Été 14 #4

2011-12-30-16-48-pluie

Le mois d’août est pluvieux, on lâche nos derniers billets de 50 pour des moules-frites heureuses ; le mois d’août est pluvieux, il tombe de la sauce marinière sur nos mentons levés vers les écrans de télévision où les sportifs se succèdent. C’est au tour du marcheur fou, il a l’air euphorique au pied du podium, il sourit comme un chien qui bat de la queue. Le marcheur fou s’est pris les pieds dans les marches, il n’est pas de ceux qui s’arrêtent pour admirer. Avec leurs allures de facteurs, de clients des supermarchés et de commerciaux mal fringués, ces athlètes ont creusé la victoire dans leur corps, ils ont percé leur chair pour éclabousser le monde de leur puissance. Rêveuse devant ma télé, je m’imagine pleurer sur mon podium, transcendée par la marseillaise. Dramatique. Je n’aurais pas voulu être une artiste, trop sûre d’avoir raison, mais une athlète, jamais certaine de gagner. J’éteins ma télé.

La lecture m’endort. Même à 15h30 après une nuit de 23h à 9h, la lecture m’endort. Mon manuel d’histoire sur la troisième république, son web-intime blogspot, ce roman que j’admire; ces lectures m’endorment. Il se plaint régulièrement de mes siestes compulsives, sans voir que je travaille mon temps à lire les autres, les événements, les phénomènes et les perceptions, la lecture m’endort. Les mots fourmillent sous mes yeux, engourdissent mes paupières et les ferment sur mes iris. Mes sens s’éteignent et alors commence le moment que je préfère, quand la lecture m’endort. Ma pensée s’empare alors de tous ces textes qu’elle vient d’arracher à leurs histoires, elle fait tourner les phrases, sauter les points et couler les virgules. Mon cerveau brasse tous ces signifiés, les décortique et avec leurs noyaux dessine une image, la plus belle des images. Mon sommeil est léger, je sais que je suis assoupie, que la lecture m’endort. De ce sommeil honteux, sortent les meilleures phrases : celles qui me poussent à me réveiller pour écrire. La lecture m’endort dans le plus doux des sommeils, j’ai bavé sur le canapé et comme par magie ce moment est grâce. Je viens de me réveiller, il est 15h48.

Ingrid Lanoë

http://bergamesque.tumblr.com/

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