Été 14 #1

QUIZ_Quiz-de-litterature_8765

La pluie a battu la terre de Chatrier, lavé le temps des restes de l’hiver, installé un astre brûlant au-dessus des canotiers blancs. Un homme se tourne vers le soleil, les bras levés comme pour l’entourer ; il a vaincu la chaleur, et porte sa raquette au ciel pour la neuvième fois. Dans l’arène, on retient sa sueur, la réservant pour pleurer l’enfant serbe perdu dans la poussière rouge. Pervers cyniques, on aurait voulu voir le taureau poser son sabot sur la poitrine du matador et d’un seul élan, faire éclater sa cage thoracique. Artisan de son propre mythe, il nous soumet au respect de sa puissance, silence. Mais rapidement les orages se succèderont pour noyer cette victoire humaine, et leurs grêlons gifleront les rues et les champs qui, partout, célèbrent Eve.

À l’Ouest on se recueille devant les grandes plages désertes, prétendant entendre les balles traverser les corps échoués sur le barbelé. Par bonheur, la mer n’est plus chargée que de poissons gris et de sacs plastique. Les 19 gardiens de la paix s’insultent en silence, se sourient bruyamment, et tacitement préservent l’entente des nations pour détruire leur berceau.

Sao Paulo est malade, la fièvre occidentale s’est propagée. Tous les billets du pays s’envolent vers les stades pour en tapisser les tribunes, gradins confortables mais inflammables. Aucun éclat de voix n’empêchera aux gros ventres de faire sauter les boutons de leurs chemises. La ville frissonne et frétille, on exige l’union sacrée au devant de la guerre civile ; l’imaginaire collectif est en marche, il doit marcher, le coup d’envoi approche.

Un passager s’installe dans son endroit préféré : le TGV. Il aime à dire qu’il est nul part, incessamment ailleurs, une manière de s’excuser de ses absences au présent. Les trains sont pourtant rares aujourd’hui, les gares se rongent les ongles ; mais lui a trouvé sa place. Près de la fenêtre ses yeux sont verts comme la campagne qui défile. Il a beau être assis, il ne semble pas être sur son siège, il n’est pas là près de son voisin. Non, lui voyage.

Ce vendredi 13, les chats noirs sortent et se demandent s’il va pleuvoir en Bretagne cet été, si les touristes pourront remplir les cartes et les caddies. La première quinzaine est en forme d’interrogation : que sera l’été 14 ? Le passager des TGV, installé, a lui toujours répugné de se ronger les ongles.

Ingrid Lanoë

http://bergamesque.tumblr.com/

Leave a Reply