Divines/Eternité : deux tableaux de la France

© 2016 Nord-Ouest Films
© Easy-Tiger

Pourquoi comparer ces deux films? Ils semblent à première vue forts différents. Alors que Divines se place dans un contexte actuel et suit les tentatives d’une jeune femme d’origine maghrébine de se sortir de sa condition défavorable, Eternité nous présente l’histoire d’une grande famille bourgeoise du XVIIIème siècle jusqu’au début du XXème.

          De plus, Divines — Caméra d’or à Cannes — est un premier film, avec ses petites maladresses, tandis qu’Eternité est le 6ème long métrage du réalisateur Tran Ahn Hung. Et pourtant, ces deux films partagent un même sujet, les femmes, et illustrent un des reproches fait au cinéma de manière générale et au cinéma français en particulier : son manque de diversité.

          Commençons par le film de Tran Ahn Hung, adapté du livre L’élégance des veuves, d’Alice Ferney, qui suit tout d’abord la vie de Valentine, magistralement interprétée par Audrey Tautou, puis celle de sa belle-fille Mathilde et son amie Gabrielle.

          Les trois femmes se marieront jeunes à des hommes bien sous tous rapports et deviendront mères de familles. Nous suivons leur parcours au fil des naissances et des morts de leurs proches.

© 2016 Nord-Ouest Films

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Tout d’abord, bravo au chef-opérateur, le film est visuellement magnifique, du début jusqu’à la fin. Son aspect esthétique contribue à créer une atmosphère onirique et à  isoler les personnages du reste du monde, de son contexte historique. On se laisse volontiers porter par la voix off, omniprésente dans un film épuré de dialogues, et les images colorées et lumineuses de cette vie de famille douce et chaleureuse. Mais voilà, au bout d’une heure de film, on s’est habitué à son esthétique et à son schéma narratif. Une fois les premières morts et les premières naissances passées, l’émotion fait place à la lassitude et on a envie de sortir de ce cadre hors du temps pour se confronter à la réalité du monde extérieur. Les femmes font tellement d’enfants que le spectateur n’a pas le temps de s’attacher à eux, de s’intéresser à leur destin et donc d’être touché par ce qui leur arrive. Les couples ne sont pas plus émouvants, faute de scènes d’intimité constituées de dialogues et pas uniquement de sourires, baisers, et marches au ralenti dans un joli jardin. Les acteurs font du mieux qu’ils peuvent pour créer de l’émotion malgré des dialogues froids et extrêmement courts.

          Je conseillerais ce film aux âmes résolument romantiques, prêtes à se laisser englober dans un monde onirique, préservé des atteintes extérieures.

          Mais si vous voulez voir un film qui vous fera poser des questions, réfléchir et réagir je vous conseille Divines de Houda Benyamina. On suit les aventures de Dounia, une lycéenne enragée qui refuse la vie qui lui est promise, celle faite de petits jobs pour subsister dans un camp de roms où elle habite avec sa mère qui enchaîne les amants et les verres d’alcools. La jeune femme veut de l’argent, du flouz, des pépettes, de la ‘Money, Money, Money’ comme elle le répète tout au long du film.  Dans ce but elle se rapproche de Rebecca, une jeune femme qui vit confortablement, en apparence du moins, du traffic de drogues. En parallèle, elle traîne avec sa meilleure amie Maïmouna et rencontre un jeune danseur qui ne la laissera pas indifférente.

          Contrairement à Eternité, ce film nous présente des personnages féminins complets et complexes, qui ont des envies autres que de ne pas voir leurs enfants ou leur mari mourir. Il est malheureusement assez rare de croiser de telles héroïnes dans le cinéma français, cumulant les facteurs discriminants : femmes, jeunes, non-blanches, pauvres et musulmanes. Qui plus est, Rebecca, Dounia et sa meilleure amie Maïmouna sont des sujets actifs, on suit leur point de vue, leurs envies de s’en tirer, de sortir des banlieues et de mener la belle vie.

© Easy-Tiger

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          Oulaya Amamra (Dounia) crève l’écran grâce à son interprétation forte d’une femme tour à tour incroyablement drôle puis attachante dans ses moments de faiblesse. Les jeunes filles mènent la danse et ça fait du bien. Divines est une claque, on ne ressort pas indemne de ce tourbillon d’émotions qui nous emporte dans le quotidien de jeunes lycéennes de banlieue entre petites délits et le monde dangereux et violent du trafic de drogues. Je reconnais que ces thèmes ne sont pas vraiment nouveaux, ils ont déjà été abordés dans d’autres films français. Certes, mais en passant par des personnages féminins, Divines emprunte un nouvel angle, un point de vue différent sur ces sujets. C’est ce qui rend ce film dur, violent mais aussi incroyablement rafraîchissant.

Faustine

Bande-annonce d’Eternité

Bande-annonce de Divines

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