DOPE – Rick Famuyika

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Dans le cadre du Partenariat avec le PAF ! (Pôle Art Filmique), un membre de l’équipe vous livre un article sur le cinéma chaque semaine.

Acclamé à Sundance et auréolé du Prix du Public à Deauville, Dope de Rick Famuyika a été présenté comme un renouveau dans le monde des films indépendants. Film d’auteur pop, produit par Pharrell, Dope est une oeuvre débordant d’énergie, nourrie de culture hip hop qui offre un bol d’air frais dans un paysage cinématographique trop souvent divisé entre films « auteuristes » intellos et divertissements décérébrés.

Synopsis: Malcolm, jeune geek fan de hip-hop des années 90 vit à Inglewood, un quartier chaud de Los Angeles. Avec ses deux amis Diggy et Jibs, ils jonglent entre musique, lycée et entretiens pour entrer à l’université. Une invitation à une soirée underground va entrainer Malcolm dans une aventure qui pourrait bien le faire passer du statut de « geek » à celui de mec cool, un « dope ».

Expérience esthétique, Dope est un film coloré, vif, qui représente à l’image la culture de ses protagonistes. Tous droits sortis d’un clip des années 90, ils s’habillent comme les rappeurs qu’ils écoutent, en parlent toute la journée, vont en cours en fixies et Rick Famuyika fait vivre à l’écran un univers riche et extrêmement référencé. Le film n’est toutefois pas pure nostalgie: Malcolm et ses amis ont un groupe punk et leur musique – ainsi que le reste de la bande son produite par Pharrell – rythme le film. Les évènements s’enchainent sans temps mort et très vite on s’attache aux personnages. Ils sont intelligents, intéressants et surtout passionnés: ils construisent leur existence, ne se contentent pas de la vie facile des dealeurs ou des nerds mais se créent une identité et un mode de vie – imprégnés de culture hip hop, internet – qui leurs sont propres.

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La force du film est dans sa capacité à ne pas se contenter de reprendre des références vues ailleurs mais à les transcender et à créer une oeuvre possédant son identité propre à travers elles. Les situations sont farfelues, les personnages excentriques mais le tout est crédible car ils s’inscrivent dans un univers bien défini. En cela, on peut penser aux films sur l’adolescence de John Hughes dans les années 80. Le Breakfast Club, Sixteen Candles et surtout Ferris Bueller’s Day Off sont des films colorés, référencés dans lesquels des adolescents s’émancipent. Les répliques bien senties s’enchainent avec une maitrise parfaite du name dropping: pas juste pour un rire ou un encrage communautaire mais parce que l’existence de Malcolm s’inscrit dans une culture foisonnante, anarchique et omniprésente. Le rendu est exaltant, excitant et fait du monde un univers de possibles que la jeunesse doit conquérir.

Toutefois, si Dope est une oeuvre fraiche et optimiste elle reste témoin d’un cadre social: les jeunes du film sont brillants et promis à un bel avenir mais pour cela ils doivent étudier et surtout se battre pour faire leurs preuves, montrer à Harvard et au reste du monde qu’ils sont noirs, capables et intéressants. La couleur de peau est alors un facteur identitaire revendiqué, qui offre aux personnages un fort sentiment de communauté qu’ils s’attachent à défendre. Il est plaisant de voir un film certes indépendant mais somme toute grand public, appréciable et compréhensible du plus grand nombre traiter de thèmes comme l’appropriation culturelle. L’utilisation du terme nigga par un personnage blanc – controverse importante dans le monde du rap qui a entrainé des flots de posts sur Tumblr – est l’occasion de proposer un gag récurrent drôle, mais aussi fort politiquement.

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Comme les films de John Hughes, Dope est un excellent divertissement, beau, drôle et attachant qui grâce à l’intelligence de son propos parvient à transmettre un vrai message politique. La jeunesse du ghetto n’est pas misérabiliste. Ses difficultés sont acceptées, dénoncées mais reste un message d’espoir, de réussite à travers les études mais surtout à travers la personnalité de chacun. Si Malcolm, Diggy et Jibs se démarquent des autres c’est grâce à leur intelligence mais aussi parce qu’ils sont eux-mêmes, s’affirment jusqu’au bout et refusent la compromission.

Samy Khoukh

Dope, sortie au cinéma le 4 novembre 2015

 

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