Des arbres à abattre: un propos fort mais laborieux

06wycinkafotnataliakabanow

Le metteur en scène polonais vient pour la première fois présenter son travail à Avignon, après l’annulation du festival en 2003. Il présente cette-fois ci l’adaptation du roman Des arbres à abattre de Thomas Bernhard. Un spectacle finement construit et au propos fort, mais noyé dans un verbiage parfois inutile.

Avis : 2,75 sur 5

WYCINKA HOLZFÄLLEN - Des Arbres à Abattre - Texte : Thomas BERNHARD -
Traduction : Monika MUSKATA -
Adaptation, mise en scène, scénographique et lumière : Krystian LUPA - Apocryphes : Krystian LUPA -
Costumes : Piotr SKIBA -
Musique : Bogumił MISALA -
Vidéo : Karol Rakowski, ŁukaszTWARKOWSKI -
Assistanat à la mise en scène : Oskar SADOWSKI, Sebastian KRYSIAK, Amadeusz NOSAL - Traduction et adaptation française pour le surtitrage : Agnieska ZGIEB -

Avec 
Bożena BARANOWSKA -  Krzesisława DUBIELOWNA -  Jan FRYCZ - Anna ILCZUK - Michał OPALINSKI - Marcin PEMPUS - Halina RASIAKOWNA -  Piotr SKIBA - Adam SZCZYSZCZAJ - 
Andrzej SZEREMETA - Ewa SKIBINSKA - Marta ZIEBA - Wojciech ZIEMIANSKI - Lieu : La Fabrica - Ville : Avignon - Le 04 07 2015 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Invité à un « dîner éminemment artistique » des époux Auesberger, Thomas Bernhard s’y rend après l’enterrement d’une de leurs amies communes, Joana Tuhl. En retrait, il observe l’effondrement de ces femmes et ces hommes qu’il admirait tant, constatant le pourrissement de leurs ambitions artistiques. Avant de commencer à dîner, les Auesberger attendent un comédien du Théâtre National, censé arriver après sa représentation du Canard Sauvage. Ce n’est que lorsqu’il arrive que tout éclate, que l’orgueil dégonfle et que tous baignent dans leur propre médiocrité.

Transposant le spectacle du milieu viennois à la Pologne, Krystian Lupa reprend avec une certaine férocité les critiques lancées par Bernhard contre la nomenklatura artistique. Il fustige les liens entre art et politique et la perte des ambitions artistiques qu’ils provoquent ; la prétention qui cache en creux une vile médiocrité. Le propos est fort et cruel, et serait frappant s’il n’était pas noyé dans ces quatre heures trente de discussions qui le recouvrent d’une chape de plomb, le rendant complètement indigeste. Les comédiens sont talentueux et la direction d’acteur excellente, mais le spectacle souffre de ces longueurs parfois interminables qui peuvent peser au spectateur. Tout est lent, jusque dans la rotation du plateau tournant, et lorsqu’une étincelle de passion pourrait être réellement exploitée, elle retombe progressivement. C’est le cas, notamment, de la scène du dîner, qui, en plus d’être très drôle, fait exploser la rage contenue de Thomas Bernhard.

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

L’esthétique du spectacle est intéressante, et offre parfois de belles images et cette scénographie tournante est une ingénieuse trouvaille, permettant des changements de plateau et d’ambiance intéressants. Mais deux autres points alourdissent considérablement le spectacle : les vidéos, souvent trop longues et interrompant complètement le jeu des comédiens ; mais surtout les grommellements intempestifs de Lupa –le metteur en scène- dans son micro.

Des arbres à abattre est donc un spectacle avec un propos fort, d’excellents comédiens et une belle direction d’acteurs, mais malheureusement alourdi par un certain nombre de points noirs.

Bertrand Brie

Leave a Reply