Ghost Stories – Lui Bolin

Du 6 septembre au 29 octobre prochain, la Maison Européenne de la Photographie sous la direction des commissaires Laurie Hurwitz et Romain Degoul expose les travaux de l’artiste chinois Liu Bolin. Disparaître pour dénoncer, être invisible pour se faire remarquer, c’est à travers l’art du camouflage et un savant mélange d’illusion d’optique, de photographie et de body painting que l’homme-caméléon interroge sur les problèmes rencontrés par le société chinoise.

Hiding in the City 17, Civilian and policeman II, 2006, 100 x 160 cm
© Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing

Un fantôme assis sur une chaise, les yeux cachés par un policier, lui bien réel. La photographie est choc, l’illusion d’optique efficace. En y regardant bien, le fantôme n’est pas si invisible que ça. Liu Bolin, les habits entièrement peints joue sur la transparence des couleurs, des matières et, transformé en sculpture vivante, il produit une œuvre percutante destinée à condamner la censure chinoise.
L’artiste n’en est pas à son premier coup de maître. Lorsqu’en 2005 son atelier est détruit par le gouvernement chinois qui « nettoie » la ville de Pékin au vu des Jeux Olympiques de 2008, Liu Bolin décide de se mettre en scène dans les gravats de son espace créatif disparu exprimant alors son indignation.

 


Hiding in the City 02, Suojia Village, 2005, 120 x 150 cm
© Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing

Invisible et silencieux il crée une nouvelle forme d’art engagé mélangeant body art et photographie. Suivant toujours le même processus, immobile pendant des heures, peint de la tête aux pieds par ses assistants-peintres, l’artiste se fige et se fond progressivement dans le décor, immortalisant alors sans truquage numérique la performance à l’aide de la photo. Son travail, mondialement reconnu constitue les prémices d’une réflexion personnelle sur les problèmes de la société chinoise. Caché devant des milliers de téléphones portables ou des rayons de supermarchés, des abattoirs de bêtes, il dénonce la société de surconsommation. Caché devant des affiches du parti communiste chinois, il interroge le verrouillage de la politique. Caché devant des fresques d’art, il questionne la pérennité de la tradition. Caché devant des couvertures de magazines, des livres, il conteste le mutisme forcé des médias.

Liu Bolin Hiding in the City-Paris 11, Meat Factory, 2013 120 x 150 cm
© Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing

Hiding in the City 43, In Front of the Party’s Flag I, 2006, 100 x 160 cm
© Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing

L’exposition nous plonge à travers une dizaine de photographies rétrospectives. Les grands formats présentés font de la déambulation un moment agréable. Le visiteur, à l’œil aiguisé cherche l’artiste dans l’œuvre. Les légendes pauvres (uniquement le nom de la série photographique) laissent une libre interprétation du sujet. Au cours de l’exposition un petit film présente le travail colossal réalisé par les peintres lors de la préparation des photographies.

Les deux séries présentées par l’artiste Hiding in the City et Target laissent apparaître l’évolution de son travail. Si la première est la conséquence d’une blessure personnelle, celle accusée en 2005 lors de la disparition de son atelier, le seconde, réalisée dix ans plus tard, se veut beaucoup plus universelle représentant les blessures de l’humanité. En témoigne la photographie de ces jeunes modèles imperceptibles, noyés dans les unes de journaux Charlie Hebdo. La photographie interroge : qui est la target ? Le journal ? Les individus qui s’y identifient ? La masse indiscernable qu’ils forment ne constitue-t-elle pas tant un rempart qu’une cible ? Autant de questions que soulèvent l’artiste dans des performances engagées aux messages politiques assumés.

Les plus :
– Taille impressionnante des photographies exposées
– Souvenir d’enfance : quand où est Charlie devient où est Liu Bolin ?

Les moins :
– Exposition trop courte
– Trop peu d’éléments d’explication sur la démarche de chaque photo

Informations pratiques 

Maison Européenne de la Photographie
5/7 rue de Fourcy
75 004 Paris
Métros : Pont Marie ou Saint Paul
Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 20h.

 

 

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