Giselle – Toa Fraser – La danse au cinéma

2 répétition

Giselle de Toa Fraser avec Gillian Murphy et Qi Huan
3,5 / 5 Artichauts

Giselle, in et hors scène

En portant à l’écran un classique du répertoire du ballet, Toa Fraser, réalisateur néo-zélandais venant d’achever son quatrième film, fait un choix audacieux.  La question que l’on se pose d’entrée en voyant une telle œuvre : pourquoi regarder un ballet sur un écran ? constitue dès lors la ligne directrice d’une expérience comme celle-ci.

Le parti adopté est de présenter l’intégralité du ballet tel qu’il a été dansé sur scène, en le ponctuant de séquences extérieures. Au début, entre les deux actes, ainsi qu’à la fin, on peut voir les deux danseurs principaux errer à travers champs et mégalopole asiatique sur une musique répondant à celle d’Adolphe Adam. Si les scènes sont esthétiquement impeccables, leur intérêt peut laisser dubitatif puisqu’elles ne sont pas assez nombreuses et étoffées pour apporter plus de relief au spectacle, qui se suffit largement.

1 maquillage

Giselle est un ballet archétype du genre romantique, monté pour la première fois à l’Académie royale de musique à Paris en 1841, avec un livret de Théophile Gautier et de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges. L’histoire de l’héroïne, paysanne mourant quand elle découvre que l’homme qu’elle aime s’avère être un duc fiancé à une princesse, est inspirée notamment du poème « Fantômes » des Orientales de Victor Hugo. Giselle rejoint les autres jeunes filles mortes comme elle, les Willis, dont la reine condamne les amants responsables de ces décès. Giselle parvient toutefois à sauver Albrecht en l’accompagnant dans la danse macabre à laquelle le destine Myrtha. Réorchestrant le mythe d’Orphée et Eurydice et proposant une autre version du triomphe de l’amour sur la mort, ce ballet se caractérise par une atemporalité qui le préserve de la poussière.

3 willis

Sublimation de la danse par le cinéma 

Les danseurs livrent ainsi une performance excellente, permise notamment par le format. Le duo principal n’en est pas moins efficace et crédible. On peut également saluer le rôle de Myrtha, la reine des Willis, interprétée avec majesté.

L’atout premier de ce film est de délivrer un point de vue sur la danse qui n’est pas accessible dans le théâtre. La caméra suit en effet à plusieurs reprises les danseurs sur scène. On retient notamment les plans parfaits sur Myrtha dont la grâce du port de bras s’en voit soulignée. En outre, la superposition pendant le pas de deux du deuxième acte de scènes de répétition du ballet avec le spectacle paraît pertinente car elle rythme la danse, sans en casser la dynamique.

4 willis

S’inscrivant dans la lignée des films sur la danse via une œuvre, Giselle en relève donc les défis par la qualité esthétique des scènes rapprochées. De même que l’on a pu retenir son souffle sur les pas de Natalie Portman, jouant Nina/Odette/Odile dans Black Swan, la grâce et la justesse de Gillian Murphy sont indéniables.

Natalia Foresti

arlequin

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