nous réjouit en mettant en image chacune des idées qu’on pouvait avoir sur le film avant de le voir mais sans nous ennuyer. Il ajoute même une touche d’esthétisme qui nous manquait auparavant dans ses productions, Max et les Maximonstres excepté. Comme d’habitude il mène une réflexion complète sur le sujet qu’il traite, en posant les questions et proposant les réponses, il n’est pas polémiste ni alarmiste, il propose des clés de lectures dans des films parfaits. Her, en tout cas, l’est.

Max G.

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