Empire contre attaque

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Empire est l’évènement télévisuel de l’année aux Etats-Unis: à coups de matraquage promotionnel, de grands noms au casting et d’intrigues excitantes, Fox a fait de ce soap sur le monde du hip hop la série la plus regardée par les jeunes, la quatrième sur l’ensemble du public mais surtout un phénomène montrant l’importance de la représentation ethnique à la télévision. Alors que la seconde saison vient de débuter devant 16 millions de téléspectateurs, revenons sur le succès d’Empire et son importance après le mouvement #BlackLivesMatter

Empire est le nom du label hip hop fondé par Lucious Lyon (Terrence Howard). Ancien dealeur de drogues, c’est un self made man qui doit maintenant assurer la pérennité de sa création en la léguant à ses enfants qui convoitent tous le trône du Lyon. La série débute, alors que sa femme, Cookie (Taraji P. Henson) sort de prison après 17 ans derrière les barreaux. Son mari l’a depuis quittée pour une autre tandis que ses enfants l’ont oubliée. Elle qui était la productrice de Lucious, qui a fondé le label avec lui compte bien récupérer sa famille, son honneur et son argent.

Empire reprend la tradition du soap familial pour l’intégrer dans un univers musical, jeune, mais aussi noir. Alors que les créations de Shonda Rhimes (Grey’s Anatomy) comme Scandal ou How to Get Away with Murder ont proposé ces dernières années des personnages noirs complexes et de premier plan, ici c’est toute la distribution qui est afro-américaine: les questions de couleur de peau, de racisme, mais aussi de sous-culture spécifique à une communauté qui n’est pas toujours représentée à la télévision sont centrales. Avant de devenir riches, les Lyon vivaient dans des quartiers mal-famés, faisaient du traffic pour vivre car ils n’avaient pas d’autre choix. Si les flashbacks de cette époque sont outranciers, ils s’accordent avec le ton de la série et témoignent d’une réalité que Cookie et Lucious mettent constamment en avant au cours de la saison. Ils sont un nouveau modèle de self-made men: leur empire fut construit de rien alors même qu’ils étaient discriminés, pauvres et peu éduqués. A travers le hip hop, ils ont accédé à la célébrité, puis amené leur famille, leurs amis avec eux, avant de produire d’autres artistes et d’ainsi mettre en avant une sous-culture afro-américaine qui a depuis intégré la culture populaire.

Les personnages sont riches, ils ont été élevés dans la violence de la rue. Leur combat pour le contrôle de l’Empire familial – qui s’apprête à entrer en bourse – ne pouvait alors qu’être dramatique et surjoué. La série est donc drôle, les dialogues (et les insultes) fusent tandis que les personnages complotent les uns contre les autres. De retournement de situation en retournement de situation, on ne s’ennuie pas. Toutefois, les auteurs ne sont pas (encore) partis dans le surréaliste et le véritablement improbable: bien qu’over-the-top, les interactions entre les personnages coïncident avec leur milieu, et son cohérentes avec leurs personnalités. On n’en est pas loin lorsqu’un des personnages montre ses troubles bipolaires ou qu’un autre révèle ses sombres secrets sous l’effet de puissants somnifères, mais ça fait partie du charme de ce type de feuilleton. Ce sont les piques cruelles et incisives, les changements de tenues constants (intégrant généralement du cuir ou des motifs léopard) ainsi que les intrigues à la limites de l’invraisemblable qui nous font enchainer les épisodes.

Série musicale oblige, les chansons d’Empire étaient attendues au tournant. Là où Glee pouvait en enchainer jusqu’à 8 par épisode, elles sont ici disséminées avec parcimonie – rarement plus de deux par épisode – et s’intègrent parfaitement au récit qu’elles enrichissent et dynamisent. Produite par Timbaland, la bande-son est très réussie. Les différences de style entre les frères Hakim (Bryshere Y. Gray) – gangsta rap – et Jamal (Jussie Smollett) – plutôt R’n’B – permettent de couvrir tout le spectre du hip hop et de plaire à un large public. A travers les chansons, les personnages expriment leurs souffrances, leur parcours et leur réussite. Pas de hip hop sans bling bling, les tenues et décors regorgent de doré, de blanc immaculé et d’imprimés animaliers. Derrière tout ce toc, la série propose néanmoins une vision progressiste de la société américaine: la distribution régulière ne compte qu’un seul personnage blanc, le thème de l’homosexualité (masculine comme féminine) est au centre d’intrigues majeures tandis que le personnage de Cookie, s’il est outrancier, est aussi un modèle de femme qui régit sa vie comme elle l’entend, ne se soumet jamais à personne et qui est prête à tout pour atteindre ses objectifs. Taraji P. Henson, excellente dans le rôle – tant pour jouer le drame que la comédie – est nominée aux prestigieux Emmy Awards et va probablement occuper une place importante de la pop culture des prochaines années, comme le prouve le nombre de memes qui sont dédiés à Cookie Lyon ; Liza Monet la mentionne dans son dernier titre, c’est dire l’impact du succès…

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La seconde saison d’Empire est très attendue: bien évidemment conclue par un cliffhanger, elle ne devra pas décevoir les très nombreux fans de la première heure, alors que 18 épisodes ont été commandés contre 12 en première saison. Des guest stars de luxe comme Oprah Winfrey, Alicia Keys ou Kelly Rowlands (pour un rôle régulier) rejoignent une série à laquelle ont déjà participé Snoop Dogg, Naomi Campbell ou encore Raven-Symoné: Empire s’affirme comme la « série du moment ». Si la qualité des intrigues et des morceaux se maintiennent, le phénomène pourrait influencer à long terme le paysage audiovisuel américain et prouver à ceux qui en doutent encore qu’une série peut fonctionner avec une distribution sortant de la norme WASP.

                                                                                                                                                     Samy Khoukh

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