Diversité. Le Grand n’importe quoi des séries

30 ROCK -- NBC Photo: Mary Ellen Matthews

L’histoire de la télé a un compteur de protagonistes racisés très, très limité encore. C’est plutôt une longue histoire de protagonistes blancs. Même si de plus en plus d’acteurs non blancs sont présents dans les séries, plusieurs journalistes et acteurs.rices concerné.e.s par la cause antiracisme pointent du doigt le manque indéniable de scénaristes non blancs. Au delà d’un manque certains de d’opportunité des talents, la répercussion c’est aussi que, lorsque l’équipe de création n’est pas diversifiée, la représentation du caractère non blanc peut être stéréotypée et carrément offensante. Même lorsqu’ils n’ont pas un rôle mineur de subordonné.e (genre femme/homme de ménage) et qu’ils font partie du casting majeur, leur background reste presque inexistant, et certains clichés persistent aujourd’hui.

D’abord il y a l’étranger (bah oui il n’est pas blanc). Aziz Ansari en avait fait un sujet d’épisode très pertinent, avec beaucoup d’humour comme à son habitude, dans la saison 1 de Master Of None. Puisque Dev est un acteur d’origine indienne, on lui demande toujours de jouer avec un accent. Comme si avoir un « teint exotique » ne permettait de jouer uniquement ces rôles. Les sitcoms en particulier adorent le personnage étranger. Sa manière de parler est drôle, son accent est à couper au couteau et souvent il ou elle est dépassé.e par les coutumes occidentales. D’ailleurs, les hommes en particulier, ont aussi une relation complexe avec le sexe et la sexualité. Fez de That’s 70 show, Oleg de 2 Broke Girls ou encore Raj de The Big Bang Theory, sont par définition des « pervers », et parallèlement Raj et Fez sont les personnages « efféminés » du gang, ceux qui se comportent souvent « comme des filles » et troublent les autres personnages (donc ils deviennent les cibles de la masculinité toxique).

Le cliché le plus classique que ça en devient une parodie : le mec noir qui meurt en premier dans les séries dramatiques.

En fait, selon la journaliste de Slate US cet automatisme de supprimer le protagoniste noir vient du fait qu’une équipe de scénaristes majoritairement blancs ne se sent pas automatiquement obligée de donner du sens à ces personnages et leur mort ne signifie rien. Au-delà même de savoir s’il meurt en premier ou non, c’est que le personnage n’a aucun développement pertinent. Par exemple, aux États-Unis, la question du racisme a beaucoup été discutée dans the Walking Dead. Premièrement parce que il y a peu de diversité, mais dès la présentation de T-dog : son prénom est jugé comme « blackest ever » et il ne parle presque pas de tout la saison 1. Avant qu’il puisse vraiment devenir intéressant il est tué à l’écran.

Quand les série sont moins sanglante, le mec noir a souvent le rôle du  « Black Best Friend », qui va devoir soutenir émotionnellement le protagoniste blanc. Cela signifie que la plupart de leurs histoires sont liées aux blancs, les aidant à prendre des décisions, les conseillant … mais ce n’est jamais réciproque. Tu parles d’une amitié.

Key : All groups of three white men have to have one black friend. That’s a rule

 Peele : He is cool and he makes them cool and not racist …”

Extrait du spectacle de Key and Peele

 

4e cliché : l’homme asiatique asexué !

Ce rôle persiste à montrer que les hommes asiatiques ne peuvent pas être attirant ou avoir une relation romantique ou sexuelle crédible. Pendant 6 saisons Raj de The Big Bang Theory était incapable de parler aux femmes – et par conséquent émasculé – ; Han Lee dans 2 Broke Girls est constamment moqué, traité de petit garçon ou de petite fille.

Et les équipes de scénaristes entièrement constituée de femme ne font pas forcément mieux. Même si l’objectif était le même. Libérer les femmes sexuellement, les rendant plus maladroite, plus vraies, c’est vrai que c’est plutôt sympa. Merci. Mais des séries comme Inside Amy Schumer, Girls, Kimmy Schmidt, mais exclu encore beaucoup les femmes de couleur (et ce qu’elles doivent gérer). Ici – étant moi-même blanche de la classe moyenne – je me base sur un article de Zeba Blay du Huffington Post US : « On Watching ‘White Feminist’ TV When You’re A Black Girl » qui explique son malaise et que je vous invite à lire.

Donc, il faut arrêter déjà de refaire encore et encore les mêmes pitch de série (je parle surtout de vous les sitcoms), ensuite que la création intègre plus de diversité (soit en se mélangeant, soit en offrant plus d’opportunité a des équipes entièrement constitué de minorité) – ça fera de très bonne série (How to make a Murderer, Jane the Virgin, black-ish pour n’en citer que quelques unes), qui restent très peu médiatisé, en tout cas en France.*

De même, les séries où les personnages principaux sont blancs doivent prendre conscience qu’elles ont «a weird race thing » -pour reprendre les mots de Blay. Par exemple dans Broad City, la série se base sur l’amitié existante d’Ilana et Abbi, blanches qui discutent aussi de leur white privilège. Un épisode en particulier « punit » Ilana pour qui porte des boucle d’oreille « Latina ». Cet épisode est un bon moment de conscience !

Pauline Blanc

*D’ailleurs, n’étant moi même pas un robot, beaucoup de bonnes séries m’échappent. Si vous voulez rejoindre l’équipe, n’hésitez pas à nous envoyer un petit message !

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