Été 14 #2

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Le ciel est humide comme pour mouiller les esprits brûlés par les premières chaleurs. En ouvrant nos volets, le maussade s’engouffre et occupe nos pièces moites. Les baskets se trainent dans les flaques, les revendications se sont noyées un peu partout dans le monde. On préfère s’enrouler dans les drapeaux, véritable chromothérapie pour donner à l’été ses sourires. Sur la plage, au soleil, à la mer, la fiction du bonheur commence ; la chaleur accable les corps, affaisse les esprits : les conversations s’échaudent jusqu’au crépuscule. Il n’y a qu’un allemand pour se réveiller en pleine journée.

L’homme aux yeux verts fête la musique dans sa ville natale ; au milieu de ses frères il aurait voulu se sentir chez lui, mais les cadavres de verre l’empêchent de marcher en chaussons. Quelle étrange soirée quand aucune note de musique ne parvient à vos tympans. Dormir pour oublier. Au petit matin il se traine vers la gare, la ville vomit encore, et lui fuit à nouveau. Son reflet, dans les vitres épaisses du TER, lui plaît : enfin ses yeux marrons sont verts.

L’actualité n’est plus celle que du foot, et les drames de Wimbledon, ces tâches vertes sur les habits blancs, sont laissés aux machines à laver. Entre deux matches, je continue d’arpenter les couloirs de l’université, cherchant un jury à qui je pourrais réciter mes vérités en trois paragraphes.

Le monde se fout de Sarajevo, juin s’est déjà recueilli en Normandie, personne ne veut prolonger le grief en Bosnie. Ce serait donner un coup dans le ventre à la liesse collective, les messes ne reviendront qu’avec l’automne. Pourtant Sarajevo est si beau, un garçon à la peau craquante, aux yeux verts et au visage touchant ; il porte sur les joues toutes les nationalités, mais aujourd’hui, à l’heure où il faut se choisir une couleur, sa beauté ne touche personne. Attends-nous Sarajevo.

Ce 3 juillet, les chats fuient leurs maîtres, les ouvriers s’activent sur les bitumes brûlants, et le mois de juin est rayé du calendrier. Les jours avancent à grande vitesse, je me crois débordée, et pourtant ma table de travail n’imprime plus mon écriture. Dehors, j’appelle mon chat, une pie me répond et mes yeux sont verts. Je souris, naïve du spectacle de l’été 14.

 

Ingrid Lanoë

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