Darger, la fureur de vivre

À Cedernine sont de nouveau menacées par des incendies de forêt. 
Reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle et gouache sur papier vélin 
Musée d’Art moderne de la Ville de Paris 
© Eric Emo / Musée d'Art moderne / Roger-Viollet 
© 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

À Cedernine sont de nouveau menacées par des incendies de forêt. Reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle et gouache sur papier vélin. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris © Eric Emo / Musée d’Art moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

 

Avec Henry Darger, le Musée d’Art Moderne nous emmène dans les fascinants méandres de l’intime d’un homme singulier.

Seul et toujours un peu sale, fouillant les poubelles après ses ménages à l’hôpital, le vieil homme jadis échappé d’un foyer de marginaux réalisa dans le plus grand secret une œuvre entremêlant écriture, aquarelles, collages de papiers et de cartons… Cette exposition est la fresque de sa vie enivrée dans l’imaginaire.

Ce n’est pas une technique ou une idée de l’art qui donne sa force à cet ensemble très cohérent pétris de culture américaine et de récits historiques, mais un univers fantasmagorique étrange et gigantesque. Un roman de plus de 15 000 pages que seules deux personnes n’aient jamais lue accompagne des cartographies abandonnées, dépassant leur propre auteur avec des royaumes immenses et des populations indénombrables.

Darger raconte une litanie interminable, celle d’une guerre sans fin et très manichéenne entre Glandeliniens et peuples d’Abbieannia, soutenus par les chrétiens venant en aide à des petites filles esclaves. Ces enfants peintes en de jolies aquarelles sont prétextes à des scènes de rare violence sur fond de légèreté: leurs entrailles se vident dans des prairies colorées. Reconnues dans le milieu artistique, elles sont considérées comme œuvres majeures de l’art brut, laissant leur maître reconnu par ses pairs et peu à peu, du grand public.

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Henry Darger, Second battle of McAllister Run they are pursued, 1910-1970 © Musée d’Art Moderne / Roger-Viollet

 

On sent en cet artiste la vivacité de l’esprit, on ne peut qu’admirer une créativité démentielle et une autodidactie qui a quelque chose du mythe du génie fou; mais comment regarder une œuvre qui ne devait jamais exister sous nos yeux? L’impression de violer la conscience d’un homme reclus qui se créait un monde à l’abri des autres fit partie de cette expérience bizarre qui nous laissa perplexes, mais fascinés.

 

Henry Darger, At McCalls Run Coller Junction Vivian girl saves strangling children from phenomenon of frightful shape, 1910-1970, Paris, musée d'Art moderne © Eric Emo / Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet

Henry Darger, At McCalls Run Coller Junction Vivian girl saves strangling children from phenomenon of frightful shape, 1910-1970, Paris, musée d’Art moderne © Eric Emo / Musée d’Art Moderne / Roger-Viollet

 

Les + : Quelques œuvres se remarquent, comme la grande fresque de la seconde salle que la commissaire appelle « ruines et chaos ». L’intimité est palpable et comblera les amateurs d’univers étrange et tourmenté.

Les – : Pas d’expérience personnelle d’éblouissement, un univers qui malgré sa démesure, semble en lui-même assez limité.

Verdict : 2,5 artichauts sur 5

 

Marie Prunières

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