Expo Express : Jacques-André Boiffard, la parenthèse surréaliste

Renée Jacobi, vers 1930
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque
Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris Photo : © Centre Pompidou, MNAM / CCI, Dist. RMN-GP / image Centre Pompidou, MNAM / CCI
© Mme Denise Boiffard

Si tu as lu l’article de l’artichaut sur Niki de Saint-Phalle au Grand Palais, et que, séduit, tu as décidé d’aller voir ses sculptures à la fontaine Stravinsky, fais au passage un saut dans la galerie photo que le Centre Georges Pompidou inaugure cette année. Du 5 novembre au 2 février, c’est le peu connu Jacques-André Boiffard, assistant de Man Ray à ses débuts, qui y est exposé en 80 clichés noir et blanc.

Les plus :

  • L’art c’est bien joli, mais tu t’es ruiné pour acheter ton sweat Sciences Po? Mauvaise excuse, Jacques-André Boiffard, c’est en accès libre (oui oui, ça veut dire gratuit).
  • Tu jongles avec 3 exposés et 4 papers, donc t’as clairement pas le temps de perdre deux heures dans un musée? Ca tombe bien, 15 minutes sont suffisantes pour faire un tour de l’expo.
  • C’est la première véritable rétrospective dédiée au photographe, et l’occasion de découvrir un surréaliste talentueux méconnu. Autrement dit, si tu veux te la péter en photo tu pourras citer autre chose que Mapplethorpe ou Cartier-Bresson.

Les moins :

  • Si on peut faire l’expo en 15 minutes, c’est parce que c’est une petite expo, mais c’est aussi parce que seulement 4 – 5 œuvres valent vraiment le détour. (D’un autre côté 5 belles photos, c’est 5 belles photos).

Note : 3/5 (artichauts)

Jacques-André Boiffard Autoportrait dans un photomaton, vers 1929 Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris Photo : © Centre Pompidou, MNAM / CCI, Dist. RMN-GP / G. Meguerditchian © Mme Denise Boiffard

Jacques-André Boiffard
Autoportrait dans un photomaton, vers 1929
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque
Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris Photo : © Centre Pompidou, MNAM / CCI, Dist. RMN-GP / G. Meguerditchian
© Mme Denise Boiffard

L’exposition s’ouvre sur un portrait tiré grand format du jeune Jacques-André Boiffard, nœud papillon serré, cheveux coiffés, tête de premier de la classe de bonne famille. Et en effet, ses premiers travaux, de portrait et d’illustration, sont d’une beauté régulière et technique. Voire parfois un peu plate, mis à part un portrait poétique d’Alberto Giacometti. Mais déjà l’assistant du grand Man Ray profitait du matériel qu’il avait à disposition pour, à l’abri des regards, quitter son costard de garçon raisonnable et photographier un squelette, le sexe en érection, sur le célèbre siège qui servait aux portraits de son mentor.

L’œuvre de Jacques-André Boiffard s’inscrit pleinement dans le mouvement surréaliste auquel il adhère dès sa création en 1924, lorsque Breton lance la revue La Révolution Surréaliste. Bien qu’il quitte le groupe en 1929, la patte et les influences surréalistes sont là. On retrouve la trace d’un Magritte dans une photographie de pipes (ou d’un Breton qui disait « la poésie est une pipe »).

Mais c’est dans la deuxième partie de l’exposition, celle d’un photographe indépendant qui s’est complètement dévêtu de ses airs disciplinés, que l’on se dit « Tiens, ce type là, je m’en souviendrai. ». Plus que ses illustrations du roman surréaliste Nadja, c’est une photographie flottante de la grande dame de fer, un portrait renversé de son amante dénudée, une série de photographies avec masque, des clichés noirs et sales de gros orteils ou de mouches, qui aimanteront notre regard. Provocation, érotisme, répulsion et disgrâce, on ressent alors que l’instinct et l’âme ont rejoint la technique.

Pied et main serrés, 1929 Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris Photo : © Centre Pompidou, MNAM / CCI, Dist. RMN-GP / B. Prévost © Mme Denise Boiffard

Pied et main serrés, 1929
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque
Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris Photo : © Centre Pompidou, MNAM / CCI, Dist. RMN-GP / B. Prévost
© Mme Denise Boiffard

Cette seconde partie de l’exposition présente un autre intérêt majeur : la restitution d’une photographie à son auteur véritable. Il s’agit d’une superbe photo d’une tête cagoulée de cuir, prise lors d’une séance masochiste, attribuée depuis toujours à Jacques-André Boiffard, constituant même une des œuvres pour lesquelles il était le plus reconnu. A l’occasion de la préparation de l’exposition, elle s’est avérée revenir en réalité à l’américain William Seabrook, étrange personnage passionné par le satanisme, le masochisme, les zombies et… le cannibalisme.

Elise Levy

Leave a Reply