Éclectik Erik

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Satie aura tout fait dans sa vie. Ecrire de la musique, écrire des poèmes, fréquenter le Chat Noir et habiter Arcueil. Agathe Mélinand, co-directrice du Théâtre National de Toulouse, nous offre un spectacle tout en légèreté, pour Satie, sur Satie, par Satie. Au TGP de Saint-Denis, jusqu’au 24 novembre, tout est Satie : la musique et les mots. Si vous ne connaissez que la première, venez découvrir les seconds. Si vous n’y connaissez rien, allez écouter les deux.

Les plus :

  • Enfin de la vidéo bien utilisée au théâtre
  • La musique
  • Les chorégraphies avec des parapluies, on a tous rêvé de faire pareil

Les moins :

  • Pas vraiment un moins. Disons que le rythme du spectacle est le rythme de Satie. Il faut apprécier.
Polo Garat, Odessa, tous droits réservés

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« Un petit opéra comique sans lyrics » annonce le programme. En effet, pas de paroles ici mais des mots, les mots de Satie. Car le pianiste, (né à Honfleur en 1866) a beaucoup écrit ; de la musique surtout, mais aussi des maximes et des aphorismes. Ils ont été retrouvés, écrits sur des milliers de petits papiers, dans le minuscule appartement d’Arcueil où Satie s’était réfugié, à l’abri de l’agitation parisienne.

Satie se dessine dans le joyeux désordre de ce spectacle. L’homme est complexe : mondain puis solitaire, collaborateur de Cocteau et ami de Debussy, locataire de Saint-Germain puis habitant d’Arcueil. On y retrouve ses parapluies, ses sept pardessus qu’il porta en alternance pendant sept ans ; Satie n’est pas sur scène, mais sur scène, tout est Satie. Les quatre comédiens déclament ses mots : «  les vaisseaux ricanent, les embruns sont de courtoisie, les vagues pleines d’eau, les arbres ressemblent à de grands peignes mal faits ».Il  y a une poésie chez Satie, un peu incompréhensible. Elle est pleine d’humour mais on ne rit pas. C’est une poésie de jardin : chapeau melon, pardessus, parapluie et fer forgé, « ma démarche étonnait les fleurs » disait-il.

Polo Garat, Odessa, tous droits réservés

Polo Garat, Odessa, tous droits réservés

C’est dans sa musique que repose Satie. Chaque annonce de pièce est l’occasion d’un sourire ou d’un fou rire « Véritables préludes flasques pour un chien »,« Carrelage phonique ». Jouez « avec une joie modérée »dit le premier pianiste au deuxième, ou « comme un rossignol qui aurait mal aux dents ». Pleine de surprises, la musique de Satie ne ressemble à aucune autre. Sur le plateau dansent les comédiens : « Le satisme n’existe pas ». Et pourtant…

Mémoires d’un amnésique sans aucun doute. Satie ne sait pas vraiment où il va. Ou plutôt lui seul le sait, mais nous avons du mal à le suivre. Il nous surprend toujours. Un instant perplexe, on finit par se laisser aller, adopter se rythme maritime, cette poésie du saugrenu, se laisser prendre au jeu. Si la musique dessine l’homme, l’homme éclaire sa musique. En définitive, on comprend qu’il est aussi joueur que sa musique et que sa musique est aussi imprévisible que lui.  Erik Satie a toujours partagé sa musique. A Arcueil, il accompagnait au piano les cours de danse des enfants du Patronage Laïque. Pour devenir musicien, il faut bien choisir son professeur : « C’est l’élève qui choisit le professeur » disait-il.

Satie est aussi généreux avec nous qu’avec ses élèves. Sans rien demander en échange, il offre sa musique et sa poésie à qui est prêt à l’écouter « et d’une seule voix (il) crie : « vive les amateurs ! » »

Valère Clauzel

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