Enterrer le poisson

© Cosimo Terlizzi

Fabrice Melquiot revient avec une nouvelle création, au Théâtre Girasole (du 4 au 26 juillet). Un seul en scène cette fois-ci, créé avec Robert Bouvier, directeur du Théâtre du Passage (Suisse), et écrit et mis en scène par Melquiot lui-même. Son poisson combattant perd parfois son spectateur, mais offre un moment d’une grande sensibilité et d’une grande émotion.

Avis : 3,75 sur 5

L’histoire d’une rupture. Plus de tendresse feinte, c’est terminé. Il part et lui laisse tout, à elle et à la petite. Mais le matin du départ, il retrouve le poisson, leur poisson combattant qui a sauté et est mort, sec, à côté de la console. A partir de ce moment, il n’a qu’un seul but : trouver un endroit pour enterrer le poisson combattant, un endroit qui fait sens, pas n’importe où. Entre réminiscences adolescentes, rage désespérée et touchante introspection, Melquiot donne à voir l’histoire de cette rupture et comment Il se replie sur cette quête pour le poisson combattant.

© Cosimo Terlizzi

© Cosimo Terlizzi

Robert Bouvier incarne le texte de Melquiot avec une sensibilité touchante. Un comédien explosif qui prononce un texte au style très oralisé, faisant du Poisson combattant un spectacle accessible mais doué d’une sorte de double épaisseur aussi inattendue qu’intéressante. La rupture marque la narration au fer rouge, étant à la fois partout et nulle part. Elle ouvre le spectacle, et poursuit cet homme qui cherche à lui échapper. Un besoin d’introspection, qu’il ne retrouve ni chez sa mère et son « je te l’avais bien dit » ni chez son ami Pascal, où il n’entend que « c’est dur c’est dur, comme je te comprends ». Le texte parfois pesant, peut laisser le spectateur se distraire, mais réussit tout de même à toucher. La part belle et surtout faite au comédien tout feu tout flamme qui mène cette heure et quart d’une main de maître.

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© Cosimo Terlizzi

Le dernier élément qui fait le charme du spectacle et la scénographie de ce Poisson combattant. Un plateau en apparence nu, entièrement blanc, et qui se recouvre de projections vidéo, réussissant à donner l’impression d’une scène pleine, parsemée d’images tantôt oniriques tantôt non. Fabrice Melquiot et Robert Bouvier créent un véritable univers qui s’achève par une adresse au public du comédien, après l’effondrement du plateau. Et là, se découvre également la seconde épaisseur du spectacle, celle d’un pari enfantin, d’une sorte de fantasme cauchemardesque, comme un jeu où une seconde de bonheur peut basculer – dans l’esprit – dans l’horreur la plus profonde. Si l’on se laisse parfois distraire, voilà un spectacle d’un charme fou servi par un comédien détonnant.

Bertrand Brie

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