Haïti au Grand Palais

Dubréus Lhérisson
Sans titre
2012-2013
crâne humain, paillettes, objets divers
15 x 11 x 24 cm
Port-au-Prince, collection Reynald Lally
Photo Josué Azor

Du XIXeme siècle jusqu’à aujourd’hui : c’est ainsi que l’exposition Haïti du Grand Palais nous est présentée. Cette rétrospective combine tableaux classiques et art contemporain. Commencée le 19 novembre elle finira le 15 février. Le commissaire de l’exposition Régine Cuzin nous présente un panorama de l’art haïtien à visée iconoclaste, l’absence de chronologie est choisie afin de faire résonner les différents mouvements entre eux.

Les plus :

  • Plus d’une cinquantaine d’artistes tiennent dans une seule galerie.
  • La diversité des œuvres présentées notamment pour les supports.

Les moins :

  • L’effet on-mélange-un-peu-de-tout puis l’on voit ce que cela donne.
  • Du côté du visiteur on peut penser à s’informer un peu plus sur l’art haïtien en général avant de venir.

Note Artichaut : 4/5

Vue de l’exposition Haïti. Deux siècles de création artistique Scénographie Sylvain Roca et Nicolas Groult © Didier Plowy / Rmn-Grand Palais, Paris 2014

Vue de l’exposition
Haïti. Deux siècles de création artistique
Scénographie Sylvain Roca et Nicolas Groult
© Didier Plowy / Rmn-Grand Palais, Paris 2014

L’exposition se déroule en quatre parties : Sans titres, Chefs, Esprits, Paysages.
Les Sans titres sont des figures populaires tandis que la partie sur les chefs a pour but de représenter le poids du politique dans le système haitien. La partie Esprits contient des références aux vaudous mais elle s’élargit par d’autres références aux protestantisme, catholicisme voire à la franc maconnerie. Les naifs restentent très présents dans la partie Paysages mais d’autres expériences picturales peu appréciés en Haiti ont été revalorisées.

Armée de mon dossier de presse je commence à déambuler entre artistes et oeuvres. L’absence de chronologie n’est pas un souci dans le sens où chacun attiré par une oeuvre peut facilement revenir en arrière. M’habituant au cafouillage apparent je commence l’exposition assez calmement puis je me rends compte qu’ici tout est une question de rencontre visuelle.

SANS TITRES

Les Sans-Titres comme on pourrait le penser comporteraient les œuvres les plus abstraites c’est pourtant l’histoire et plus encore le quotidien des haïtiens qui nous est raconté. Même si un point ressort : celui d’une vie durement menée les petites histoires diffèrent beaucoup. Une installation vidéo de Maksaens Denis comprenant du barbelé par dessus nous rappelle la violence à l’égard des homosexuels par exemple. À côté on retrouve l’école Saint Soleil, caractéristique d’une époque. Saint Soleil apparaît inévitablement comme une expérience importante dans l’histoire de la peinture haïtienne. Cette communauté d’artistes a permis à un village d’expérimenter différentes disciplines de création artistique. Ce style que je ne connaissais pas du tout m’a beaucoup plus, à des couleurs vives et un trait parfois enfantin naissent des scènes quotidiennes.

Jean-Ulrick Désert Constellations de la déesse / Ciel au-dessus de Port-au-Prince Haïti 12 janvier 2010 21:53 UTC 2012 commandé par le Kunsthal KAdE, Amersfoort (Pays-Bas) velours sur polystyréne, métal ; 300 x 300 cm Berlin, collection de l’artiste

Jean-Ulrick Désert
Constellations de la déesse / Ciel au-dessus de
Port-au-Prince Haïti 12 janvier 2010 21:53 UTC
2012
commandé par le Kunsthal KAdE, Amersfoort (Pays-Bas)
velours sur polystyréne, métal ; 300 x 300 cm
Berlin, collection de l’artiste

TÊTE – À – TÊTE

Le premier tête à tête entre Sasha Hubery et Jean Ulrick Désert n’a rien de surprenant. C’est à l’occasion du séisme de 2010 que les deux artistes rendent respectivement hommage aux victimes. D’une part, une vidéo d’un haïtien vêtu des couleurs de son drapeau, marchant dans la neige et de l’autre, une énorme constellation d’étoiles en fer sur un fond rouge. Ciel au-dessus de Port-au-Prince 12 janvier 2010 21:53 UTC correspond à l’alignement des astres au moment du séisme. Même si le procédé est scientifique, cette méthode comporte une dimension spirituelle. Le fait de représenter le ciel lors d’un événement est évoqué dans beaucoup de croyances. Bien que divisée en quatre parties, l’exposition tourne beaucoup autour de la religion, des rites et du sacré. Je pense que c’est la marque de fabrique de l’art haïtien.

PAYSAGES

La partie Paysages est sans aucun doute celle qui m’a le moins plu. On peut y admirer beaucoup de naïfs mélangés à de la peinture abstraite. Peinture qui se veut assez terne comparée au reste des œuvres et qui ne m’évoque pas grand chose d’Haïti. C’est également la partie contenant le moins d’oeuvres.

ESPRITS

Esprits des siècles passés, esprits du présent ici se rencontrent toutes les croyances. La présence des poupées dans les œuvres de Pierrot Barra est symptomatique du vaudou alors qu’André Eugène nous présente une sorte de nouvelle force intitulé Legba. Le Legba, immense sculpture faite de matériaux recyclés : bois, pneu, fer s’impose par sa rugosité et la position de vainqueur qu’a choisi de lui donner l’artiste. La féraille d’habitude jetée est l’un des matériaux les plus utilisés par les artistes dans cette partie. On comprend que plus loin que l’exposition c’est une autre manière de travailler et de penser qui surgit.  L’originalité de ces œuvres provient généralement de leurs supports comme les chaînes de perles travaillées par Eustache. Dans les peintures, nature, religion et fantastique sont reliés avec des scènes d’évangélisation par exemple. La conscience du passé est très forte et prend beaucoup d’espace dans les peintures naïves. On peut rester longtemps à les contempler car elles sont emplies de détails ayant une signification. Il m’a paru dommage que l’on est pas un cartel spécifique pour expliquer l’art naïf pourtant très présent.

Fritzner Lamour Poste Ravine Pintade vers 1980 huile sur toile 51 x 61 cm collection Monnin

Fritzner Lamour
Poste Ravine Pintade
vers 1980
huile sur toile
51 x 61 cm
collection Monnin

CHEFS

Deux types de chefs nous sont présentés : ceux que l’on respecte et ceux dont on se moque. Les premiers sont issus des peintures classiques du XIXeme avec de nombreux portraits de figures illustres. Ainsi on passe de portraits creux, plats à des satires. L’animalisation du politique est fortement présente tantôt en dindon tantôt en singes. Ces peintures sont assez comiques et retracent encore une fois l’histoire du pays par une critique de la non-démocratie, ou du régime militaire avec les pintades de Fritzner Lamour. La place des chefs est alors rejeté en arrière plan.

Enfin, une œuvre qui n’appartient à aucune des parties m’a beaucoup marqué, celle d’Edouard Duval Carrié. Cette scène historique ennuyante nous présente une femme de la noblesse attendant en pleine forêt avec pour fond un bateau et l’île d’Haïti. Ce qui la rend originale est la technique utilisant des milliers de paillettes qui recouvrent le tableau en lui donnant un aspect féerique. Intitulée L’embarquement pour l’Isle-de-France ou le renvoi d’Erzulie Freda Dahomey, elle nous invite à rencontrer l’île d’une manière rêvée ce que chacun devrait essayer.

Lou Guérin

Édouard Duval-Carrié L’Embarquement pour L’Isle-de-France ou le Renvoi D’Erzulie Freda Dahomey 2014 techniques mixtes sur aluminium 194 x 291 cm collection de l’artiste © Adagp, Paris, 2014 Photo Ralph Torres

Édouard Duval-Carrié
L’Embarquement pour L’Isle-de-France ou le Renvoi D’Erzulie Freda Dahomey
2014
techniques mixtes sur aluminium
194 x 291 cm
collection de l’artiste
© Adagp, Paris, 2014
Photo Ralph Torres

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