Festival Premiers Plans d’Angers – Chapitre 1 : Les retrouvailles

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Le festival Premiers Plans d’Angers, c’est un peu le château de ma mère, ma madeleine de Proust du lycée, le déclic à l’origine de ma conscience cinéphile, encore à ses balbutiements. C’est tout simplement le premier festival de cinéma où je me suis rendue, en 2012 avec ma classe de première L, option cinéma. Nous étions déçus de ne pas avoir eu Cannes, c’est finalement à Angers que nous avons choisi de revenir l’année suivante, tant notre séjour nous avait plu.

J’y ai découvert Godard et sa muse, la sublime Anna Karina, mais c’est Alan Clarke qui m’a clouée à mon siège avec Made in Britain et Scum. L’année d’après, rebelote avec John Boorman et la claque Deliverance. Heureusement, on avait pu souffler un peu avec Hope & Glory et Where the Heart is.

Made in Britain d'Alan Clarke. Un premier rôle mémorable pour Tim Roth. © Potemkine.fr

Made in Britain. Un premier rôle mémorable pour Tim Roth.
© Potemkine.fr

Alors que nous nous apprêtions à réaliser un court-métrage pour le bac, voilà que j’avais sous les yeux des courts venus de toute l’Europe, des films d’école réalisés par des étudiants du monde entier, et primés de surcroît. Certains aussi marquants que Zoo de Nicolas Pleskof, ou American Football de Morgan Simon, dont le premier long-métrage Compte tes blessures suscite nombre d’éloges dans la présente 29e édition du festival. Car une des qualités de Premiers Plans, comme son nom l’indique, est de faire connaître les talents d’aujourd’hui pour en faire les réalisateurs de demain. Et ils sont nombreux à avoir bénéficié d’un tel tremplin : Arnaud Depleschin, Joachim Trier, Faith Akin, László Nemes, Miguel Gomes, Deniz Gamze Ergüven… 

Après le bac, j’ai continué à regarder des films, mais ce sont les séries qui désormais me prennent de plus en plus de temps. C’est pour ça que revenir au festival d’Angers, cinq ans après, me fait l’effet d’une secousse salutaire. L’idée de renouer avec les plus grands réalisateurs et un cinéma plus exigeant, ou du moins moins délassant que celui qui m’occupe en ce moment, me galvanise totalement. Exit Passengers et Assassin’s Creed…for now.

Car l’autre atout du festival, c’est sa pléthore de rétrospectives originales et pertinentes. Elles rendent d’abord hommage à des figures du cinéma ; c’est le cas cette année pour les frères Dardenne, Emmanuelle Devos, le réalisateur roumain Christian Mungiu et Andrea Arnold, réalisatrice britannique récemment primée à Cannes pour American Honey. Mais elles permettent également la découverte de genres entiers du 7e art, en l’occurrence les classiques italiens des années 60-70 et le cinéma d’animation polonais. Enfin, ces rétrospectives s’inscrivent dans l’actualité. C’est le cas de la thématique « Face aux pouvoirs », laquelle présente des films tels que Le Dictateur, L’homme qui tua Liberty Valance, Sa Majesté des mouches, L’exercice de l’État etc. Tout à fait en résonance avec les questions qui nous animent à Sciences Po et, bien sûr, en dehors.

Prête à en découdre dès mon arrivée samedi, je me voyais déjà tout voir. Et puis deux jours se sont déjà écoulés à une vitesse folle.

Samedi 21 janvier – Jour 1

Malgré mon arrivée tardive, sitôt mon accréditation en poche, je me suis précipitée à une séance insolite organisée en partenariat avec la SNCF afin de décerner le prix du meilleur court-métrage dans la catégorie « polar », un de mes genres préférés. Chaque année, la SNCF attribue le prix Polar à un roman, une bande-dessinée et un court-métrage, prix lui-même basé sur le vote du public. Samedi, huit courts étaient présentés. Hormis un qui ne m’a pas convaincue, la qualité était au rendez-vous, ainsi que les twists finaux. Trois des courts provenant du Royaume-Uni, l’humour noir 100% British était bien évidemment de la partie, pour notre plus grand plaisir ! Mon préféré : The Fly, d’Olly Williams. Mention spéciale à Over de Jörn Threlfall, une enquête dans une banlieue pavillonnaire coquette de Londres racontée à rebours et inspirée d’un fait réel glaçant. Quand la réalité dépasse la fiction.

Je cherchais ensuite à voir les « Films d’ici », une sélection de films réalisés par des cinéastes de la région dans la région en partenariat avec l’association Cinéma Parlant. Mais la séance étant déjà complète à mon arrivée, j’ai dû me rabattre sur le magnifique Grand théâtre de la bien nommée place du Ralliement, devenu le temps du festival un des quatre lieux de projections des films dans la ville.

La soirée s’est donc poursuivie avec Le Fils des frères Dardenne, présenté par Jean-Luc Dardenne et Olivier Gourmet. N’ayant vu aucun de leurs films, Le Fils s’est révélé une excellente entrée en matière. Le film se savoure plan par plan, servi par une économie de dialogue permettant une attention redoublée sur le jeu saisissant des acteurs, en particulier celui d’Olivier Gourmet (il n’a pas démérité son prix d’interprétation masculine à Cannes en 2002!). Olivier dans le film également, il y incarne un menuisier formateur dans un centre de réinsertion sociale. Menant une vie solitaire et tranquille, son comportement se met à changer le jour où il accueille le jeune Francis, délinquant juvénile, dans son atelier. Pourquoi est-il irrépressiblement attiré par ce garçon? La tension s’installe insidieusement jusqu’à la révélation finale, tragique.

© Diaphana.fr

© Diaphana.fr

Je quittais le théâtre sous un froid glacial mais des étoiles plein les yeux. Je me fixais l’objectif suivant pour la semaine : voir le plus de premiers films et courts-métrages en compétition et au moins un film de chaque rétrospective. Sans oublier les événements annexes, notamment étudiants, les conférences, les rencontres… Défi relevé !

Juliet

Bande-annonce du festival : ici

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