Été 14 #3

plage-de-la-madrague

La chaleur nous écrase, et les birkenstock nous noient. La foule abandonne les écrans géants pour une télé en solitaire : en juillet, les travailleurs s’endorment devant le tour de France, épuisés par Hautacam. Les yeux se contenteront de pixels pour voyager. Les vacanciers, eux, viennent camper sur les plages de la côte d’amour, on franchit les ponts et traverse les estuaires. Dans ces bourgades presque vendéennes de la côte de jade, les touristes sont impatients, chez eux tout est mieux. Les retraités entrent dans les banques pour râler : mon carnet de chèque, bon dieu c’est les vacances.

Les pies jacassent si fort dans les pins que la mer s’absente : elle se retire. Le sable découvre ses trésors : vers fourmillants, coquillages gluants et odeurs vaseuses. 2 jours de nudité avant que les vagues ne viennent le rhabiller jusqu’au col. Les maisons ouvrent leurs volets, et les restaurants remplissent leurs tables, l’enchaînement est parfait pour les pies qui s’offrent de petites visites indiscrètes chez les particuliers ; les yeux se jettent à l’intérieur de ces villas abandonnées. Les mobil’home étouffent.

La pluie nettoie mes cahiers, il est temps de laver mon écriture, d’astiquer mon dico et d’ouvrir ma pensée. Un mois de travail pour abandonner mes vieux personnages que je promène comme des grigris accrochés à mon porte-clef : un salaire pour s’acheter les évolutions de mes pokémons capturés. On jette ses mots pour briser le silence, mais on les pèse quand on fait silence.

Sur son instagram elle se publie, agitant son cocktail devant une piscine ; face à la mer je regarde mon portable muet de son appel promis. « La vraie vie est absente*. Mais nous sommes au monde**. » mon cœur résonne sur le sable

*Rimbaud, Délires I, vierge folle, l’époux infernal

**Lévinas, Totalité et Infini

Ingrid Lanoë

http://bergamesque.tumblr.com/

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