Du rêve que fut ma vie

Vincent Muteau/Les Anges au plafond - Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff

La compagnie Les Anges au Plafond revient nous parler de Camille Claudel à travers leur nouvelle pièce intitulée Du rêve que fut ma vie. Sortant du cadre de l’enfance, Camille Claudel ici se dévoile à travers sa correspondance épistolaire avec son frère, ses amis, et surtout Auguste Rodin maître et amant à la fois. C’est sur scène une Camille Claudel torturée qui se dévoile, par l’intermédiaire de textes mais aussi de boules de papier déchirée par la comédienne Camille Trouvé. Tandis qu’à côté, la contrebasse bat le tempo de l’Histoire se déroulant sous nos yeux.

Les plus :

– Une très belle histoire portée par une comédienne très talentueuse. Seule sur scène, aidée de la simple musique de la contrebasse, elle arrive à faire tenir en haleine le spectateur pendant 55 minutes par son jeu et ses « manipulations ».
– La présence parfaite de la contrebasse, et de l’utilisation d’une loop station. La musicienne, Fanny Lasfargues, donne un rythme nécessaire qui manque très souvent aux lectures. Bravo !
– Le mélange des genres entre théâtre, marionnettes est parfaitement maîtrisé, grâce à un décor minimaliste mais suffisant pour faire jouer la lumière – mention spéciale à la scène d’amour entre Camille Claudel et Auguste Rodin, où tout est parfait de la lumière jusqu’au corps suggéré en papier du sculpteur.

Les moins :

– En 55 minutes, la vie de Camille Claudel est résumée par un choix de lettres restreint qui limite la compréhension de la fin de sa vie. En 1906 tout est déjà fini, alors qu’il lui reste encore plus de trente années à vivre. Bref, on reste sur sa faim.

Note : 4 sur 5 artichauts

Vincent Muteau/Les Anges au plafond - Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff

Vincent Muteau/Les Anges au plafond – Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff

L’histoire de Camille Claudel est une histoire faite de haut et de bas, mais surtout de bas. Elle, la sculptrice dans un monde de sculpteurs, elle révolutionna avec son maitre Rodin les codes de la modernité. A travers sa correspondance épistolaire, dont il ne reste que des fragments, on arrive un peu à cerner le personnage de cette grande femme qui tombe dans la folie définitivement en 1906 à 42 ans, et qui restera en asile pendant 37 ans.

C’est ce personnage que la pièce Du rêve que fut ma vie cherche à comprendre à travers les longues missives envoyées par l’artiste. Le pari est réussi : on se retrouve face à l’intimité d’une femme moderne qui ne cache pas ses désirs, ses hantises, ses passions. Face à nous triomphe l’actrice Camille Trouvé qui seule en scène doit représenter tantôt la femme tantôt la sculptrice. La pièce de théâtre n’est d’ailleurs plus vraiment du théâtre : c’est un sorte de « pop-up » géant, où les lettres se transforment en décors de la vie de Camille Claudel/Trouvé. Toute la pièce est d’une esthétique épurée parfaite, des lampes éclairant les feuillets au parterre, gigantesque livre rempli d’une correspondance sans fin.

Vincent Muteau/Les Anges au plafond - Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff

Vincent Muteau/Les Anges au plafond – Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff

Mais cette pièce ne serait rien sans le travail de la contrebasse et de la musicienne Fanny Lasfargues. Rythmant de sa voix l’ordre des différentes lettres, son instrument lui rythme un monologue qui sans musique aurait pu être un peu esseulé. Là la partition fait son effet : en jouant sur notes, tempo et leur association, le spectateur est tenu en constant réveil. La maitrise de l’instrument est parfaite, et l’utilisation des boucles musicales est génialement pensée : une personne, un unique instrument, et pourtant tant de musicalité.

Cette pièce pêche finalement par un seul défaut : son parti pris dans les lettres. Comme une pièce qui finirait trop tôt, trop vite, et dont la conclusion fait rager le spectateur de ne pas en avoir su plus sur cette magnifique et triste histoire qu’a vécu Camille Claudel. Mais promis, on reviendra pour la suite !

 Nicolas THERVET

 Du Rêve que fut ma vie
Histoire de Camille Trouvé et Brice Berthoud
Jeu et manipulation : Camille Trouvé
Musique : Fanny Lasfargues
Scénographie et mise en page : Brice Berthoud assisté de Jonas Coutancie
Durée : 55 min.

 La Fabrique des Arts – Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff
21 boulevard de Stalingrad, Malakoff
Métro : Malakoff – Rue Etienne Dolet (13)
du 8 au 12 avril 2015.
mer, jeu 19h30 | ven 20h30 | sam 15h & 19h30 | dim 16h & 19h30
http://www.theatre71.com/

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