Gaël Kamilindi: « Bob Wilson, c’est la poésie de l’image »

photo cnsad

Le jeudi 19 mars dans l’après-midi, j’ai eu la chance de rencontrer Gaël Kamilindi. La plupart d’entres vous le reconnaîtront sans doute en tant que Village dans la mise en scène des Nègres de Bob Wilson (création Odéon-Théâtre de l’Europe), mais il fut également dans la Locandiera de Marc Paquien et jouera prochainement dans En attendant Godot de Jean-Pierre Vincent (Théâtre du Gymnase à Marseille, aux Bouffes du Nord l’an prochain)

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Comment as-tu su que tu voulais devenir comédien ?

Tout est partie de l’envie d’être avec mes potes d’enfance. J’habitais en Suisse, et eux allaient à un atelier de théâtre tous les mercredis pendant deux heures. Donc, pendant ces deux heures j’étais tout seul, et c’était assez frustrant. A la fin de l’année, ils ont monté le Petit Prince. J’ai décidé d’aller les voir, et j’ai arrêté de respirer au moment où les lumières se sont éteintes. C’était la première fois que j’allais voir un spectacle. J’ai repris mon souffle à la fin, et j’ai décidé de rejoindre l’atelier l’année d’après. Finalement je suis le seul à avoir continué dans cette voie !

Donc après cet atelier, tu as directement su que tu voulais travailler en tant qu’acteur ?

Non d’abord, je voulais faire des études de journalisme et d’ethnologie, jusqu’au jour ou l’une de mes professeurs m’a demandé ce que je voulais faire plus tard. Je lui ai dit, et je lui ai avoué vouloir continuer le théâtre en parallèle, mais elle m’a poussé sur la voie du Conservatoire. C’était tout ce qu’il me fallait pour comprendre que je voulais le faire. Je suis donc entré au Conservatoire de Genève, puis au CNSAD (Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, à Paris).

Qui sont les gens qui t’ont marqué dans ton parcours ?

Ils sont nombreux… je dirais, mes professeurs en Suisse, la directrice du Conservatoire de Genève, le directeur du Théâtre de Carouge. Mes professeurs au CNSAD aussi, comme Françon, Dominique Valadié, Olivier Py. Et dans mon parcours professionnel, Yann-Joël Collin, Bob Wilson, Jean-Pierre Vincent ou Dominique Blanc, mais il y en a beaucoup d’autres.

Comment se présente le travail avec Bob Wilson ?

C’est quelqu’un de très exigeant. Plus qu’un metteur en scène, c’est un plasticien. Il travaille sur des lignes droites et des lignes courbes, jusque dans les coiffures et millimètre la gestuelle à adopter sur scène. Si bien que c’est un travail qui demande beaucoup de précision et de patience. C’est aussi exténuant. On avait six répétitions générales en public: on répétait le matin, et on jouait le spectacle entier le soir. Inutile de dire qu’à la fin de la semaine, on était tous exténués. Et je pense notamment à ce moment où il m’a demandé de planter un couteau dans le cercueil sur scène. Je devais alors avancer sans regarder, lentement tourner la tête en lâchant le couteau qui devait donc s’y planter. Sauf qu’à ce moment, on m’avait demandé de mettre des gants avec des strass, à la Michael Jackson, et le couteau rebondissait contre ma main, donc il ne se plantait jamais. Du coup, à une générale, le couteau est tombé par terre alors que 600 personnes me regardaient. Je me suis donc baissé, et j’ai ri (il faut se rappeler de tout le mécanisme du rire très utilisé dans la mise en scène) comme si tout était prévu. Mais ça me hantait d’être en danger tous les soirs, si bien que Bob, comprenant que ça ne marcherait pas, m’a dit d’enlever les gants et de tout simplement planter le couteau dans le cercueil et non de le lâcher. Un vrai soulagement.

Mais c’était aussi passionnant que compliqué. Il avait une manière intéressante de concevoir les Nègres. En ce qui concerne l’histoire entre Village et Vertu, il a essayé de concevoir l’amour autrement que par un « je t’aime », on ne se touche jamais vraiment, tout le jeu est complètement désarticulé.

Lucie Jansch

Lucie Jansch

Quelle est la différence entre le travail de Wilson et celui de Jean-Pierre Vincent avec lequel tu travailles actuellement ?

Ils ont des approches complètement différents. Bob est un plasticien, il travaille sur la poésie de l’image, et sur les lignes droites et courbes comme je t’ai dit tout à l’heure. En ce qui concerne le texte, c’est juste une matière sonore secondaire par rapport au reste. Il ne travaille pas sur l’intelligence du texte, il le prend dans la sensation qu’il provoque. Ce qui l’intéresse, c’est un ou des êtres dans l’espace, leurs rapports à l’espace. Alors que Jean-Pierre Vincent est un directeur d’acteurs, il fait un théâtre plus classique, il travaille sur les structures dramaturgiques, les situations. Lorsqu’on répète avec lui, on utilise un langage théâtral.

Quels sont tes prochains projets ?

Je vais travailler avec Olivier Letellier (artiste résident à Chaillot, metteur en scène d’Oh Boy!) qui fait le plus souvent du jeune public, et puis sur une mise en scène du Moche de Marius von Mayenburg avec des amis de promo, en Suisse.

Y aurait-il des metteurs en scène avec qui tu voudrais travailler ?

C’est une question compliquée, mais il y en a beaucoup oui ! Par exemple, j’aimerais bien retrouver Alain Françon avec qui j’avais travaillé au Conservatoire, et Olivier Py aussi. Sinon, Yann-Joël Collin, Jean-François Sivadier, Pommerat, Pascal Rambert… ils font tous un travail scénique qui m’intéresse et m’intrigue parfois, et ce sont des gens avec lesquels j’aimerais beaucoup travailler. Mais je suis toujours ouvert à ce qu’on me propose !

Propos recueillis par Bertrand Brie

 

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