Geronimo – Tony Gatlif

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Geronimo – Tony Galtif
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Tout est déclenché par l’histoire d’amour entre Nil, une jeune turque de 16 ans, qui pour échapper à un mariage forcé, s’enfuit avec Lucky, qui appartient à la communauté gitane. Ils sont en train de faire une folie : la caméra à l’épaule tremblotante rendant une image floue sur fond de musique rock ne laisse planer aucun doute là-dessus. Cette musique rock ne dure que peu de temps, et lorsqu’ils entrevoient les conséquences de leur geste, le film change d’univers.

Geronimo a tou d’une comédie musicale gipsy, dont Galtif exploite les ressorts du genre, parfois à outrance mais en laissant néanmoins part belle aux batailles où la violence succède aux pas de danses et où les cercueils contiennent parfois des guitares.

Des Pyrénées-Orientales ce ne sont pas les coins les plus touristiques qui sont mis en avant, ce qui n’empêche pas le cinéaste de sublimer certaines beautés de cette région comme dans la très belle scène de course dans les champs de blés en robe de mariée. Certains décors surprennent, comme cette ancienne usine abandonnée (à Saint Etienne) où les tags multicolores créent un décor flashy parfait pour achever cette comédie musicale haute en couleur.

Mais surtout, c’est Céline Sallette qui porte le film, avec des yeux bleus qui comme la mer où elle conduit ses protégés et une volonté sans borne de proposer aux autres une vie meilleure. Cette Catalane vit pour son métier d’éducatrice, pour les enfants qu’elle côtoie depuis longtemps et qu’elle ne veut surtout pas voir commettre d’erreurs irréparables. « Geronimo » c’est le nom qu’ils lui ont donné, une sorte de baptême pour la faire rentrer dans leur univers. C’est aussi un nom d’homme, un nom totem qui remplace toute l’identité de cette femme qui laisse de côté sa vie personnelle.

 Elle nous entraîne dans cette communauté qu’elle connaît mieux que nous mais où, en temps de crise, on lui fait sentir qu’elle est de trop. Tony Galtif s’est dit lui-même très marqué par la rencontre avec un éducateur de quartier, qui a changé le cours de sa vie et brosse un très beau portrait d’une femme engagée et décidée à lutter contre les injustices.

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Danses et chants gitans, références à de vieilles traditions… Tony Galtif, algérien et rom, ne propose pas un documentaire, mais bien plutôt une ode à sa communauté. En découvrant leurs problèmes à travers les yeux de Geronimo, on partage sa déception : alors qu’elle a vu grandir et s’est attachée à plusieurs enfants, la voilà confrontée à deux gangs, où l’individu s’efface, où une femme devrait épouser un homme qui lui fait peur et où sa fuite appelle la vengeance. Le film interroge néanmoins le rapport d’un peuple à ses traditions : quand d’autres s’en éloignent, le frère de Nil, Fazil, entreprend de venger sa famille en leur nom. Son visage seul porte la violence qui déchire ces communautés.

On peut tout de même regretter que le film s’attarde si peu sur la psychologie des personnages principaux. On en vient à être finalement plus ému par le frère de Nil, qui souhaite le bonheur de sa sœur que par les deux amoureux. Néanmoins, cette foule de personnages sur lesquels on s’attarde peu confère aussi au film une forme de vivacité et participe à cette richesse célébrée par Galtif.

Juliette Le Guillou 

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