Fugue, vent frais sous canicule

FUGUE -
De Samuel ACHACHE -

Création Collectif  La Vie Brève -
Mise en scène : Samuel Achache -
Collaboration : Sarah Le Picard -
Direction musicale : Florent Hubert -
Arrangements musicaux collectifs -
Scénographie : Lisa Navarro, François Gauthier-Lafaye -
Lumière : Viara Stefanova, Maël fabre -
Costumes : Pauline Kieffer avec l’aide de Dominique Fournier -
Chef de chant : Nicolas Chesneau -
Régie générale : Serge Ugolini -
De et avec les acteurs-musiciens :

Samuel Achache -
Vladislav Galard -
Anne-Lise Heimburger -
Florent Hubert -
Léo-Antonin Lutinier -
Thibault Perriard -
Lieu : Cloître des Célestins -
Ville : Avignon -
Le 14 07 2015 -
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Sous la chaleur caniculaire d’Avignon, une bande d’irréductibles gaulois lutte encore. On retrouve sous les arches du Cloître des Célestins six âmes perdues vêtues de sweats, doudounes et pulls qui semblent si chauds qu’on a mal pour eux. Gambadant joyeusement sur un plateau enneigé, ces six interprètes comédiens-musiciens (Collectif La Vie Brève, Comédie de Valence) filent la Fugue de Samuel Achache avec un plaisir communicatif.

Avis : 4 sur 5

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

La promiscuité en environnement hostile, c’est un peu le point de départ de Fugue. Six personnes – ou plutôt cinq et un mort-nageur qui prend beaucoup de place – regroupées autour de la même petite cabane. A partir de là s’entremêlent différentes histoires, manifestement parties pour la plupart de la relation à l’autre. Difficile de vraiment comprendre où on va, c’est complexe, les mots et les sons sortent d’un peu partout, inattendus mais souvent réjouissants. Un heureux sentiment qui va jusqu’au fou rire lorsqu’un des comédiens évite le nu en se créant un maillot artisanal, se préparant à sauter dans une baignoire comme pour un saut olympique.

Ne pas chercher à comprendre et se laisser emporter, maître-mot du spectateur de Fugue. Les explications savantes de Samuel Achache éclairent légèrement les idées, mais il faut accepter de ne pas tout comprendre. Ou plutôt que la trame ne s’enchaîne pas naturellement. Certaines séquences passent après d’autres sans que l’on ne comprenne tout à fait pourquoi. Peut-être sont-ce là justement les sujets et contre-sujets évoqués dans la note d’intention, ces imitations qui se poursuivent les unes les autres, évoluant ensuite vers des formes plus libres. Au départ, les imitations sont claires, et leur développement est assez libre, comme dans une vraie Fugue, si bien qu’on ne sait plus où donner de la tête. Cela perd le spectateur tout en le gardant éveillé. C’est une belle incompréhension, quelque chose d’heureux tout autant que mystérieux. La construction est compliquée, impossible de tout suivre parfaitement ; alors tant pis. On se laisse porter par la musique et les situations sorties de nulle part. Seul bémol à signaler : le texte est parfois si ardu à suivre (pas tant par la complexité de son vocabulaire que par sa construction) qu’on se relâche réellement. Peut-être serait-il bon d’épurer un peu, sans ébrécher le charme irrésistible de cette belle création.

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Mais au fond, pourquoi cet exil dans les neiges du Pôle Sud ? Ne serait-ce pas là une fugue vis-à-vis de l’existence et de la réalité des choses ? Edouard, grand bonhomme un peu beauf et dégingandé serait-il l’ermite dénoncé par Noël ? On vient dans ces endroits de solitude pour mieux explorer l’Humanité, ou pour la fuir. Ici, on a l’impression que c’est un peu des deux. Tous partent à la recherche d’un mystérieux lac à l’eau virginale, un « troublant trou blanc », découverte scientifique majeure dont il ferait part au reste du monde. Mais en même temps, Anne-Lise fuit ce mort, vieil amour qui la poursuit sans relâche dont elle veut se débarrasser tout en gardant de lui des bribes de sentiments qui l’empêchent de s’en détacher. Edouard fuit la civilisation en ermite ; Noël, censé partir chasser des papillons au Brésil avec un ami change de destination sans qu’on ne sache pourquoi (fuirait-il son ami ?). Quant à Beaudoin, on ne sait pas vraiment pourquoi il est là. Peut-être fait-il partie de ces développements libres. Peut-être pas. En tout cas c’est un beau vent frais qui souffle sur Avignon. Il apaise les esprits et fait rire aux éclats tant les situations sont absurdes et le voyage aussi inattendu qu’incompréhensible. Un vrai plaisir, si tant est qu’on réussisse à se laisser porter par cette Fugue.

Bertrand Brie

Leave a Reply