Doctor Strange : Impression de déjà-vu

© Marvel

Un nouveau Marvel, un nouveau super-héros, un nouveau caméo de Stan Lee et un nouveau collègue des Avengers (où ce qu’il en reste)… Bref, on peut ressentir une lassitude en voyant Doctor Strange envahir nos écrans français après le 3ème opus de Captain America et avant un nouveau Spider-man (ENCORE??? Oui, encore) et un 3ème Thor. Mais après tout, on se dit, pourquoi pas?

Marvel : la machine à tuer du box-office

Doctor Strange fait partie des films de la phase 3 du Marvel Cinematic Universe (MCU), la machine de guerre de Disney qui anéantit les autres films au box-office. La première phase a débuté il n’y a pas si longtemps, dans notre galaxie avec Iron Man (2008). Puis, ont suivi des films déclinant l’identité de futurs membres de la fabuleuse équipe des Avengers. A noter que tous n’ont pas eu droit à leur film éponyme (La Veuve Noire et Oeil-de-Faucon qui n’ont pas de super-pouvoirs particuliers).

Après avoir bien planté les personnages, les gentils et les méchants, leurs attraits spécifiques, la phase 2 du MCU brouille les pistes et montre des héros moins sûr d’eux, confrontés à de nouvelles difficultés. Les héros commencent à évoluer, leurs relations plus ou moins amicales aussi. Les films se ressemblent moins, Captain America évolue dans un monde plus sombre, plus dangereux que les nouveaux venus Ant-Man et Les Gardiens de la Galaxie qui restent dans la franche comédie.

Toutefois, les films ont tous un lien entre eux, les personnages passent d’un univers à l’autre, on retrouve les pierres d’infinités, puissants artefacts qui intéressent les méchants de tout l’univers. Bref, le MCU est une machine bien huilée, pensée pour la pop culture et les fans. Cette organisation en différentes phases, le recoupement entre les films et les campagnes de promotion énormes pourraient nous lasser car elles ne laissent finalement aucune place à la spontanéité et à la nouveauté. Oui mais voilà, c’est extrêmement bien pensé, bien réalisé et bien fait. Certains films seront moins appréciés mais tout le monde peut y trouver son compte et le spectateur joue à trouver les ‘easter eggs’ et indices disséminés dans les films qui pourraient donner des indications sur d’autres éléments du CMU.

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Doctor Strange et son univers étrangement familiers

Doctor Strange fait donc partie de la dernière phase (en date) du CMU qui a débuté avec le très sombre Captain America: Civil War. On y introduit un nouveau personnage, qui a déjà collaboré avec de nombreux super-héros dans divers comics. Dr Strange est un brillant et arrogant neurochirurgien, qui n’opère que des gens très fortunés et/ou des cas particulièrement intéressants, il a énormément de charisme, une répartie cinglante et n’hésite pas à faire comprendre à son entourage qu’il leur est supérieur. Cela ne vous rappelle rien? Et si je vous dis qu’il est interprété par l’acteur britannique Benedict Cumberbatch, vous faites le lien? Oui, on a l’impression de regarder un épisode de Sherlock avec un soupçon de Dr House. Les fans seront ravis, Cumberbatch est comme un poisson dans l’eau, on ne peut imaginer quelqu’un d’autre dans le rôle.

En parallèle, le spectateur découvre un monde de magie qui mélange l’esthétique d’Inception et de l’ordre Jedi de Star Wars. Quand je vous dis que le MCU est une machine de guerre de la pop culture ! Des magiciens/sorciers/Jedis (rayez la mention inutile) habillés comme des moines s’affrontent dans des dimensions parallèles à coup d’immeubles, de projections magiques et de manipulation de gravité. Un conflit oppose le grand manitou de l’ordre des magiciens à un dissident, autrefois son élève le plus brillant qui s’est rebellé contre son enseignement ascétique. Encore une fois, le parallèle avec Star Wars est facilement fait. Alors que l’ordre des magiciens est en crise et se demande comment arrêter le dissident dans sa tentative de détruire le monde ( rien que ça) le Dr Strange perd de sa superbe à la suite d’un grave accident de voiture.

Il en ressort vivant mais avec les mains ravagées. Il commence alors un long acharnement thérapeutique pour recouvrir l’usage complet de ses mains. Son fidèle Watson est jouée par Rachel McAdams, mignonne comme à son habitude, qui jouera le rôle obligé mais inutile, de l’amoureuse. Rôle largement dispensable, autrefois interprété par Nathalie Portman/Jane Foster dans Thor et Emily VanCamp/Sharon Carter dans Captain America: Civil War. C’est le seul reproche que j’aurais à faire au film, d’avoir créé un personnage féminin sans profondeur, qui n’existe finalement que pour montrer que Dr Strange est misanthrope mais quand même touchant.

Dr Strange

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Un poncif du genre présenté sous une nouvelle lumière

Au bord du gouffre, abandonné par son amie/amante à la suite d’une dispute, Stephen Strange suit une piste qui le mène au Népal, où il cherche à rejoindre l’ordre des magiciens pour recouvrer l’usage de ses mains. A partir de là, le cynique neurochirurgien découvre un univers qui le déconcerte et les répliques et situations comiques fusent. On sourit puis on rigole franchement aux blagues ratées du docteur qui ne font pas mouche auprès de ses co-disciples, beaucoup moins au fait des tendances musicales du moment que le spectateur.

Au détour de plusieurs gags et blagues plutôt bien ficelés, le film remet en question le schéma classique de construction du super-héros. Dr Strange se rapproche du grand manitou, dont le nom officiel est l’Ancienne (interprétée par Tilda Swinton), et de son disciple Karl Mordo. Contrairement à ce dernier, il ne suit pas aveuglement les préceptes de l’Ancienne et cherche à apprendre la magie par lui-même. Mordo s’inquiète car le dernier à s’être comporté ainsi est Kaecilius, le dissident qui cherche à plonger le monde dans la ‘dimension noire’. Inévitablement, Stephen Strange va se retrouver confronté à ce méchant.

Celui-ci n’est pas incroyablement charismatique, complexe et intéressant, bien que joué par Madds Mikkelsen, grand acteur danois (n’en déplaise à Viggo Mortensen). Mais il amène notre héros à remettre en cause l’action de l’Ancienne, et donc à interroger la figure du maître. Une figure centrale pour la création du héros, rarement critiqué sans qu’il ne devienne un traître. Elle reste, avec Doctor Strange, le personnage le plus intéressant du film car, comme lui, elle semble souffrir de son rôle, du poids qu’elle porte sur ses épaules. Ces deux protagonistes ne sont pas juste blancs ou noirs, on attend d’eux qu’ils accomplissent de grandes choses, qu’ils guident mais cela ne les empêche pas de douter eux-même de leurs actions. Vous me direz que ce n’est pas si original que ça, peut-être, mais par rapport aux autres films du MCU c’est nettement mieux amené et la réflexion va plus loin suite à une révélation que je ne puis expliquer ici sans spoiler.

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En résumé, Doctor Strange s’inscrit bien dans le MCU entre les comédies à la Ant-Man, les films imprégnés de magie comme Thor et les films plus sombres tels Captain America. On passe un bon moment en se laissant porter par les combats de magies et d’arts martiaux, les répliques sarcastiques de Dr Strange, les décors évolutifs et la lutte du bien contre le mal. Mais on peut également suivre les personnages dans leurs choix moraux et s’interroger sur la frontière floue entre bien et mal, héros et super-méchants et qu’est ce qui justifie nos actions. Après tout, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Faustine

Bande-annonce : ici

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