Beauté et ennui à l’opéra Bastille.

Madame Butterfly (saison 2008/2009)

Robert Wilson est partout ces derniers temps, en tout cas à Paris. Depuis The old woman en novembre dernier au Théâtre de la Ville, il a donné des conférences au Louvre où il a aussi réalisé des ‘portraits vidéos de Lady Gaga’, retour au Théâtre de la Ville en décembre pour Peter Pan puis le Théâtre du Châtelet et dernièrement l’Opéra Bastille pour Madame Butterfly, opéra de Giacomo Puccini.

Le metteur en scène et superman américain parcourt le monde depuis les années 70 pour répandre sa perception du théâtre et de l’opéra. La dernière étape à Paris du génie créatif a été plus ou moins un succès, The Old woman décevant un peu, peut-être parce que trop attendu.

Qu’on le dise tout de suite, Madame Butterfly est loin d’être un échec, mais la lenteur de la mise en scène fait passer la production à côté de la franche réussite.

 

Madame Butterfly c’est l’histoire d’un américain débarquant au Japon fin 19ème. Via un entremetteur, cet américain, Mr Pinkerton, se marie avec une jeune japonaise. Mais finalement il repart aux Etats Unis, après avoir eu un enfant avec elle. Lorsqu’il revient trois ans plus tard avec son épouse américaine, Chio-Chio-San (Madame Papillon, son épouse japonaise) se donne la mort pour que son fils puisse repartir avec Pinkerton sans remords. Celui-ci semble se raviser au dernier instant, arrivant désespéré auprès de Madame Butterfly s’étant poignardée.

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L’histoire est assez tragique, et on peut avouer qu’il y a bien pire niveau intrigue en opéra. Les personnages ne sont pas des caricatures : Pinkerton n’est pas totalement désintéressé, sa femme plus amoureuse que naïve. Si Puccini décide de faire des clins d’œil réguliers, reprenant le thème de l’hymne américain ou « Sakura sakura » (aussi incontournable pour les enfants japonais que Frère Jacques pour nous, voir la version pokemon) ; la thématique est sérieuse et la musique largement assez belle pour la soutenir.

Mais Bob Wilson a fait un choix de mise en scène qui, malgré sa beauté, n’a pas su affirmer la profondeur des personnages et du drame.

 

Très esthétiques, les décors prêtent à la contemplation, tout comme le rythme assez lent choisi pour l’ensemble de l’opéra. Une des scènes montre Madame Butterfly désespérée, attendant Pinkerton, seule dans sa maison tandis que son fils marche aux limites du tatami et en dehors du halo de lumière. Contemplatif donc, en tout cas ne réussissant à créer aucune sorte d’empathie pour les personnages. Au final, Bob Wilson semble avoir voulu donner une interprétation japonaise, proche d’une pièce de kabuki, de la vision italienne du Japon de l’ère Meiji.

C’est un choix artistique qui se respecte mais qui ne m’a pas entièrement convaincu. Légèrement décevant, mais pas assez pour dire comme Frank Underwood : « Puccini is a downer, I prefer something much more optimistic » en sortant de l’opéra.

 

Tristan du Puy

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