Festival de Cannes 2014 – Décryptage de la Sélection Un Certain Regard (Partie 2)

un certain regard

Suite et fin de notre décryptage sur la Sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2014.

 

Charlie’s Country de Rolf de HEER

 

Réalisateur subversif, Rolf de HEER est originaire des Pays-Bas, a passé une partie de son enfance en Indonésie, puis a émigré en Australie à huit ans. Il s’est penché par deux fois sur l’histoire des aborigènes : en 2002 avec The tracker 2006 avec 10 canoés, 150 lances et trois épouses, passant d’un style violent à une écriture plus légère. Charlie’s country s’inscrit dans la même thématique : il raconte l’histoire d’un aborigène retournant vivre au sein de sa communauté. L’acteur aborigène David GULPILIL (La dernière vague, Peter WEIR) jouera Charlie. Le film a déjà reçu un accueil chaleureux au Festival du film d’Adélaïde en octobre dernier, où il était présenté en avant-première, ce qui laisse présager un bel avenir à Cannes.

rolf de heer charlies country

(Source : http://images.allocine.fr)

 

Snow in paradise, d’Andrew HULME

 

Andrew HULME est, à l’origine de sa formation, non pas réalisateur mais monteur. Il a procédé au montage des films les plus primés de ces dix dernières années, comme Acid House (2000), de Paul McGUIGAN, ou encore Control (2007), d’Anton CORBIJN. Basé sur une histoire vraie, Snow in paradise est son premier long-métrage en tant que réalisateur, précédé d’une tentative de premier court-métrage, Delinquent (2010). Snow in Paradise suit le cheminement de Dave, petit délinquant de l’East End de Londres, entre trafic de drogues et violences. Lorsque son meilleur ami, Tariq, décède des suites de ses illégales entreprises, Dave est pour la première fois pris d’inapaisables remords. C’est à ce moment-là qu’il découvre l’Islam et parvient à retrouver une paix intérieure. Pourtant, un jour, son passé de criminel revient le mettre à l’épreuve. Ce long-métrage a été qualifié par certains critiques anglais de « réponse britannique à Un Prophète (2009) », film français de Jacques Audiard. Un bon présage pour le jeune réalisateur, quand on sait que ce dernier a été récompensé par le Grand Prix du Jury du Festival de Cannes 2009.

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 Dave, délinquant devenu musulman converti dans Snow in paradise, d’Andrew HULME

(Source : http://static.wixstatic.com)

 

Dohee-Ya (« A girl at my door ») de Joo-Ri JUNG

 

Doyee Ha est le premier long-métrage de la réalisatrice et actrice coréenne Joo-Ri JUNG. Il porte sur la confrontation de Young-Nam, chef de la police locale (Bae DOO-NA), et de sa fille Do-Hee à la violence de son beau-père. Héroïne de ce drame familial, Bae Doo-Na a notamment joué dans Sympathy for Mr. Vengeance de Park CHAN-WOOK (2003) et The Host de Joon-ho BONG (2006).

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(Source : http://fr.web.img4.acsta.net)

 

Xenia, de Pános H. KOUTRAS

 

Pános H. KOUTRAS est un réalisateur grec ayant fait ses études de cinéma à la London International Film School, puis à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a écrit et réalisé plusieurs courts-métrages. Il est aussi fondateur, en 1995, de sa propre maison de production, 100 % Synthetic Films. Avant Xenia, il réalise trois autres longs-métrages : L’Attaque de la moussaka géante (2000), une parodie de science-fiction, La Vie véritable (2004), et Strélla (2009), que les Inrocks décrivent comme « un Almodovar au goût de moussaka », prenant place dans le milieu LGBT d’Athènes. Il est aujourd’hui pour la première fois nominé à Cannes pour cette épopée fraternelle hellénique, sous fond de crise économique et politique. Dany (16 ans), gay excentrique, et Odysseas (18 ans), aîné ténébreux entreprennent, à la mort de leur mère albanaise, un voyage vers Thessalonique, afin d’y retrouver leur père, Grec, qui les a abandonnés à la naissance. Par le biais de cette recherche, les deux frères souhaitent obtenir de leur géniteur la nationalité grecque. Ils se sont aussi promis de prendre part à un concours de chant célèbre en Grèce, dans l’espoir d’une vie meilleure. Comme tout voyage initiatique, leur relation sera mise à l’épreuve. Lorsqu’il se confie au magazine Libération Next, le cinéaste confit que Xenia aura été son « tournage le plus difficile ». Pourquoi Xenia ? Ce « mot-concept », qui renvoie à l’idée d’hospitalité, est aussi le nom d’une chaine hôtelière dont les deux frères vont squatter, au cours de leur périple, l’un des hôtels en ruine. Si KOUTRAS voit son film comme son premier « teenage movie », bien qu’approchant lui même de la cinquantaine, il peut espérer voir, avec Xenia, saluée sa pleine maturité cinématographique par le Jury d’ « Un Certain Regard ».

Les jeunes acteurs Kostas Nikoyli (le blond) et Nikos Gelia sur le tournage de Xenia de Panos Koutras

 Les jeunes acteurs Kostas NIKOYLI (Dany, le blond) et Nikos GELIA (Odysseas, le brun) sur le tournage de Xenia de Pános H. KOUTRAS

(Source : http://next.liberation.fr/)

 

Run de Philippe Lacote

 

Philippe Lacote est un réalisateur franco-ivoirien ayant réalisé plusieurs documentaires et courts-métrages. Il présente à Cannes son premier long-métrage, Run, déjà primé au Jérusalem International Film Lab. Proche du documentaire, Run s’inscrit au cœur du conflit militaro-politique en Côte d’Ivoire. Dans ce thriller, le personnage principal, Run, a tué le Premier ministre de son pays. Alors qu’il fuit, sa vie lui revient par flashes.On y verra notamment dans le rôle principal Abdoul Karim Konaté et Isaach de Bankolé, César du meilleur jeune espoir masculin en 1987 pour Black Mic Mac de Thomas Gilou.

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(Source : http://images.allocine.fr)

 

Turist (« Force majeure ») de Ruben Ostlund

 

Le réalisateur suédois Ruben Ostlund, revient à Cannes avec Turist, son quatrième long-métrage. Si Happy Sweden avait été nommé dans la sélection Un certain Regard en 2008, Play (Prix 2011 du meilleur réalisateur au Festival International du film de Tokyo), était présent à la Quinzaine des réalisateurs en 2011. Avec Turist, il tentera de transformer l’essai. Ce drame familial, grinçant d’humour noir et de culpabilité, montre une famille suédoise confrontée à une avalanche. Le père agit avec lâcheté, et sera hanté par son geste.

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(Source : http://fr.web.img5.acsta.net)

 

Hermosa Juventud (« La belle jeunesse ») de Jaime Rosales

 

Dans Hermosa Juventud, un couple de jeunes espagnols ambitieux, Natalia et Carlos, fait face à la crise économique. Afin de gagner de l’argent, ils prennent la décision de tourner un film X. Seul réalisateur espagnol présent en sélection officielle à Cannes cette année, Jaime Rosales mélange ici images professionnelles et rushes amateurs. Il est attendu au tournant avec ce sixième long métrage portrait de la jeunesse espagnole, ayant déjà été nommé à Un certain Regard en 2007 pour La Soledad et à la Quinzaine des réalisateurs en 2012 pour Dernier rêve et silence.

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(Source : http://fr.web.img5.acsta.net)

 

Fantasia, de Wang CHAO

 

Wang CHAO est un réalisateur chinois né en 1964. Issu d’un milieu ouvrier, il étudie néanmoins à l’Université, dont il ressort diplômé. Il commence par travailler cinq ans dans une usine sidérurgique, avant d’en être licenciée, et de se lancer dans des études de filmologie à l’Académie du Film de Pékin, dès 1991. Après sa diplomation en 1994, il devient critique de cinéma. Grâce à sa critique du film Terre jaune, de CHEN Kaige, ce dernier l’emploi comme assistant sur le tournage de ses films Adieu ma concubine, et L’Empereur et l’assassin, entre 1995 et 1998. Par la suite, il rédige des nouvelles, pour finalement en tirer des scénarios de films. En 2001, il tourne L’Orphelin D’Anyang (sans autorisation), sélectionné la même année dans la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes. Il poursuit l’optique d’une trilogie sur la Chine avec deux autres films, Jour et nuit (2004), et Voiture de luxe (2006), qui obtient le prix du Jury « Un Certain Regard » à Cannes. En 2009 sort Memory of Love, explorant la naissance du sentiment amoureux, à la lisière de la mémoire. Fantasia est donc le cinquième long-métrage du réalisateur. Son synopsis est à ce jour introuvable sur internet. Il faudra donc prendre son mal en patience avant de le découvrir une fois sur la croisette.

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Le cinéaste Wang CHAO

(Source : http://www.chine-informations.com)

 

The salt of the earth (« Le sel de la terre ») de Wim WENDERS et Juliano RIBERO SALGADO

 

L’allemand Wim WENDERS est un habitué de la Croisette. En tout, il y a été nommé seize fois, du prix de la mise en scène avec Les ailes du désir en 1987 au Grand Prix du Festival avec Si loin, si proche, en 1993, en passant par Rendez-vous à Palerme, dernier de ses films présentés en compétition, en 2008, sans oublier la Palme d’or pour Paris, Texas en 1984. Cosmopolite, Wim WENDERS touche à tout. Il se penche avec The salt of the earth sur la photographie, l’une de ses grandes passions. Ce documentaire présente le dernier travail du photographe brésilien Sebastiao SALGADO, Genesis, qui a notamment fait l’objet d’une exposition à la Maison Européenne de la Photographie en 2013. Il y dévoile des endroits vierges de toute trace de civilisation humaine, comme le retour à un paradis terrestre ; The salt of the earth promet ainsi des images époustouflantes de beauté.

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Wenders et Salgado travaillant ensemble 

(Source : http://fr.web.img2.acsta.net)

 

Loin de son absence, de Keren YEDAYA

 

Keren YEDAYA est une cinéaste israélienne née en 1972. Elle étudie le cinéma à l’école d’art Camera Obscura de Tel Aviv. Féministe, militante en faveur des droits des femmes, et farouchement opposée à la présence militaire israélienne en Cisjordanie, ses films s’inscrivent dans la ligne droite de son activisme politique. Sa carrière début par le tournage de plusieurs courts-métrages, dont Elinor (1994), portrait d’une conscrite israélienne dans l’armée, puis Lulu (1998), à propose de la prostitution en Israël. En 2001, elle est invitée en France par le producteur Emmanuel AGNERAY. Elle y tourne son troisième court-métrage, Les dessous, au sujet d’une boutique de lingerie féminine parisienne. C’est à ce moment-là qu’elle reçoit le soutien financier du Festival International du Cinéma Méditerranéen de Montpellier pour le tournage de son premier long-métrage. Ce sera Mon trésor, sorti en 2004, et doublement vainqueur du prix de la Semaine de la Critique et de la Caméra d’Or du Festival de Cannes. En 2009, son second long-métrage, Jaffa, est aussi présenté à Cannes. Pas encore de synopsis disponible sur internet pour son nouveau film Loin de son absence, en sélection pour « Un Certain Regard », seulement cette prédiction du délégué général du Festival de Cannes Thierry FRÉMAUX : la réalisatrice risque de susciter « beaucoup de polémiques ». Un cocktail idéal pour l’obtention d’un prix par l’incorruptible réalisatrice ?

 

keren_yedaya_portrait_w532 La cinéaste Keren YERADA et sa Caméra d’Or

(Source : http://cdn-premiere.ladmedia.fr)

Mona Oiry et Léa Scherer

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