Good Time, la déchéance d’une Amérique cruelle

Dans la déchéance profonde d’une Amérique cruelle, vibrante et bien loin du self made man et de la Success-Story.

Les frères Safdie renouent avec une façon acérée de dépeindre une réalité sociale, dans un New York qui nous paraît si éloigné, qu’on se croirait presque transportés dans les années 90. Que ce soit dans les costumes, les décors ou le stylisme, l’ensemble garde un arrière-goût vaguement passé, déjà grisâtre, toujours violent. Dans ce film à la fois intemporel et bousculant, le « Good Time » est bien sûr un contresens. « Good times, bad times, You know I had my share » chantait Led Zeppelin sur un fond de guitare hurlantes… Le film fait le même effet visuel.

La promesse d’une issue désastreuse est énoncée et maintenue dès les premières images. D’abord par cette incroyable proximité de la caméra avec les visages, des visages durs et qui n’en finissent pas d’exprimer un panel d’émotions à la fois incroyables et dérangeantes. La parole est la fois crue et extrêmement stylisée avec des surgissements de monologues dignes des meilleurs Tarantino. Côté interprétation, Ben Safdie donne une performance qui n’a pas d’égale et Buddy Duress étonne, flamboyant sous son visage défiguré de pansements. N’étant pas une fan absolue des premiers rôles de Robert Pattinson, force est de reconnaître que, depuis quelques temps, ses choix de films sont pointus et le présentent enfin à la hauteur de son talent.

Robert Pattinson, en pleine course poursuite new-yorkaise.

Good Time n’est d’ailleurs pas loin de faire écho au Cosmopolis de Cronenberg, à la fois sur sa construction, sa dimension spatio-temporelle et dans son rapport à la ville en huit clos. La violence est la même, mais dans un contexte social diamétralement opposé. Dans Good Time, même plus les riches sont « pollués » par une sorte de démence Lynchienne. Les visages se tordent, les émotions sont hystériques ou au contraire étonnamment enfouies sous le poids de la misère ou du handicap. Témoin dès les premières minutes du surgissement de la parole là où elle semble difficile, le spectateur est happé dans cette fresque frénétique d’humanité. Tout dans les personnages crie le désir de vivre ou, mieux, de survivre. Les environnements n’en finissent pas d’être hostiles et troublants. Seuls moments de respirations, de larges travellings sur les routes de banlieues new-yorkaises, qui viennent nous rappeler l’étendue bétonnée dans laquelle sont pris au piège les personnages. Tout paraît à la fois immense et minuscule. Grandiose et misérable.

La possibilité d’une échappatoire est toujours suggérée, mais n’apparaît jamais comme plausible.  Et la bande-son hypnotique, angoissante vient soutenir l’atmosphère décidément bien particulière de ce film.

Good Time c’est la course effrénée d’une survie impossible. 

Bande-Annonce: Ici

 

 

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