Festival Premiers Plans d’Angers – Chapitre 2 : « N’en faire qu’à sa tête »

angers

Dimanche 22 janvier – Jour 2

Je renouai joyeusement avec les courts-métrages du festival d’Angers grâce à une sélection made in France. J’ai été particulièrement emballée par Le Jardin d’essai de Dania Reymond, où l’on suit une équipe de tournage à l’oeuvre dans le jardin luxuriant du même nom à Alger, ainsi que par Blind sex de Sarah Santamaria-Mertens, l’histoire d’une ado aveugle s’affirmant au cours d’un été dans un camping naturiste. La rencontre insolite entre cécité et naturisme est traitée avec une fraîcheur désarmante et beaucoup de douceur, ce qui fait que l’on remarque à peine la nudité des acteurs. Le film n’est pas un plaidoyer pour le naturisme mais plutôt une ode aux rencontres salutaires. À ma plus grande satisfaction, c’est l’actrice Camille Goudeau qui a reçu le prix d’interprétation féminine pour son jeu tout en finesse.

© Unifrance Films

Camille Goudeau interprète Louise, une jeune aveugle, dans Blind Sex. © Unifrance Films

3 questions à… FÉLIX MOATI.

Découvert dans LOL, révélation d’À trois on y va, Félix Moati était aussi présent dimanche à Angers pour présenter son premier court-métrage intitulé Après Suzanne. Une rencontre a suivi la séance, l’occasion pour lui de se confier sur le « mimétisme amical » et « le devoir mutuel de ne pas se décevoir » l’unissant à son acteur fétiche et ami, Vincent Lacoste. Ce dernier détient le rôle principal dans Après Suzanne, celui de Joachim, un ado en proie à son premier chagrin d’amour. Après Suzanne parvient à mettre en images ce sentiment plombant post-rupture où tout semble vain et fade, jusqu’au déclic salvateur permettant de rompre le mauvais charme d’une telle apathie.

Félix Moati est un acteur qui à mon avis ira loin, et j’ai plaisir à le retrouver dans des bons films français tels que La vie très privée de Monsieur Sim ou Hippocrate. J’ai hâte de voir son premier long-métrage dont le tournage devrait commencer bientôt : on y retrouvera bien évidemment Vincent Lacoste mais aussi…Depardieu !

Rencontres

© Juliet Copeland

Mon hésitation entre deux films m’ayant valu de piétiner devant le centre des congrès bien après que tout le monde ait quitté les lieux, j’ai pu échanger quelques mots avec Félix Moati sur le parvis, le temps de sa cigarette.

Juliet : Comment se déroule ton accueil au festival Premiers Plans d’Angers ? Est-ce la première fois que tu y viens?

Félix Moati : C’est la première fois oui. Pour l’instant ça va très bien, j’adore, je découvre. L’accueil est très chaleureux il y a de très beaux films dans l’ensemble. Hier j’ai découvert Compte tes blessures (de Morgan Simon, ndlr) que j’ai beaucoup aimé.

À 26 ans, tu as déjà un parcours bien rempli. Qu’est-ce qui prime, la fierté, l’envie d’aller plus loin…?

Pour l’instant je vis tout et puis on puis on verra plus tard !

Ton court-métrage, plutôt mélancolique, est porté par un thème musical doux et gai à la fois, au violon. Pourquoi ce choix ?

Le thème provient d’un groupe de klezmer, c’est du jazz yiddish. Je cherchais un thème récurrent qui revienne à des moments précis du film et qui puisse exploser joyeusement à la fin. J’écoute beaucoup de klezmer mais c’était pas une intention de base pour le film, après j’ai trouvé que c’était la chanson qui s’y prêtait le mieux. Mais ça aurait pu tout aussi bien être du jazz éthiopien ou de la musique électronique !

Si tu devais donner un conseil à un étudiant de Sciences Po désireux de se lancer dans le cinéma ?

N’en faire qu’à sa tête. Et s’adresser à quelqu’un ! (en référence à D’après Suzanne, un message à l’élue de son coeur, ndlr)

Après Suzanne

Après cette entrevue, je décidai de consacrer ma soirée au pavé Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) d’Arnaud Depleschin. 3 heures après, je ressors du Grand théâtre avec la tête légèrement en compote de ce flot de paroles ininterrompu (un peu comme après La maman et la putain ou Boy meets Girl), mais avec le sentiment du devoir accompli et un goût de plus en plus prononcé pour Emmanuelle Devos.

C’est le film d’une génération qui n’est définitivement plus la nôtre, un film pétri de dialogues parfois fulgurants de vérité et parfois hermétiques à souhait. En gros il faut supporter le bla-bla, les amours à configurations multiples et les problèmes souvent loin d’être existentiels que se créent une bande de khâgneux pendant 3h. Mais c’est justement cette longueur qui rend le film fascinant et lui donne son côté « étude de moeurs ». Heureusement pour lui, il est emmené par des acteurs talentueux et parfaits dans leurs rôles (c’est d’ailleurs le film qui a révélé Mathieu Amalric). Néanmoins, j’attendrai bien dix ans avant de le revoir !

© lebeaubug.fr

© lebeaubug.fr

Lundi 23 janvier – Jour 3

Encore une journée radieuse pelotonnée dans les salles obscures ! Après un repas étonnamment bon dans une gargote à l’abri des regards, je me rendis pour la première fois au Gaumont Multiplexe, la salle la plus excentrée du centre d’Angers où, par flemme, je passai toute la journée. Par chance toute la programmation de l’après-midi me tentait.

Occident du réalisateur roumain Christian Mungiu fit vite salle comble avec les groupes scolaires en veux-tu en voilà, mais je réussis à me dégoter une place in extremis. Je ressortis conquise par l’humour corrosif et quelque peu désenchanté du film. J’ai adoré la manière dont il revêt la forme d’un puzzle qui ne se résout qu’après avoir revécu l’histoire du point de vue de chaque personnage. Enfin, je ne sais pas si les agences matrimoniales sont choses courantes en Roumanie mais Mungiu les tourne en dérision de façon désopilante. En somme, une pépite !

alexandru-papadopol-and-anca-androne-in-occident

Après avoir hésité avec le très sérieux The Navigators de Ken Loach, je reconnais n’avoir pu résister aux sirènes du péplum Les derniers jours de Pompéi de Mario Bonnard et Sergio Leone. Mon premier du festival ! Et le kitsch au sommet de son art. Toute la salle excepté ma voisine d’accoudoir riait aux éclats aux scènes les plus invraisemblables, involontairement drôles avec le temps (d’autant plus que le film était dans sa version française des années 60). Et que dire des tenues des Romains : difficile de prendre au sérieux les héros les plus hardis dans ces tutus latins ! L’histoire en elle même tient difficilement la route (un mix de complot dans le temple d’Isis & de chrétiens jetés en pâture aux lions sur fond d’éruption du Vésuve) mais le film, bien réalisé, offre un bon moment de détente.

Steve Reeves dans toute sa splendeur. Parviendra t-il à sortir du cachot et sauver tous les chrétiens? Suspense.

Steve Reeves dans toute sa splendeur. Parviendra t-il à sortir du cachot et sauver tous les chrétiens? Suspense.

Je finis la soirée avec Wuthering Heights d’Andrea Arnold. Le film que j’attendais le plus de la journée me laissa finalement mitigée.

Il est vrai que le film traduit à merveille l’atmosphère désolée et sauvage des Hauts de Hurlevent et évite de loin des écueils romanesques dont ont pâti nombre d’adaptations de l’unique roman et chef-d’oeuvre d’Emily Brontë. Wuthering Heights est bien une oeuvre tourmentée et désespérante. Sur la forme, je n’ai jamais vu un film aussi sensoriel correspondant tout à fait l’idée que je me faisais des landes battues par le vent en lisant le livre. La boue qui salit, le vent qui brûle, la pluie qui glace, les arbrisseaux de bruyère et les rochers qui égratignent, le fouet qui lacère… On ressent tout. Catherine et Heathcliff enfants sont magiques. On s’attache à eux dès leur première apparition.

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Mais alors, quel dommage que la seconde moitié du film soit aussi rébarbative et poussive. Malheureusement l’alchimie du couple Cathy/Heathcliff adulte est inexistante, et cela tient peut-être au casting. La délicate Kaya Scodelario (Effy dans Skins) détonne de manière flagrante avec l’impétueuse petite Cathy. Le film perd également en rythme du fait de trop nombreux gros plans sur des animaux et de flash-backs pas du tout nécessaires puisque l’on a bien eu le temps de s’imprégner de l’enfance suffisamment sombre des protagonistes dans la première moitié du film. Enfin, à trop vouloir montrer des amants torturés on perd toute l’intensité de la relation.

En somme, un bon film mais quelque peu frustrant du fait qu’il aurait aisément pu être parfait !

Juliet

Bande-annonce du festival : ici

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