Felicidad – Daniel Burman

Felicidad de Daniel Burman
4 / 5 Artichauts

La chorégraphie de la scène d’ouverture, sur une ritournelle assez rythmée, plonge le spectateur dans les couleurs lumineuses de l’univers du film. Santiago et Eugenio, deux amis de longue date, associés au travail et partenaires de padel évoluent côte à côte dans un plan symétrique façon film muet dont l’effet est assez comique. Arrivée en voiture, ouverture du magasin, pause petit déjeuner, virée pour parier dans les courses hippiques, réunion professionnelle… Ils ne font qu’un.

Dès les premières images on imagine la suite : un train-train quotidien étouffant, un départ surprenant et le désespoir de l’autre. Pour notre plus grand bonheur c’est le moins charismatique des acteurs (Fabian Arenillas) qui, un jour, plaque tout, laissant son ami de toujours et sa femme livrés à eux-mêmes (mais surtout à l’autre) pour résoudre le mystère. Santiago donc (Guillermo Francella dont les yeux bleus azur avaient déjà illuminé le drame El secreto de sus ojos) et Laura commencent à chercher ensemble les causes de la disparition de celui qu’ils pensent connaître par cœur. D’abord de manière assez conflictuelle puis, comme prévu par le spectateur, de plus en plus rapprochée.

felicidad 2

Inez Estévez excelle dans son rôle de femme au foyer frustrée, bourrée de pilules antidépressives qu’elle choisit à la couleur. Elle nous rappelle les héroïnes-moulin-à-parole-en psychanalyse d’autres maîtres de la comédie : évidemment, Woody Allen, mais aussi Almodovar que la langue rapproche de Burman, réalisateur argentin.

La prévisibilité du scénario fait qu’on peut aisément se détacher de la dimension « film de vacances » ou même celle de « parodie » de film de détective. On peut alors se concentrer sur une vision plus réfléchie du film. Ce dernier, rassurez-vous, reste tout de même une vraie comédie sans message philosophique très profond. (Il convient d’ailleurs parfaitement à qui veut se vider la tête.) Le réalisateur montre donc le « mystère du bonheur », sans l’analyser sous tous ses angles psychologiques : le bonheur est fait de rêves, d’ambiance folklorique, de folles aventures et non d’habitudes consensuelles, ici femmes/travail/match de foot.

repetition 1

Des argentins très bavards à la sortie de la séance ont critiqué cette histoire selon eux sans rebondissement et trop devinable. Mais ce qui, je pense, fait le charme du film, c’est que Burman en a conscience et qu’il joue complètement avec, au point de ne pas hésiter à répéter des scènes, au début entre les deux hommes, et par la suite entre Laura et Santiago. Ce jeu atteint son paroxysme dans la dernière scène du film façon Alerte à Malibu, sur la plage, scènes au ralenties, musique niaiseuse, happy end et cætera.

repetition 2

Le film ne nous invite qu’à passer un bon moment et non à réfléchir à sa portée philosophique. Il suffit de se laisser porter par son esthétique joyeuse pour sourire. Les décors et les costumes se fondent dans la comédie et apportent un support visuel harmonieux à l’action. La bande originale enfin est assez jouissive, joli mix entre musiques latines et pop alternative.

On peut considérer que si on ressort avec l’envie de danser la salsa et de partir sur une plage brésilienne, le film a en grande partie réussi son coup, en toute humilité, sans prétendre être plus que ce qu’il donne à voir.

Mathilde Dumazet

Written By
More from artichaut

Thomas Jolly : « le théâtre sert à se questionner ensemble sur notre réalité »

Fondateur de la Piccola Familia qui a fêté ses 10 ans fin...
Read More

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *