Déesses de building dans Mercuriales – Semaine du cinéma

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Mercuriales de Virgil Vernier
Déesses modernes des buildings – Critique de Juliette Le Guillou
4 / 5 Artichauts
17/02 à 19h en Jean Moulin

Deux filles, l’une moldave, l’une de banlieue parisienne, travaillant toutes deux aux Tours Mercuriales lient une amitié fusionnelle. Elles vont se soutenir dans leurs rêves et découvrir peu à peu l’univers de l’une et de l’autre…

Il y a des films poétiques qui ne semblent être qu’une succession d’images dénuée de sens. Et puis d’autres où le mysticisme donne de la force et transmet des sentiments forts. C’est le cas du film de Virgil Vernier, Mercuriales.  Après une formation aux Beaux- Arts, plusieurs films documentaires et un film sur une strip-teaseuse (Orléans), Virgil Vernier propose un film percutant, qui combine poésie et narrativité.

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La poésie semble bel et bien partout. Dans la tête des deux jeunes filles surtout,  l’une d’entre elles poursuivant l’idéal de devenir danseuse alors qu’elle n’a jamais suivi d’enseignement. Peu importe la forme que prendra la concrétisation de ce rêve – dans cette réalité triviale où l’on peut en venir au pole dance – car même perdues ou désabusées,  elles se savent vues et soutenues l’une par l’autre. De fait, elles semblent donner un sens différent aux choses qu’elles font. Cette présence poétique diffuse donne une véritable force au film et les scènes où les filles évoquent leurs associations d’idées devant des paysages ou du feu ne sont jamais ridicules mais au contraire très poignantes. Comme l’annonçait le titre du film, Mercuriales est une navigation constante entre réalité ultra contemporaine et mythologie.

La recherche gratuite de la beauté et des associations symboliques est ici combinée à une histoire. On s’attarde sur différents personnages, sans qu’ils aient le sens classique d’adjuvants ou d’opposants. Ils semblent là pour contribuer à la construction d’un monde. Ce sont des moments où l’on sourit vraiment. Ils apparaissent comme des petites parenthèses autonomes, qui  n’interrompent pas le récit et lui font gagner en densité. Si le réalisateur nous livre davantage une succession de tableaux qu’un constat de ce qu’est la banlieue actuellement, on ne peut qu’apprécier la justesse de son propos sur de nombreux thèmes tels que les jeunes mères célibataires ou l’intégration des musulmans en France.

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L’amitié entre les deux jeunes filles est particulièrement touchante, en partie par sa présentation originale. Afin de nous montrer combien cette amitié est fusionnelle, le réalisateur fait le choix de montrer davantage de scènes où les filles sont seules, et ressentent le besoin de se voir, que des scènes de démonstration d’amitié.

Certains instants peuvent sembler trop farfelus, comme la rencontre avec un hibou en pleine nuit, ou encore des phrases un peu mystiques, à l’instar de celle répétée plusieurs fois : « Cette histoire se passe en des temps reculés, des temps de violence. Partout à travers l’Europe une sorte de guerre se propageait. Dans une ville il y avait deux sœurs qui vivaient… »   Pourtant, le réalisateur semble par-là conserver certains aspects très forts du conte sans pour autant livrer des personnages qui se voudraient représentatifs ou exemplaires. Ce film est donc une invitation à découvrir un univers singulier, que l’on oublie difficilement.

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