Faust ou Méphisto ?

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Habitué du Festival d’Automne, Bob Wilson est venu présenter son Faust au Théâtre du Châtelet, dans le cadre de la programmation du Théâtre de la Ville. La salle est pleine, et la troupe du Berliner Ensemble s’agite sur scène avec force dans une ambiance grotesque qui rappelle The Black Rider – comédie musicale mise en scène par le plasticien il y a quelques années à partir de l’œuvre de Tom Waits. Un spectacle qui emporte autant durant la première partie qu’il laisse de marbre durant la seconde.

Œuvre complexe, réputée pour son incompréhensible deuxième partie, Faust est toujours un défi pour ceux qui essaient de la mettre en scène. Le récit est célèbre ; un savant déçu de ne pouvoir accéder à l’entière connaissance du monde décide de vendre son damner son âme au diable pour profiter des plaisirs sensibles de la vie. Sur la plateau du Châtelet, un Méphisto taré séduit les avatars du docteur Faust entre deux numéros de claquettes, au milieu de la scénographie toujours aussi léchée de Bob Wilson. Comme d’habitude, travail vocal et corporel sont au rendez-vous avec ce même Méphisto qui se détache clairement du reste de la troupe, faisant de ce Faust I un coup de force monumental.

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C’est après l’entracte que le spectacle prend du plomb dans l’aile. Dramaturgie incompréhensible, saynètes comiques mais manquant de cohérence globale, on s’y ennuie vite et on se laisse dépasser par les événements jusqu’à la fin qui récupère l’énergie qui avait jusqu’ici mu cet étrange mélange entre un opéra et une comédie musicale déglinguée.

C’est donc un spectacle agréable sur tous les points, mais en sortant duquel on regrette ce défaut récurrent dans les productions de Bob Wilson : un travail lacunaire sur la dramaturgie qui laisse bien souvent les œuvres dans l’obscurité la plus totale pour le spectateur.

Bertrand Brie

Crédits photo: Lucie Jansch

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