Frank Gehry au Centre Pompidou

Cleveland Clinic Lou Ruvo Center for Brain Health, 2005-2010 (réalisé) Las Vegas, Nevada (détail)
Photo : Iwan Bann

Du 8 octobre au 26 janvier 2015 se tient une rétrospective de l’œuvre du célèbre architecte Frank. O Gehry. C’est dans la galerie sud du Centre Pompidou que se tient cette exposition présentée par l’un des commissaires : Frédéric Migayrou. Le Guggenheim de Bilbao est une de ses œuvres les plus célèbres pourtant l’architecte présente devant lui une longue carrière sans cesse remise en question.

Les plus :

  • Une très belle rétrospective avec des supports variés : des esquisses, des maquettes, un entretien, un documentaire, quelques diaporamas.
  • On peut admirer une soixantaine de projets, qui n’ont pas toujours vu le jour !
  • La qualité des maquettes qui servent plus l’exposition que les diaporamas.

Les moins :

  • A l’image du travail de Gehry l’exposition est un peu déconstruite on ne sait pas trop par où commencer même si on suit un parcours chronologique.
  • La longueur des supports vidéo.
  • Le vocabulaire utilisé pour les cartels des esquisses est un peu trop technique. Par moment on a l’impression que l’on s’adresse à un public de fin connaisseur.
  • Plus de photos ! Gehry travaille beaucoup en photographiant mais on ne nous propose qu’une série d’une dizaine d’images de zones industrielles.

Note Artichaut : 3,5/5

Maquette Guggenheim Abu Dhabi, 2006 – (en cours de réalisation) Emirats arabes unis © Gehry Partners, LLP

Maquette Guggenheim Abu Dhabi, 2006 –
(en cours de réalisation) Emirats arabes unis © Gehry Partners, LLP

L’exposition n’a rien de surprenant puisqu’on est porté par un ordre chronologique. On suit l’évolution du travail de Gehry via des périodes. L’entrée est un peu ennuyeuse. Je suis accueillie par un entretien entre l’architecte et deux interviewers. Les questions s’enchaînent sans qu’on ait des réponses vraiment précises de la part de l’architecte qui décide surtout de partir sur les sujets qui l’importent. Je ne suis pas restée longtemps devant la vidéo.

Commence ensuite l’exposition, elle est alors découpée en 6 périodes.

La première période m’a paru assez vide pour un non-initié. Vide car on nous propose surtout des esquisses de l’architecte sans même nous avertir de la façon dont on pourrait les lire. L’architecture est certes difficile à exposer mais devant ces esquisses on plonge dans un joyeux bordel. Des lignes, des points de fuites dans tous les sens, des plans mêlant perspectives, coupes… Je pense qu’on saisit l’importance de cette période « élémentarisation – segmentation 1965 -1980 » qu’en voyant l’ensemble de la rétrospective.

Le travail de Gehry ou FOG pour les intimes, propose une réelle réflexion sur l’utilisation de l’espace et la manière dont il va pouvoir faire vivre une construction à l’intérieur dudit espace. La Gehry Residence reste un emblème fort : l’architecte joue avec les pleins et les vides et surtout les matériaux, ce que l’on retrouvera tout au long de sa carrière !

Après une première partie un peu lente l’exposition prend forme et s’accélère. On peut contempler le fruit de ses commandes publiques, la première étant le California Aerospace Museum and Theatre, achevée en 1984.

Le second support vidéo, Esquisses de Frank Gehry, réalisé par son ami Sidney Pollack est un documentaire retransmis dans son intégralité, soit 1h23 mn qui sont certes très intéressantes mais assez longues. Peut-être aurait-on préféré quelques extraits. L’avantage de ce documentaire est que l’on rentre dans l’intime de l’architecte, qui avec son ami de longue date, se confie plus facilement et avec plus de drôlerie.

Hotel Marqués de Riscal, 1999-2006 (réalisé) Alava, Espagne Photo : Thomas Mayer

Hotel Marqués de Riscal, 1999-2006 (réalisé) Alava, Espagne
Photo : Thomas Mayer

La troisième période « fusion-interaction 1990-2000 » pointe déjà le bout de son nez. On est happé par des dizaines et des dizaines de maquettes à perte de vue, un joli méli-mélo. C’est d’ailleurs ici que j’ai complétement abandonné l’idée d’une visite chronologique.

On sent une réelle évolution dans les travaux de l’architecte et un questionnement poussé sur la modélisation de ses travaux. Gehry est l’un des pionniers de la modélisation informatique, il comprend rapidement l’importance de cet outil et l’impact qu’il aura sur ses œuvres. C’est d’ailleurs grâce au logiciel CATIA conçu par Dassault Systèmes que l’architecte rend vivant le projet de la Fondation Louis Vuitton (il l’utilise déjà en 1992 pour la sculpture du poisson de Barcelone). Projet le plus abouti, ce « nuage » comme le surnomme FOG m’a beaucoup plu. Les lignes s’entremêlent dans une extrême légèreté et pour une fois je trouve l’esquisse du bâtiment ressemblante à la construction.

Je continue la visite passant d’une maquette à une autre. L’avantage avec FOG c’est qu’il sait se ré-inventer. La relation qu’il a avec ses matériaux est fascinante, il peut partir d’un simple froissement de papier pour en arriver à une forme qui tient du rêve. La Dz Bank qui est son premier projet berlinois témoigne de cette façon de jouer avec les matériaux. On a une superposition des éléments en toiture avec des jeux géométriques.

FOG a longtemps été assimilé au mouvement déconstructiviste de l’architecture contemporaine, il est d’ailleurs exposé au Moma en 1988 avec d’autres confrères tels que Daniel Libeskind, Peter Eisenman ou Bernard Tschumi. Pourtant, Gehry n’est pas un déconstructiviste, c’est même Jacques Derrida (penseur du mouvement) qui lui fera remarquer. Cette idée de formes brisées, asymétriques, déchiquetées et mal proportionnées est presque en opposition avec son travail. Il ne faut pas oublier que FOG est aussi un urbaniste il pense d’abord un territoire et ensuite les bâtiments. Bien qu’impressionnants ceux-ci tendent à être simples sans être minimalistes. Si on comprend bien une chose au travers de cette exposition c’est que Gehry exècre le minimalisme qui s’est emparé de son corps de métier. Etre architecte c’est d’abord être créateur d’un espace vivant faisant parfois résonnance à un passé de plusieurs millénaires : le poisson est selon lui une référence anthropomorphique. Mais parfois son métier le pousse à s’inscrire dans une idée de renouveau comme on peut le voir avec le Marques de Riscal Hotel qui redynamise la côte basque. On parle beaucoup d’un effet Gehry le simple fait que l’architecte passe par là suffit à rendre l’endroit attractif, c’est là tout le génie de l’artiste.

En somme, l’exposition sans trop d’interprétations permet une bonne compréhension du travail de l’architecte. J’émets quelques regrets concernant le manque de photographies et certaines descriptions qui sont à la limite du pompeux. Néanmoins, rien que pour Gehry allez-y. On entend souvent le mot « starchitecte » dans les médias alors que beaucoup de visiteurs, dont moi-même, découvrions l’ampleur du travail de FOG.

Lou Guerin

Interview de Frank Gehry : https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cTgGo4/r4rGEGo

Dernière oeuvre de Frank Gehry, la Fondation Louis Vuitton : http://www.fondationlouisvuitton.fr/l-edifice.html

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