En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut

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Pour vous, l’Artichaut revient chaque semaine sur les sorties littéraires du moment. Aujourd’hui, on analyse En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, couronné par le Grand Prix RTL-Lire 2016.

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Les Plus :

  • Le texte est empreint d’une musicalité charmante : l’auteur insère des rimes dans la prose de son récit, lui conférant ainsi une poésie séduisante comme, dans un passage où il est question de l’abattage d’un arbre : « Si un jour il y avait une tempête, il détruirait la maison en tombant sur nos têtes, l’air de rien, un beau matin, ce pin allait se transformer en assassin. »
  • Le style confond avec fantaisie des expressions naïves dues à la jeunesse du narrateur, avec un langage parfois beaucoup plus familier.

  • L’histoire en elle-même, pourtant grave, est racontée avec une légèreté qui lui ôte toute noirceur pour présenter au contraire un univers merveilleux et coloré, qui laissera tout au plus poindre des nuances de mélancolie.  

Les Moins :

  • Il pourra être reproché au roman, des aspects un peu déroutants, qui en feraient une histoire « sans queue ni tête » : le lecteur peine peut-être à trouver le fil de l’histoire au début, et pourra se laisser déboussoler tandis que le narrateur nous dépeint en fait le décor de son récit ; de plus, il ne faudra pas que le lecteur s’arrête sur l’invraisemblance de certaines aventures, mais les reçoivent au contraire comme autant de charmes d’un monde fantasque qui se prête au rêve.  

Verdict : 5 artichauts sur 5.

Dans ce tout premier roman d’Olivier Bourdeaut, le narrateur, sous son regard de petit garçon, raconte une histoire d’amour passionnée et originale : celle de ses parents qui évolue avec exubérance dans un monde, festif, décalé, où il est recommandé aux enfants de sauter sur les canapés, où l’on peut changer de prénoms chaque jour et s’échapper dans un château en Espagne pour fuir l’ennui de la vie ordinaire. Le récit juvénile du narrateur est doublé de celui de son père, dont les pages de son journal décrivent, avec un regard plus douloureux,  l’amour inconditionnel qu’il voue à son excentrique épouse dont la folie émerge dangereusement au fil du temps.

En effet, aussi magique qu’il paraisse, cet univers n’est  pas déconnecté de la souffrance, bien que celle-ci soit fort pudiquement édulcorée. Le narrateur et son père sont ainsi confrontés à la folie de la mère.

Par ailleurs, l’admiration naïve du narrateur devient progressivement plus réfléchie. Après n’avoir été qu’un témoin de la vie de ses parents, il comprend qu’il est temps pour lui de vivre  par lui-même. Dans ce sens, ce roman est presqu’un roman d’apprentissage pour le jeune narrateur. L’encensement de la folie, entamée dès l’épigramme de Bukowski « Certains ne deviennent jamais fous… Leurs vies doivent être bien ennuyeuses. », coexiste à la fin de l’œuvre avec  la maturité naissante du narrateur. De même, le mensonge  sans cesse présenté comme un jeu, doit laisser place à l’acceptation de la vérité, quand celui-ci ne peut plus cacher la réalité.

Le ton du roman n’est jamais pathétique. Même quand la vérité et la maturité s’insère dans cet univers de folie et de fantaisie, il est toujours léger et dédramatisé, d’une mélancolie poétique ; répétant sans cesse cette phrase dont il fait sa conclusion, le narrateur affirme sereinement que les choses sont « très bien ainsi ».

Rozenn Ollivier

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, Editions Finitude, 160 pages, 15,50 €

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