Encore un an – Oxana Bytchkova

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Encore un an de Oxana Bytchkova
3,5 / 5 Artichauts
Ne vous séparez pas de ceux que vous aimez

Dimanche 16 novembre à 21h30, c’était au tour de la réalisatrice Oxana Bytchkova, présente ce soir là, de présenter son dernier film Encore un an.

L’histoire est celle d’un jeune couple marié, vivant dans un petit appartement du Moscou d’aujourd’hui. Il est chauffeur de taxi, timide, et n’aime pas son travail. Elle est journaliste, dynamique, et aimerait sortir plus souvent. Pendant presque un an, nous suivons leur relation au gré des petits événements du quotidien, impuissants que nous sommes devant le délitement progressif de leur couple. On aimerait les voir s’aimer toujours, mais l’atmosphère étouffante de leur petit espace de vie a eu raison de leur entente : Egor et Jénia veulent divorcer. S’ensuivent de multiples retrouvailles et séparations de ces deux êtres qui seront toujours habités par l’autre.

L’histoire est on ne peut plus simple, mais elle est joliment racontée. Avec un sujet pareil et si souvent traité, on pourrait craindre un énième remake d’un film à l’eau de rose sur la vie conjugale. Ce n’est pas à cela que nous avons affaire ici. Le film veut raconter cette histoire, mais de façon humaine. Non, Egor et Jénia ne vont pas courir au ralenti quand ils se retrouveront. Il n’y aura pas une seule scène un peu larmoyante, un brin héroïsée, et temps mieux, parce que leur histoire est déjà assez pesante pour se suffire à elle-même. Parce qu’Egor et Jénia pourraient être nous. Ils n’ont pas une plastique parfaite, ils n’incarnent pas le couple fantasmé par toutes les mauvaises comédies romantiques, ils ne vivent pas une passion supérieure qui résisterait au temps et à la quotidienneté de la vie. Ils nous touchent par autre chose, par cet autre chose qui entoure l’ensemble du film : leur humanité, leurs caractères excentriques, leur façon à eux de s’aimer.

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On les suit pendant cette dernière année, dans leurs instants les plus quotidiens, on perce leur intimité pour accéder à des moments qui appartiennent à eux seuls. On ressent comme eux l’étouffement de ce petit appartement, puisque la majeure partie de l’action s’y situe. Comme eux, on reste focalisés sur leur relation, on n’en sort pas, car même dans les scènes d’extérieur où l’on ne voit qu’un des deux protagonistes, on sent toujours la présence de l’autre. La caméra contribue à faire sentir l’exclusivité de cette relation, les deux personnages étant fréquemment enfermés dans les gros plans qui font entendre tous les bruits et percevoir leurs moindres émotions.

Mettre en scène le quotidien, le banal, le bien connu, peut interroger. Quel est l’intérêt de coller à ce point à la réalité ? Pourquoi aller regarder à travers la serrure ce qui se passe chez ce jeune couple ? La quotidienneté est-elle un objet cinématographique intéressant ? Je laisse ces questions en suspend, libre à chacun d’en penser ce qu’il veut. Mais peut-être que pour ce film, un élément de réponse fait sens : montrer la beauté dans ce qu’il y a de quotidien élève une histoire que le spectateur connait et qu’il trouve bien faible comparé aux grandes histoires d’amour du cinéma. Dire que la vie vaut au moins aussi bien que la fiction. Et peut-être aussi montrer l’absurdité d’une histoire récurrente dans nos vies, celle d’un couple qui se sépare parce qu’il n’a pas le courage d’affronter les difficultés, mais qui s’aime encore. En ce temps des séparations, des amours éphémères, du nombre croissant de personnes seules, en cette heure de désillusion en somme, peut-être que la réalisatrice veut nous dire quelque chose. Elle choisit de clore son film par une scène plutôt optimiste et lumineuse, mais toujours en nous faisant miroiter que cette histoire pourrait être la nôtre. Serait-elle une des dernières inconscientes à croire en l’existence d’un bel amour durable à l’échelle humaine ? Après tout, elle a choisi d’adapter librement une pièce d’Alexandre Volodine dont le titre semble dire la même chose : Ne vous séparez pas de ceux que vous aimez.

Azilys Tanneau

arlequin

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