Élisabeth Vigée-Le Brun: une révolution féminine à la cour de Louis XVI

Affiche de l’exposition
© Affiche pour la Réunion des musées nationaux-
Grand Palais, Paris 2015

Qui est-ce Élisabeth Vigée-Le Brun ? Pourquoi lui dédier une entière exposition au Grand Palais ? Même si elle a été l’artiste femme la plus capable d’illustrer la France du XVIIIème siècle, elle est ou bientôt, était peu connue du grand public.

Néanmoins en 1982, une exposition lui fut dédiée aux Etats-Unis, mais jamais en France. Pour la première fois, donc, nous pouvons retracer sa vie aux travers des œuvres les plus célèbres collectionnées et reparties en seize salles: le premier étage est dédié aux débuts et à son succès à Paris, le deuxième à l’exil dû à la Révolution Française et à ses voyages à l’étranger, jusqu’à sa mort en 1842.

Elisabeth Louise Vigée Le Brun. L’Artiste exécutant un portrait de la reine Marie- Antoinette, 1790. Huile sur toile ; 100 x 81 cm. Florence, Galleria degli Uffizi, Corridoio Vasariano. © Galleria degli Uffizi, Florence, Italy / Bridgeman Images

Elisabeth Louise Vigée Le Brun. L’Artiste exécutant un portrait de la reine Marie- Antoinette, 1790. Huile sur toile ; 100 x 81 cm. Florence, Galleria degli Uffizi, Corridoio Vasariano. © Galleria degli Uffizi, Florence, Italy / Bridgeman Images

 

Les premières salles, donc, tracent les débuts de cette artiste, en montrant l’exceptionnel talent avec lequel elle peint les portraits des proches, notamment le portrait de sa mère.

En 1778, sa « consécration » arrive quand elle devient le peintre officiel de la reine Marie Antoinette, sa protectrice. Être appréciée par les souverains équivalait à devenir une des peintres les plus célèbres de la France : elle devient membre de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, interdite aux femmes jusqu’alors. Vigée-Le Brun sera une royaliste convaincue. Elle s’inscrivait parfaitement dans la tradition courtisane qui, sans perdre en ressemblance, embellissait ses modèles, en particulier la reine. Vigée-Le Brun, une fois arrivée parmi l’élite française et considérée la femme la plus belle de Paris, suivait les mouvements dominants de l’époque, comme celui d’Émile de Rousseau, la poussant à peindre de nombreuses scènes d’amour tendre, notamment des autoportraits avec sa fille adorée.

Elisabeth Louise Vigée Le Brun. Madame Le Sèvre, Jeanne Maissin, la mère de l’artiste, en pelisse blanche, vers 1774-1778. Huile sur toile de forme ovale ; 65 x 54 cm. © Collection particulière

Elisabeth Louise Vigée Le Brun. Madame Le Sèvre, Jeanne Maissin, la mère de l’artiste, en pelisse blanche, vers 1774-1778. Huile sur toile de forme ovale ; 65 x 54 cm. © Collection particulière

 

Elisabeth Louise Vigée Le Brun. Marie-Antoinette en grand habit de cour, 1778. Huile sur toile ; 273 x 193,5 cm. Vienne, Kunsthistorisches Museum. © Kunsthistorisches Museum, Vienne.

Elisabeth Louise Vigée Le Brun. Marie-Antoinette en grand habit de cour, 1778. Huile sur toile ; 273 x 193,5 cm. Vienne, Kunsthistorisches Museum. © Kunsthistorisches Museum, Vienne.

 

Elisabeth Louise Vigée Le Brun. Portrait de l’artiste avec sa fille, dit « La Tendresse maternelle »1786. Huile sur panneau de chêne ; 105 x 84 cm. Paris, musée du Louvre, département des Peintures, don de Mme Tripier le Franc, suivant le voeu de sa tante Mme Vigée le Brun, 1843. © Photo : RMN-Grand Palais (musée du Louvre) /Franck Raux

Elisabeth Louise Vigée Le Brun. Portrait de l’artiste avec sa fille, dit « La Tendresse maternelle »1786. Huile sur panneau de chêne ; 105 x 84 cm. Paris, musée du Louvre, département des Peintures, don de Mme Tripier le Franc, suivant le voeu de sa tante Mme Vigée le Brun, 1843. © Photo : RMN-Grand Palais (musée du Louvre) /Franck Raux

Au moment de la Révolution, Vigée-Le Brun quitte son pays et commence un exil de douze ans pendant lesquels elle voyagea et vécut dans les cours royales italiennes, autrichiennes et russes. L’exposition rend très bien l’idée d’une coupure dans la vie de l’artiste, puisque les œuvres réalisées pendant ce moment sont disposées au deuxième étage du Grand Palais. Toutefois, ce changement de pays ne signifie pas un changement de style, ni des sujets : au lieu de la noblesse française, elle représente la cour italienne, autrichienne et surtout russe.

Après l’exil, elle continue à peindre les aristocraties européennes en visitant l’Angleterre et la Suisse. Peu avant sa mort, en 1842, Vigée-Le Brun expérimenta le genre du paysage en plein air, qui marquera un nouveau sentiment de la nature et qui influencera les générations romantiques et réalistes suivants.

 

Elisabeth Louise Vigée Le Brun. La princesse Anna Alexandrovna Golitsyna, vers 1797. Huile sur toile ; 136 x 100,5 cm. Baltimore, The Baltimore Museum of Art, The Mary Frick Jacobs Collection © Baltimore Museum of Art

Elisabeth Louise Vigée Le Brun. La princesse Anna Alexandrovna Golitsyna, vers 1797. Huile sur toile ; 136 x 100,5 cm. Baltimore, The Baltimore Museum of Art, The Mary Frick Jacobs Collection © Baltimore Museum of Art

 

Élisabeth Vigée-Le Brun était une artiste qui a pu faire sa carrière grâce l’appréciation de l’aristocratie de l’époque. Peut être que son art était simplement servile et s’inscrivait bien dans la tradition courtisane. Principalement des portraits, même s’ils se distinguaient par le style propre à Vigée Le Brun, délicat et saisissant les âmes des sujets, il n’en reste pas moins que ce ne sont pas des peintures originales ou personnelles.

Toutefois, il faut s’inscrire dans la vie de cette artiste ainsi que son époque. Elle était, en effet, une exception: les femmes qui vivaient de leur travail étaient rares, encore plus celles qui furent appréciées par l’aristocratie. Cette artiste est donc allée contre tous les préjudices qui existaient contre des femmes autonomes. En plus, grâce à ses œuvres, nous pouvons dépeindre une fresque de l’aristocratie française avant la Révolution. Elle dira de l’art : « C’est au reste à cette divine passion que je dois, non seulement ma fortune, mais aussi mon bonheur, puisque dans ma jeunesse comme à présent, elle a établi des rapports entre moi et tout ce qu’il y avait de plus aimable, de plus distingué dans l’Europe, en hommes et femmes ». Combattante et talentueuse, elle en devient même une inspiration pour notre société : de se battre pour faire ce que l’on aime le plus.

Les + : exposition d’exception centrée sur une artiste à laquelle on n’avait jamais donnée beaucoup d’importance; très bien organisée dans un environnement d’exception et la quantité des œuvres autant les plus connues aux plus rares.

Les – : les sujets sont répétitifs pendant toute l’exposition.

Verdict : 3,5 artichauts sur 5.

INFOS

Exposition « Elisabeth Louise Vigée Le Brun – 1755-1842 », 23 Septembre 201511 Janvier 2016, Grand Palais, Galeries nationales

 
Irene Morlino

Comments

  1. n

    « Cette artiste est donc allée contre tous les préjudices »
    Le mot prejudice est ici employe dans son sens anglais, et la pensée décrite est elle-meme est éminemment anglaise. C’est le prejudice de l’epoque en quelque sorte..

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