Festival Premiers Plans d’Angers – Épilogue

Samedi 28 janvier – Jour 7

La journée débute avec le dernier programme de courts européens du festival, en compétition aux 400 coups. Je les trouve moins réussis, en particulier un, POSLE, réalisé par une journaliste ukrainienne, Hanna Jalali. La mort d’un père réunit en pleine campagne sa compagne et son fils qu’il n’a pas vu depuis dix ans. On apprend que le fils a renié son père après que ce dernier ait étranglé sa mère. La rencontre entre ces deux personnes qui n’ont rien pour s’entendre autour des préparatifs d’enterrement du père constitue une bonne trame. Mais je n’ai rien aimé sur la forme. Quelques images sont floues et je doute que cela soit voulu. Certains plans fixes sont interminables (en particulier un gros plan sur un panneau « Baignade interdite » qui s’étire pendant au moins 30 secondes). Si le but était de produire un film insupportable à regarder alors c’est réussi.

Ndlr : A ma plus grande déconfiture, c’est ce court-métrage qui a gagné le prix du jury. Je veux bien que l’on m’explique ! A l’inverse, mon préféré de cette sélection, l’excellent JACKED de Rene Pannevis, a obtenu le prix du public. Je n’ai donc, a priori, pas des goûts trop excentriques !

Je me rue ensuite au Gaumont Multiplexe et c’est parti pour 1h d’attente afin de ne pas manquer FISH TANK d’Andrea Arnold, Prix du jury du festival de Cannes en 2009. Verdict : je place ce film-choc dans mon top 5 des films vus à Angers. On suit Mia (Katie Jarvis), dont la vie d’ado rebelle dans une banlieue de l’Essex se retrouve bouleversée par l’arrivée du nouveau copain de sa mère, joué par nul autre que Michael Fassbender. En échec scolaire mais portée par sa passion du hip-hop, éprise de liberté et en quête de nouveaux horizons, Mia va subitement grandir d’un coup. Éveil de la sexualité, abus de confiance, illusions perdues, relation mère-fille à problème, inégalités sociales, alcoolisme… Fish Tank est un film d’une richesse incroyable, dur et lumineux à la fois, emmené par une bande-son envoûtante autour du chanteur de soul Bobby Womack et sa reprise de California Dreamin. Le magnétisme du couple Katie Jarvis et Michael Fassbender à l’écran m’a hanté bien après le film…

© BBC Films
© BBC Films

Voici enfin venu le temps de… la cérémonie de clôture !

Éternelle retardataire, j’ai dû me contenter d’un strapontin…

De cette cérémonie tout en élégance, en hommage à Emmanuelle Riva, je retiens avant tout la consécration du splendide HEARTSTONE de l’islandais Gudmundur Arnar Gudmundsson. Ce dernier est monté trois fois sur scène pour recevoir successivement le Prix SAFTAS/ Erasmus, le Prix du public et le Grand prix du jury dans la catégorie « Premier long-métrage européen ». Après un discours vibrant d’émotions de Lambert Wilson et sa voix de velours, le réalisateur est reparti avec 2500 euros en poche et 70 000 euros pour la campagne publicitaire de son film (admettons le, ce n’est pas rien !).

Hormis le court-métrage Posle, j’approuve tous les prix remis (palmarès consultable ici), en particulier ceux attribués à Camille Goudeau, Liesbeth Eeckman (que j’ai eu la chance d’interviewer) et Aksinya Gog (dont le film d’école au titre évocateur FEDOR’S JOURNEY THROUGH MOSCOW AT THE TURN OF THE XXI CENTURY est une pépite, un bijou d’inventivité et de poésie). Et que dire de PATIENTS de Grand Corps Malade, Prix du public dans la catégorie « Premier long-métrage français », qui m’a retourné les tripes.

© Juliet Copeland
© Juliet Copeland

La cérémonie de clôture s’est poursuive avec l’avant-première du film ROCK’N’ROLL de Guillaume Canet. Je m’attendais à une comédie un peu balourde et narcissique, j’ai finalement été agréablement surprise par le niveau d’autodérision de Guillaume Canet. L’acteur croque le ridicule à pleine dents et n’hésite pas à se grimer en frère Bogdanov bodybuildé pendant la moitié du film pour évoquer sa tentation de la chirurgie esthétique. Si le film consiste uniquement en une succession de gags, les dialogues font mouche (même si on voit très facilement où le réalisateur veut en venir). L’exercice était risqué, mais le résultat tient la route et les blagues potaches de Canet vont croissant dans cette comédie où dérision est le maître mot.

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© Pathé Films

Dimanche 29 janvier – Jour 8 – Dernier jour du festival

Dernière journée du festival d’Angers, consacrée aux reprises des films primés. La pluie refait son apparition, le départ se fait sentir. Ce n’est peut-être pas plus mal, mes yeux commencent à fatiguer !

Cet après-midi, je me fais plaisir et décide de revoir LE DICTATEUR de Chaplin, au Grand Théâtre qui plus est. Beaucoup d’enfants sont présents dans la salle et les rires fusent dès les premières scènes du film. Mais les adultes ne sont pas les derniers à s’esclaffer, bien au contraire ! Je me sens apaisée par cette ambiance bon enfant, même si je me rends compte que désormais les rappels tragiques à l’histoire nazie m’interpellent plus que les scènes de comédie. Je demeure toutefois pliée de rire face au ballet mégalomane d’Adénoïde Hynkel et la scène où il en vient aux mains avec Benzino Napoleoni autour d’un banquet. Le monologue final du barbier juif prônant la liberté, la tolérance, la paix et la démocratie n’a, quant à lui, rien perdu de sa puissance et me fait verser quelques larmes. En ces temps mouvementés, il n’est pas rare de le voir circuler sur les réseaux sociaux.

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Puis, c’est déjà l’heure du dernier film. Je termine mon festival d’Angers avec un petit chef-d’oeuvre, PATIENTS de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, adaptation du roman autobiographique du même nom de Grand Corps Malade. On y suit Ben (Pablo Pauly), rescapé d’un accident grave et contraint de passer un an dans un centre de rééducation pour handicapés. Alors qu’on lui annonce qu’il ne pourra plus marcher, Ben s’accroche, réapprend les gestes du quotidien, fait des rencontres et ne perd pas de vue ses rêves.

Comment vivre lorsque l’on devient du jour au lendemain tétraplégique ? Quand se lever devient impossible et manger une épreuve, quand il n’y a pas d’alternative à dépendre des autres, jour et nuit, jusqu’au restant de ses jours? Grand Corps Malade choisit l’humour pour aborder ces questions vertigineuses. L’humour qui, finalement, fait naître aussi bien le rire que les larmes. L’humour, seule arme face à la douleur et aux rêves brisés, face à la mort. Patients ne fait pas fi des souffrances et des moments de découragement total, mais il souligne avant tout les petites victoires du quotidien qui, mises bout à bout, rendent la vie à nouveau supportable voire, dans le cas de Ben, conduisent à des miracles. Le propos du film c’est qu’il revient à chacun de trouver en lui la volonté de vivre et le courage de lutter, sans pour autant oublier qu’à tout moment peut survenir une rencontre salutaire. Capturer ces amitiés qui fleurissent en dépit de tout, ces moments de grâce à plusieurs, ces désirs qui renaissent dans le centre de rééducation, c’est porter le beau message d’espoir qu’on ne guérit jamais seul.

Il faut enfin saluer le talent des acteurs (Pablo Pauly, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Soufiane Guerrab et Frank Falise) et leur sensibilité à traduire les épreuves et les sursauts d’espérance qui traversent des situations à première vue insurmontables. Patients, titre renvoyant à la fois aux pensionnaires du centre de rééducation mais aussi à leur vertu cardinale, la patience, constitue donc une merveille d’humanité, une véritable leçon de vie.

© Unifrance Films / Festival d'Angers
© Unifrance Films

Après tous ces moments d’émotion, il est temps pour moi de faire le point sur le festival Premiers Plans d’Angers.

Par son programme on ne peut plus alléchant faisant la part belle aux réalisateurs en herbe ainsi qu’au patrimoine cinématographique européen, par ses événements novateurs dédiés à tous les maillons de création, de la réalisation et de la production, par son ouverture sur le monde et sa capacité à s’inscrire dans l’air du temps, sa volonté d’impliquer les jeunes et de mettre l’accent sur les questions de diversité et d’accessibilité, le festival Premiers Plans d’Angers fait figure d’exemple à suivre dans le champ des rendez-vous culturels français.

Sur le plan personnel, j’ai réussi à tenir mon objectif de voir au moins un film de chaque rétrospective ! Mais aussi : 3 longs-métrages en compétition, 5 programmes de courts-métrages sur dix, un film en figure libre (Anisoara), l’expo photo de Christine Plenus, un atelier « Europe, Culture, Numérique », sans oublier la séance spéciale Prix du polar SNCF et la cérémonie de clôture. J’ai pu échanger avec Félix Moati et Liesbeth Eeckman et assister à une séance présentée par Bertrand Tavernier, l’occasion de constater ses connaissances infinies en matière de cinéma.

Et ce n’était pourtant qu’un dixième du festival,

Tout choix a été un difficile renoncement : j’ai ainsi manqué tous les événements avec David Wingo, le compositeur des films de Jeff Nichols (Mud, Midnight Special), une conférence autour du thème « Démocratie et cinéma » et une lecture de scénario (spécialité du festival d’Angers) par Anaïs Demoustier que j’adore depuis Une nouvelle amie, pour ne citer que quelques regrets. Mais je repars riche de toutes mes découvertes et déjà impatiente de retrouver Angers l’année prochaine ! D’ici là, je vous donne rendez-vous pour mes prochains festivals : Confrontation à Perpignan et, si la chance me sourit, Cannes !

Juliet

Bande – annonce du festival : ici

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