Grand Blanc ne finira pas aux objets trouvés

_MG_1532©Guilaume_Lechat

Des potes, des idées, une dose de talent et vous obtenez Grand Blanc. Dernières recrues du label Entreprise, véritable vivier artistique quand on pense notamment à Moodoïd, Benoît, Camille, Luc et Vincent s’inscrivent progressivement au sein du paysage musical francophone pour le plaisir de nos oreilles. Grand Blanc c’est des morceaux qui prennent au corps, je pense à « Samedi la Nuit » qui tout en offrant un texte clairement beau, balance des pêches génialissimes sur une mélodie entêtante à souhait. L’équilibre entre les voix de Ben et Camille n’y est pas pour rien, chose remarquable sur « Degré Zéro ». Une affaire qui roule.

J’ai donc tenté de percer les mystères de Grand Blanc à l’occasion des Transmusicales, retour sur cette rencontre en compagnie de Luc et Ben !

J’ai écouté votre EP en venant à Rennes et ça envoie méchamment du lourd, donc bravo. Mais en gros, pour ceux qui n’ont pas encore écouté Grand Blanc, qu’est-ce que vous faites ?

Ben – Alors on a un groupe de musique en français qui essaye de faire de la musique électronique tout en conservant une grande place au texte. Et voilà !

Justement, comment est-ce que vous vous y prenez pour faire émerger vos morceaux ?

Ben –Je m’occupe de la compo des textes mais, bien sûr, ils valident et en amont on en parle beaucoup. Après j’ai fait des études de Littérature mais je suis pas sûr que ça aide en fait. Parce que quand j’étais en prépa Lettres les gens disaient tous « ouais moi j’écris mais je montre pas parce que j’attends d’avoir la bonne idée pour écrire un roman ». Je sentais bien qu’on était tous des tocards et je faisais la même chose… A un moment, parce que la bonne idée venait pas et puisque baver devant les prétendus génies qui avaient de meilleurs idées que les autres c’était un peu stérile,  j’ai commencé à faire de la musique avec des gens qui m’ont dit que parler de l’amour, des roses et d’essayer de chercher l’essence de l’amour c’était de la merde, il fallait peut-être que je fasse avec ce que j’avais sous les yeux. Ce que j’avais sous les yeux c’était des mots, voir comment ils sonnaient. Du coup on a commencé à bosser sur la façon dont les mots se ressemblaient, sur leurs structures, les jeux de mots, les anaphores. En gros jouer sur le son.  On s’est dit, on va écrire ce qui nous parait beau… Et bizarre aussi. Là c’est un peu Baudelairien comme façon de présenter les choses !

Ensuite quand on trouvait quelque chose de fascinant, on se demandait ce que ça pouvait bien dire et souvent c’était plutôt censé pour nous. Après pour le reste, parce qu’il faut quand même un fond, on parle ensemble, on échange beaucoup notamment par rapport aux livres qu’on lit ou aux films qu’on regarde.

Donc vous vous appuyez pas mal sur votre environnement pour composer ? Un environnement plutôt parisien ou messin du coup ?

Luc – Ouais indirectement parce que c’est notre vie. On compose et Ben écrit en ramassant ce qu’il a sous les yeux, comme il dit. On s’inspire pas mal de ce qui nous entourait à Metz, la culture de la ville. Ce qu’on a fait pour le moment ça vient de l’Est après maintenant on vit à Paris !

Ben – Ouais parce que Metz c’est une ville très post-moderne, si tu veux être post-moderne à Metz tu te gaves, alors que Paris un petit moins. C’est une ville plus traditionnelle, tu fais face à « la grande ville », la déshumanisation et le gros problème c’est de s’y retrouver. C’est des thématiques qu’on a incarnées dans notre biographie. Y’a un morceau qu’on n’a pas mis sur l’EP, qui s’appelle « Nord », et qui est proprement sur Paris. C’est un morceau qui pour moi parle de mon arrivée sur Paris même s’il en parle pas directement mais à ce moment-là j’avais juste besoin d’écrire un truc qui m’aide à moins perdre la boule dans une ville qui était 10, 15, 30 fois plus grande que la mienne !

En préparant l’interview je suis tombée pas mal de fois sur le fait que vous vous sentiez proche de Bashung, vous en parlez carrément dans votre bio. Grand Blanc ne jure donc que par Bashung ?

Ben – Clairement pour nous Bashung c’est un maître. C’est un gars qui a fait « ça », il a déjà fait ce qu’on fait. Quand on a commencé à mélanger des musiques qui justement se faisaient habituellement pas en français et du chant en français, on s’est tourné vers des gens qui semblaient le faire, en l’occurrence Baschung. Après on a creusé aussi, la musique qu’on écoute aujourd’hui on l’écoute parce qu’on a fait Grand Blanc et pas l’inverse. Par exemple, on a trouvé des compiles de Born Bad [ndlr – label français de « rock’n’roll contemporain » tourné vers des groupes essentiellement français] sur la Génération Növo [ndlr – « De jeunes gens mödernes »], les minimales waves et on s’est rendu compte que dans la new wave y’avait des petits labels à cette époque qui sortaient des cassettes et des vinyles pas chers et ça rendait l’accès plus facile à de la new wave en italien, en grec, en allemand, en français… C’est une sorte de sociologie de la musique qui était différente et on a trouvé ça génial. On aimerait jouer avec des groupes en allemand, en turque mais surtout être en français. Après, on n’a pas envie d’être de la « chanson française », on s’en fout de ça. On veut être un groupe en français, voilà.

_MG_1371©Guilaume_Lechat

©Guillaume Lechat

 

Ce qui est d’autant plus cool chez vous c’est que vous êtes chez Entreprise. Un label que j’adore parce qu’il abrite de réelles perles, comme par exemple Moodoïd. Comment la rencontre  s’est faite ?

Luc – Alors ça, ça s’est fait avec un autre groupe du label, Blind Digital Citizen [ndlr – de la pure bombe], qu’on a découvert sur internet. On se sentait vraiment très proche d’eux musicalement, on se disait « putain des copains de la musique ». Du coup, on les a contactés pour faire un plateau avec nous à Metz et ils ont fait écouter ce qu’on faisait à leur label et apparemment ils ont bien accroché !

Ben – Et il se pourrait que l’histoire se reproduise dans notre label… [ndlr – il a pas voulu cracher le morceau]. Après, au niveau du fonctionnement, ils sont un peu têtus et heureusement qu’ils le sont sinon ils négocieraient mal les choses pour nous.

Un label qui vous laisse une bonne marge de liberté artistique en somme ?

Ben – Clairement !

Luc – Ils nous font totalement confiance, c’est très familial !

Ben – Alors que dans une major, par exemple, tu peux être mangé à plusieurs sauces et tomber en fond de catalogue…

Luc – En gros, histoire que personne te pique, ils te gardent mais font pas pour autant ta promo. Alors que des groupes comme La Femme qui sont chez Barclay font ce qu’ils veulent, ils ont autorité sur tout ce qu’ils font.

Ben – C’est une licence de distribution en fait, ils sont pas en label chez eux. Après ça dépend, notre label, Entreprise, a eu l’intelligence d’aller voir les majors pour passer des accords sur certaines prérogatives. C’est marqué sur tous les disques d’Entreprise, on est distribué par Sony donc y’a une certaine contrepartie. On profite pas du fric de Sony, on n’est pas des artistes Sony mais on a les réseaux de distributions, ce qui est très important.  Entreprise c’est un label intéressant, on peut dire que c’est un label « phœnix » parce qu’il est né des cendres de Third Side Records qui était un gros label folk-indé dans les années 2000 mais qui s’est cassé la gueule parce que le style a un peu décru. Ça leur apporte une expérience non-négligeable aujourd’hui, c’est pas juste « on les emmerde et on va faire des pochettes de disques avec des ciseaux et des crayons ». Y’a plein de trucs comme ça, Pias c’est devenu énorme par exemple…

Luc – Après Pias ils sont pas concentrés uniquement sur la France mais dans le monde entier. Ils gardent toujours cette volonté de rester indé et de promouvoir des artistes en se démerdant par leurs propres moyens. Y’a des nouvelles logiques qui se créent, les gens essaient de trouver d’autres moyens de produire, de vendre…

Ben – Après une major pourquoi pas un jour quoi… Ca dépend de l’oseille !

Luc – Faut faire du bif !

Ça fait deux ans que vous tournez, aujourd’hui vous jouez au Parc Expo devant 4 000 personnes. Je m’attends à ce que vous fassiez bouger tout ce beau monde. Ça s’est passé comment au niveau de la préparation de l’EP et du live ?

Ben – On a commencé à faire notre musique derrière un ordinateur, on n’était pas spécialement un groupe de live. On s’est beaucoup posé la question de savoir comment réaliser  des tracks énormes où t’avais 18 pistes de synthé ! Du coup quand on a signé chez Entreprise le gros boulot technique c’était la préparation des sons, des instruments parce qu’on avait pas mal de maquettes. Donc ce qui parait simple sur scène c’est des heures de boulot avant et là on arrive à mettre en place des choses qui sonnent. Maintenant on gagne bien plus en confiance grâce à ça.

Luc – On a tout fait pour que les gens bougent comme s’ils écoutaient de l’électro ou de la techno comme sur « Samedi La Nuit ». On commence à avoir des gens qui «dance » et ça fait vraiment plaisir.

Ben – L’EP ça a été une grosse recherche de turbines, patates dans ta gueule parce qu’on avait un complexe d’infériorité parce qu’on aimait bien les chansons mais fallait aussi pouvoir danser dessus quoi !

Grand_Blanc_Promo_Front_1500x1500

Enfin, un mot pour définir l’univers de Grand Blanc ?

« Ambigu »…

Sur ce mot empreint de malice, Luc et Ben voguent vers d’autres interviews. Un programme chargé pour des Transmusicales survoltées. Grand Blanc c’est un peu comme une valeur d’avenir, au calme.

Maywenn Vernet

Leave a Reply